AMOUR, le synopsis de Michael Haneke :

Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite. leur fille, également musicienne, vit à l'étranger avec sa famille. Un jour, Anne est victime d'un accident. L'amour qui unit ce couple va être mis à rude épreuve.

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Amour
Amour © Radio France / Frédéric Dugit

"Ne me secouez pas, je suis plein de larmes." En sortant de la projection du nouveau film d'Haneke, difficile de ne pas être dans l'état décrit par Henri Calet. Difficile alors d'écrire sur cette œuvre absolument bouleversante qui renvoie chacun à ses propres expériences, sa propre vie, ses propres peurs, à lui-même par conséquent. Et à ce qui se partage difficilement. Où est exactement situé le si bel appartement dans lequel vivent Anne (Emmanuelle Riva) et Georges (Jean-Louis Trintignant) ? A Paris sans doute, peut-être dans le VIè ou le VIIè arrondissement là où tout est luxe, calme et volupté. Là où la culture classique sert de cadre de vie. On y voit pas le temps passer entre Schubert, Beethoven, des livres à foison, des tapisseries au mur, de beaux tapis sur les sols parquetés, des boiseries partout, des fauteuils anciens et profonds qui invitent aussi bien à la lecture qu'à la rêverie. Même les fenêtres d'un vestibule d'entrée sont belles à regarder. On se dit qu'ici, au son du piano à queue qui trône dans le salon, rien ne peut finalement advenir de grave ou de douloureux.

Et puisque le couple qui occupe cet appartement a trouvé le bonheur de la vie commune malgré les années qui passent et que l'un peut dire à l'autre que ce soir il la trouve jolie, que peut-on craindre pour eux ? C'est tout cela que décrit Haneke avec une incroyable précision et une formidable sensibilité. C'est toute cette culture qui rend la vie supportable qui est convoquée entre ces murs-là. Au gré des souvenirs qui remontent à la surface quand viennent les "vieux jours" à travers des photos ou des récits de jeunesse.

Oui, toute cette culture à la fois intime et collective, tout ce qui fait l'humanité et nous éloigne du primitif et des bêtes : l'art sous toutes ses formes, les souvenirs, les sourires, l'affection,...Haneke convoque ce concert, cette "musique de l'être humain" (Aragon) pour mieux montrer l'irruption dévastatrice de la nature qui reprend ses droits et réclame son dû, autrement dit la vie dans ce qu'elle a de fugace et de provisoire. Cet état de nature, cette "maladie de la mort" (Duras) ravage tout sur son passage et des fleurs coupées au quatre coins du lit semées n'y pourront rien changer.

Voilà ce que nous a dit notamment Michael Haneke ce matin peu après le réveil. Il a fallu et il faudra du temps pour se remettre vraiment. Evidemment la Palme, évidemment un double prix d'interprétation pour ces deux inséparables que sont Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant qui ont tout donné à Haneke puis à nous-mêmes. Evidemment...

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