De POST TENEBRAS LUX, voici d'abord le synopsis :

Juan et sa famille ont quitté leur ville de Mexico pour s'installer à la campagne où ils profitent et souffrent d'un lieu qui voit la vie différemment. Ces deux mondes coexistent pourtant sans savoir s'ils se complètent réellement ou si chacun lutte pour la disparition de l'autre.

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POST TENEBRAS LUX
POST TENEBRAS LUX © Radio France

Pour prolonger le post précédent, on dira d'entrée de jeu que quoi qu'on en pense par ailleurs, le film de Reygadas a toute sa place dans la compétition : il fait problème, il fait débat, il divise, il interroge. Mais "il fait cinéma" et ce ce qu'on lui demande.

Puis, on relit deux ou trois fois le synopsis après avoir vu le film hier soir. Pour s'assurer d'avoir bien lu que les personnages principaux "profitent et souffrent d'un lieu qui voit la vie différemment" ! On aimerait être certain que Reygadas a lui-même validé cette drôle de phrase qui au mieux ne veut rien dire et au pire signifierait qu'il y a d'un côté des personnages et de l'autre un "lieu" (sic) doué de vie et de pensée. Les individus d'un côté, un lieu de l'autre... Le malheur étant qu'on assiste à autre chose dans le film : ce fameux lieu est en fait habité par d'autres individus et personnages et ce sont eux qui s'opposent et sont différents.

Bref, on l'aura compris, Reygadas pour son nouveau film reste dans les ténèbres de son titre et se garde bien d'allumer la lumière. L'exact inverse de ce qu'il faisait pourtant dans ses trois films précédents par lesquels nous l'avions découvert, aimé et admiré : JAPON; BATAILLE DANS LE CIEL, LUMIERE SILENCIEUSE. Certes, la belle radicalité de ces trois premières œuvres avait profondément déjà divisé le public. Mais, on ne pouvait que saluer et l'exigence et la cohérence d 'un cinéma prêt notamment à décrypter la nation mexicaine avec une incroyable acuité.

Ici, le propos se voudrait semblable mais tout devient hélas pesant avec une description binaire décevante parce que peu inspirée : les riches sont très riches, préoccupés d'eux-mêmes et quelque peu obsédés sexuels (avec une drôle -en fait très triste- scène de hammam partouzard aux mains de Français : les romans de Houellebecq ne nous font pas forcément du bien à l'étranger !!!), les pauvres sont très pauvres, faussement empathiques et vraiment dangereux. Peut-être persuadé de la faiblesse de son propos, Reygadas prend ici le parti d'une esthétique envahissante fondée sur un cadre flou à la périphérie et net au centre et ce dès la scène initiale du film, ce qui au bout d'un moment finit par être lassant et même insignifiant.

Sans compter l'apparition du diable à deux reprises : d'accord, Carlos, le mal rôde (en l'occurrence avec une boite à outils façon Castorama à la main soit dit en passant), mais comme dirait Georges, "What else" ?! Bon Maurice Blanchot prétendait que la "critique, c'est comme de la neige qui glisse sur une cloche de verre". Alors, oui, avec POST TENEBRAS LUX, je glisse, docteur, je glisse !

Rien d'autre ? Mais si, mais si : Audiard, Haneke et Carax qui chacun à sa manière fait son chemin dans la mémoire cinéphile et c'est bien là l'essentiel après tout : que leurs lumières soient !

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