Le cru 2014 ne restera peut-être pas dans les années les plus marquantes de Cannes, mais, et ce n'est pas rien, sa sélection s'est avérée globalement de bonne qualité. A de très rares exceptions près, la compétition a eu lieu "à la loyale", c'est à dire entre films de bon niveau. Or, le palmarès établi par le jury de Jane Campion a manifestement pris acte de cette bonne qualité ambiante. Qu'on en juge plutôt :

A tout seigneur tout honneur : la palme d'or attribuée au film de Nuri Bilge Ceylan, WINTER SLEEP, est tout simplement ... incontestable, n'en déplaise aux bruyants partisans des films de Naomi Kawase et plus encore Xavier Dolan. Pour cette œuvre magnifique d'intelligence cinématographique, seule la récompense suprême pouvait avoir un sens. Le jury ne s'y est pas trompé.Tant mieux.

Les merveilles
Les merveilles ©
L'énorme et bienheureuse surprise est venu du prestigieux Grand Prix qui dans l'ordre protocolaire vient juste après la palme d'or, attribué au film d'Alice Rohrwacher, LES MERVEILLES. Choix particulièrement pertinent. On a dit ici même tout le bien qu'on pense de cette œuvre délicate, sensible, sensuelle. Elle a, pourquoi ne pas le dire, déconcerté beaucoup de festivaliers. Mais à tort vraiment. Nul doute que sa sortie au début de l'année prochaine permettra au public d'apprécier ses immenses qualités et formelles et narratives. Presque aussi surprenant mais radicalement contestable cette fois, le prix de la mise en scène est allé au film de Bennett Miller, FOXCATCHER. Si ce que raconte le film est proprement passionnant, il est en effet évident que le cinéaste peine à trouver le souffle propre à raconter cette histoire vraie. Une récompense pour son interprète Steve Carrel, saisissant en dépit d'un maquillage trop appuyé, eut été plus comprénensible à nos yeux.
On ne peut que crier bravo à la profonde intelligence matinée de malice qui a prévalu à la double récompense du Prix du jury. En distinguant et MOMMY de Xavier Doinel et ADIEU AU LANGAGE de Jean-Luc Godard. Campion et son jury refuse de choisir entre "l'ancien" et le "nouveau". Le vieux tonton fringuant et le jeune prodige remuant. Ce faisant, on dit avec beaucoup de pertinence que ces clivages n'ont aucun intérêt. Il ne servirait à rien d'opposer l'un à l'autre. De couronner le petit jeune pour mieux oublier l'éternel visionnaire. Certes, les fans de Dolan (et Dolan lui-même en pmfremier lieu) ont eu du mal à accepter cette leçon expresse de cinéma. On peut juger excessif l'emballement azutour du film de Dolan et surtout la sorte d'injonction émotionnelle qui s'ensuivait. Emettre la moindre réserve, formelle notamment mais pas eulement, équivalait à s'attirer des foudres ou des procès d'insensibilité. Placé ainsi dans le palmarès, à parité avec le géant Godard, Dolan se voit récompensé mais non statufié. Tant mieux pour lui, à vrai dire.
Xavier Dolan dans les bras de Jane Campion
Xavier Dolan dans les bras de Jane Campion © MaxPPP
C'est souvent le parent malheureux du palmarès cannois, comme si le jury ne savait pas trop que récompenser en donnant le prix du scénario. Cette année est moins pire que d'autre. Le scénario du film russe LEVIATHAN ne manque pas d'intéret, certes. Mais le film de Zvyagintsev est d'abord un film à la miseAu en scène remarquable d'ampleur et de force. On sde réjouit alors d'abord de sa présence au palmarès. Certes Julianne Moore n'a pas volé son prix d'interprétation féminine dans l;e rôle d'une actrice hystérique et sans scrupule dans MAP TO THE STARS de David Cronenberg. Le problème c'est que Marion Cotillard chez les Dardenne et Juliette Binoche chez Assayas ne manquaient pas d'atouts identiques, voire supérieurs. Mais avec cettes seconde récompense, le cinéma d'auteur américain peut sortir ragaillardi de Cannes au moment où sa présence sur la Croisette semblait poser problème à Hollywood... Un peu de stratégie ne peut faire de mal parfois... Enfin le prix d'interprétation masculin donné à l'acteur britannique Timothy Spall qui tient le rôle principal dans MR. Turner de Mike Leigh réjouira les fans d'un film jugé ici mêmùe queqlue peu académique. Et, si l'on veut être méchant, on dira simplement que parmi les film en compétition très peu offraient de beaux et grands rôles masculins.
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Au chapitre des regrets, un seul mais de taille. Ne rien avoir donné au film TOMBOUCTOU d'Abderrahmane Sissako, charge cinématographiquement inspirée contre les fous de Dieu est un signe de faiblesse, alors même que l'un des membres du jury a du écrire une lettre d'excuses aux autorités religieuses qui gouvernent son pays pour s'être laissée embrasser sur la joue par Gilles Jacob... Ainsi, en matière de lutte contre tous les intégrismes, nul ne semble être prophète en son pays et nul jury souverain et courageux en son royaume de liberté...
Gilles jacob tire sa révérence
Gilles jacob tire sa révérence © MaxPPP
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