En 2010, MY JOY avait fait sensation à Cannes, voici le synopsis du nouveau film de l'Ukrainien Loznista :

"Les yeux et les oreilles sont de pauvres témoins pour celui dont l'âme est barbare." Héraclite

Une forêt. deux résistants. Un homme à abattre, accusé à tort de collaboration. Comment faire un choix moral dans des circonstances où la morale n'existe plus ? Durant la Seconde Guerre mondiale, personne n'est innocent.

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Dans la brume
Dans la brume © Radio France

Tel est le texte français du Catalogue officiel du Festival. Il est comme toujours suivi de ce qui devrait a priori n'être que sa traduction littérale en Anglais. Mais ici, rien n'est simple. Alors faisons un peu de mauvais esprit en signalant que dans cette version anglaise la phrase d'Héraclite a totalement disparu (Héraclite ? Who ?!!!) et que le texte n'a rien à voir avec la version française et ses ellipses presque littéraires. Pour le public international, on fait dans le concret et le narratif pur et dure du genre "si vous avez manqué le début" avec date exacte, localisation précise, rappel du contexte historique, etc. Chacun tirera de ses différences les conclusions qu'il voudra !

Mais venons à l'essentiel. Soit un film très attendu par ceux qui, à mon instar, avaient beaucoup apprécié MY JOY. Disons-le d'emblée : si ce film, contrairement à d'autres, semble avoir toute sa place dans la compétition, il déçoit quelque peu en appliquant un peu trop à la lettre les principes d'un cinéma dont les beautés formelles peuvent devenir des défauts à la longue. Mais on sait gré à Loznista de nous raconter une histoire universelle que l'on croirait tout droit sortie d'un drame antique en temps de guerre.

Tandis que Nasrallah mettait en avant la figure d'un véritable traitre à son propre camp, le cinéaste ukrainien peaufine, lui, le portrait d'un faux traitre, d'une sorte de traitre idéal inventé par un camp pour tromper l'autre. Manipulation d'une rare perversité dont le faux-traitre connait toute la genèse et la complexité. Il en découle pour lui une position impossible : d'innocent, il devient dans tous les cas de figure l'homme à abattre soit par ceux avec qui il aura refusé de collaborer, soit par ceux de son propre camp qui croient à l'intoxication dont ils sont l'objet.

Voilà pour le tableau principal et le cœur d'un récit dont on imagine aisément qu'il ne multiplie pas les morceaux de bravoure autour de ce conflit intérieur mais juste ses répercussions, parfois violentes évidemment, dans les corps et dans les cœurs. Au sein d'une distribution remarquable de justesse, on retrouve une figure connue, celle de l'actrice Nadezhda Markina, l'héroïne sublime du superbe et récent film du Russe Andreï Zviaguintsev ELENA.

A cette exception près, aucun lien entre ces deux œuvres venues de l'Est. Mais peut-être le souvenir et le choc causé voici peu de temps par la vision d'ELENA ont quelque peu relativisé ce nouveau film de Loznitsa moins tendu, moins aigu. Reste que DANS LA BRUME honore parfaitement cette sélection 2012.

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