Innombrables, les livres publiés en mai sur le festival, 60 ans oblige. On oubliera les livres de photo, identiques, pour retenir les livres de Fredéric Mitterrand et Jean-Marie Le Clézio. Le premier entretient avec le cinéma une relation étroite et ambiguë. Cet homme là, ouvert et cultivé, sensible et mondain à ses heures, aurait dû compter parmi nos grands cinéastes. Mais sa peur, son redoutable manque de confiance et l'admiration de ses maîtres (Visconti, Moretti et même Sofia Coppola) l'ont empêché de consacrer sa vie au 7è art. Entre deux films, "Lettres d'amour en Somalie" et "Mrs Butterfly", Mitterrand a préféré diffuser des films dans ses salles de cinéma dans les années 70, puis commenter le cinéma à la télévision, dôté d'ailleurs d'une plume enviable, jamais égalée, depuis, à la télévision. Désormais, il écrit des livres et se dévoile avec une liberté absolue. Même dans "Le festival de Cannes", il prend le prétexte du Festival pour raconter, par exemple, la douleur et le plaisir qu'il éprouve quand il aperçoit de beaux garçons (inaccessibles) sur la Croisette. Malin, il parvient à les héberger dans sa chambre, mais, honnête, il avoue que les éphèbes ne le rejoignent jamais dans son lit : ils dorment sur le canapé! Outre, notamment, un portrait sensible d'Anna Magnani et son irritation légitime devant le cinéma actuellement un peu trop taillé pour le succès d'Almodovar, on retiendra cette phrase que Frédéric Mitterrand a prononcée lors de sa visite à "Esprit critique" : "Cannes, c'est à la fois un concentré de vie, et une illusion de vie". Jean-Marie Le Clézio a écrit pour sa part un livre de commande sur le cinéma, répondant ainsi favorablement à la proposition de son ami Gilles Jacob. "Ballaciner", chez Gallimard est comme son titre l'indique, une balade dans le cinéma. Le romancier passe en revue les films qu'il a aimés et il profite lui aussi de l'occasion pour se raconter à travers des films ou des souvenirs de films. Cet homme là, expert en cinéma chinois, coréen, iranien, italien, aurait pu devenir cinéaste. Son livre tourne autour de cette question, à laquelle il ne sait que répondre, du reste : écrire ou filmer? Pour ne pas vraiment choisir, on imagine Le Clézio écrire en fermant les yeux, laissant dérouler sur le papier, les images de ses rêveries aventureuses.

Mittérand
Mittérand © Radio France
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