HOLY MOTORS, le synopsis :

De l'aube à la nuit, quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille... M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier - mais où sont les caméras ? Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l'immense machine qui le transporte dans Paris et autour, tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. A la poursuite de la beauté du geste. Du moteur de l'action. Des femmes et des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, sa famille, son repos ?

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HOLY MOTORS
HOLY MOTORS © Radio France

Contrairement à d'autres retranscrits ici-même, ce synopsis-là ne ment pas. De là à ce qu'il dise la vérité... Mais y-a-t-il seulement une vérité dans ce fabuleux poème cinématographique que Léos Carax offre à tous ceux qui (j'en suis) gardaient au cœur la nostalgie de MAUVAIS SANG et de son incroyable énergie ? Il faut impérativement se laisser emporter dès les premières images, ne rien rationaliser, accepter que la folie prenne le pas sur toute autre considération. Et surtout accepter le retour à des âges d'or du cinéma notamment : Feuillade, les vampires, Fantômas et puis leur héritier direct Georges Franju et le Paris qui va avec, c'est à dire celui des ponts et des cimetières.

Un Paris définitivement nocturne que traverse une immense limousine blanche de celle que les Parisiens voient régulièrement et dont il se murmure qu'elles abritent derrière leurs vitres opaques aussi bien des films X que de vertueuses noces japonaises ou russes. Celle de Carax transporte Denis Lavant possible futur prix d'interprétation pour ses masques et personnages successifs et Edith-les-yeux-sans-visage-Scob conductrice des enfers et du paradis. Oui, Franju est partout dans ce film qui n’est jamais pourtant un hommage mortifère.

On y découvre avec ravissement de formidables trouvailles visuelles comme cet accouplement qui devrait faire pâlir de jalousie le créateur d'AVATAR ou ce bien encore ce cimetière parisien revisité par la communication des réseaux sociaux. On y rit également des clins d'œil que nous lance Carax depuis son propre cinéma quand Piccoli refait son parrain comme dans MAUVAIS SANG ou quand dans un presque final éblouissant il en termine avec la Samaritaine de ses AMANTS DU PONT NEUF. Feuillade, Franju, Carax et tant d'autres cités mais jamais lourdement : on peut prendre ou laisser, voir ou ne pas voir, le film n'est pas un film de cinéphile pour cinéphiles.

Il s'adresse d'abord à chaque amateur de la lanterne magique faisant avant tout surgir des images à l'heure où on se demande sans cesse en effet où sont les caméras. Carax est bien vivant et son œil malin stimule notre regard comme il se doit. Rien ici n'est gratuit même la présence de Kylie Minogue que vient justifier une scène unique de comédie musicale que l'on dirait sortie tout droit d'un Jacques Demy, la chanteuse ayant alors un imperméable de Cherbourg mais un look et un prénom à la Jane Seberg.

HOLY MOTORS vient à point nommé réveiller un Festival qui avec les travaux mineurs de Andrew Dominik (KILLING THEM SOFTLY), Ken Loach (LA PART DES ANGES) et Walter Salles (ON THE ROAD) semblait doucement s'endormir laissant à Haneke le soin d'envahir nos esprits. Il a toute sa place ici car il nous parle et de cinéma (comment ne pas y voir un autoportrait d'un cinéaste protéiforme qui revient nous donner de ses éclatantes nouvelles après une traversée du désert) et de nous spectateurs toujours avides d'images et d'émotions différentes.

On est servi et bien servi avec HOLY MOTORS. Un mot pour conclure provisoirement sur une bande son (comme s'il n'était pas stupide de la séparer du reste... pardon !) qui tutoie elle aussi les anges avec notamment un fabuleux concert d'accordéons et de percussions endiablés et conduits par Lavant dans une église et une chanson finale de Gérard Manset qui accompagne des images dignes de 2001, ODYSSEE DE L'ESPACE dans sa dimension primate (comprendra qui verra !). Bref, Carax nous a donné à voir ce soir ce que le cinéma peut nous donner de plus beau : 1h55 de grâce qui passent comme un rêve éveillé.

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