Le Canadien Cronenberg avait laissé Cannes sur sa faim avec "Cosmopolis" en 2012. Cette année, il revient avec "Maps to the stars" qui sort également sur les écrans français (et on se réjouit de ces sorties concomittantes qui rendent Cannes un peu moins élitiste...). Casting XXL (Julianne Moore, John Cusack, Robert Pattinson,...) et cascades de situations scabreuses et scandaleuses pour décrire la grande putain hollywoodienne. Incestes, violences en tous genres, drogues et autres coups bas, bienvenue dans l'industrie des rêves qui secrète des fantômes aux allures de remords en marche. Excessif Cronenberg ? Un tantinet quand même à force de multiplier les situations et les cas limites. Si l'idée, c'est d'étouffer le spectateur sous le même climat sordide dans lequel baigne ce microcosme nauséabond, alors, c'est réussi. Pour les amateurs de complexité, de distance et de relativisme, ils seront gentils de passer leur chemin et nous avec, pourquoi ne pas l'avouer ! Mais, il reste Julianne Moore, plus que parfaite en actrice monstre et puis ce résumé idéal et lumineux forgé par Guillemette O. et qui ne souffre aucune réserve : "C'est le même thème que "Chromosome 3" (les parents enfantent leurs névroses et leurs péchés donc des monstres) mais transporté dans le Hollywood en putréfaction". Et tout cela est parfaitement pertinent et juste.

Le nouveau film de et avec Tommy Lee Jones, après "Trois enterrements" en 2005, s'intitule "The Homesman". Il s'inscrit dans la désormais classique lignée des westerns modernistes qui revisitent l'histoire de l'Ouest. Moins d'Indiens (Ils sont ici dépeints juste comme des pauvres guerriers vénaux) et un peu plus de femmes. Pour ces dernières, il s'agira donc d'une fermière névrosée qui fait fuir les prtétendants par son côté dragon (Hilary Swank), d'une quasi bonne sœur vertueuse (Meryl Streep) et de trois Madame Foldingue que leurs maris préférent retrourner à l'envoyeur. De cette mysoginie "de bon aloi" (?!), l'acteur-cinéaste fait un film où il se donne le bon rôle, celui du héros un peu macho mais qui finit en figure sainte ou presque.C'est gentiment désuet et formidablement lisse au fond. Et c'est surtout du sous-Clint, suivez mon regard.

Il y a un cas Naomi K. à Cannes... Cette cinéaste japonaise est régulèrement présente dans la compétition avec des films terriblement académiques, écologiquement corrects et moralement sirupeux. BIen loin de pouvoir s'incrire dans la grande tradition des films nippons, Kawase nous inflige en général de longues fables naturalistes en multipliant les clichés et les dialogues lourds de sens. Son cru 2014, "Still the water", n'échappe pas à la règle, hélas. En adepte manifeste du jeu de mot freudien limité, Naomi a jeté cette fois son dévolu sur la "mer/mère" qu'on voit évidemment danser le long des golfs (pas très) clairs. Ce qui nous vaut des images de mer déchaînée et de mère mourante (mais jamais le contraire au demeurant). On s'ennuie ferme en écoutant des aphorismes sur la terre qui elle ne ment jamais (il ne s'agit pas d'une citation des dialogues exsangues du film mais du rappel d'une phrase fétiche du régime de Vichy...). Il en faut assurément pour tous les goûts, mais l'apport de Kawase relève du détournement d'héritage nippon. Pour ne parler que de la jeune génération, on donne a priori tout Kawase contre un plan de "Nobody Knows" de Kore-eda, son compatriote inspiré...

Habitués car doublement palmés cannois, "les " Dardenne sont présents cette année avec "Deux jours, une nuit" un film qui ne renouvelle pas leur cinéma mais lui apporte une belle nouvelle pierre. Marion Cotillard en est l'égérie impeccable dans un rôle de Christ féminin au outrages tel que les affectionnent nos deux cinéastes belges et assurément talentueux. En 2011, à Cannes, Guédiguian avec "Les Neiges du Kilimandjaro" débutait son film par une incroyable scène de tirage au sort des futurs licenciés sur un chantier naval. Ici, les Dardenne imaginent (sans trop de peine hélas) qu'un employeur peut faire choisir ses salariés entre le maintien en fonction de l'une d'entre eux et l'attribution d'une prime pour tous. Choix cornélien que le persopnnage de Cotillard tente de faire imploser en allant quémander le soutien de chacun, comme le feraient des cinéastes allant de guichet de production en guichet de production... Parce que le dispositif est celui d'une implacable répétition cinématographique d'un porte à porte à porte de la dernière chance, le film fonctionne parfaitement. Oui, les Dardenne font du suspense avec du social. Et alors ? Tout est rien moins qu'irréel. On se dit que ce choix-là peut demain survenir sous nos yeux ébahis dans une une jungle économique qui ne recule devant rien. On sait gré aux Dardenne de nous parler de cette guerre-là, la guerre économique, celle qui semblent parfois se mener contre ses fantassins eux-mêmes et dans leur propre camp ! Comme s'il s'agissait de réduire à néant sa propre armée. Singulier Etat-major en vérité qui se prive de sa chair à canon ! Sans retrouver la grâce de leurs plus beaux films, les Dardenne nous cueillent à froid avec cette vraie-fausse fable aussi terrible que lumineuse. Le combat de Sandra ne peut nous laisser indifférent. Même sur cette Croisette surréaliste et bouffie d'argent facile.

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