J'ignore comment on dit "esbroufe" en québécois mais je rêve de l'apprendre tant cet adjectif peu glorieux peut s'appliquer à LAURENCE ANYWAYS le nouveau film d'un jeune cinéaste qu'on cessera d'aimer s'il continue ainsi...

Mais d'abord le synopsis : Dans les années 90, un homme tente de sauver sa relation avec sa fiancée après lui avoir annoncé son désir de devenir une femme. C'est l'histoire d'un amour fou et différent ;

LAURENCE ANYWAYS
LAURENCE ANYWAYS © Radio France

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On sait gré à Dolan d'avoir tenté de faire autre chose qu'une sorte de pensum fictionnel d'un sujet qui hante les émissions de Mireille Dumas and co depuis des lustres du genre "J'ai le corps d'un homme mais je me sens femme." Mais on lui en veut de ne pas avoir accepté de prendre réellement à bras le corps son sujet et son personnage principal. Au point d'étirer sans raison aucune la durée de son film (2h39 quand même...) et de multiplier les ramifications et les péripéties. Pour faire allusion à la scène inaugurale de son film : n'est pas Céline ou Proust qui veut. C'est pourtant ce que vise Dolan en faisant le malin précisément avec cette scène (son héros est prof de Lettres), car il voudrait de toute évidence regrouper sur sa tête et les méandres des affects proustiens et les flamboyances de la langue de Céline (outrances idéologiques en moins évidemment, car comme on le verra ultérieurement, plus politiquement correct in fine que Dolan, tu meurs !). C'est peu de dire que ni Marcel P. ni Louis-Ferdinand C. hélas n'ont vraiment inspiré le jeune Xavier D. pour ce troisième film qu'il n'hésite pas à présenter lui-même comme une sorte de chef d'œuvre à venir et qui servira de maître-étalon à sa future filmographie ! Ce qui semble intéresser Dolan, ce serait donc de dire ce qui fait en ce monde la norme et le hors norme, la règle et l'à-côté. Ou plutôt de le dénoncer vertueusement. Contrairement à Christophe Honoré dans le décidément superbe LES BIEN AIMES, Dolan voudrait se poser en moraliste de son temps et nous assène ainsi de lourds jugements par le truchement de choix esthétiques qui ont la légèreté du béton armé. La caractérisation (et donc la stigmatisation, on l'aura compris) des personnages passe par celle de leur habitat quotidien. Une approche si légère et si complexe (...) permet ainsi de ringardiser la maison sans âme et remplie d'horribles bibelots qui appartient à la femme aimée mais ingrate, tandis que l'abominable père castrateur vit dans un environnement digne des maisons londoniennes de ORANGE MECANIQUE ! C'est dire...Et tout est à l'avenant. Sans compter la lourdeur des prénoms : le héros qui veut devenir une femme s'appelle donc d'entrée de jeu Laurence, mais la femme avec qui il vit se prénomme Fred et durant tout le film on aura soin de montrer qu'elle se coupe régulièrement les cheveux très courts (vous me suivez? ...!). Lorgnant sans cesse sur le Léos Carax du sublime mais inimitable MAUVAIS SANG, Dolan ne recule hélas devant rien et surtout pas le ridicule d'un mur d'eau qui tombe sur la pièce d'une maison pour montrer l'effondrement d'un personnage ou l'utilisation de Beethoven puis de Céline Dion pour faire passer des émotions qu'il a du mal à exprimer tant son propos n'est pas tenu. Dans son précédent film (qu'on avait beaucoup aimé...) les amours étaient imaginaires et complexes et interrogatives. Ici l'amour est faussement fou, vraiment trop limpide et définitivement arrogant. Il faut que Dolan redescende sur terre et retrouve l'idée que le cinéma peut et doit fabriquer des images impressionnantes sans que cela se sente à chaque mouvement de caméra ou à chaque battement de cœur. Ce pourrait bien être la vraie différence entre Lelouch et Demy...

J'ignore comment on dit "esbroufe" en québécois mais je rêve de l'apprendre tant cet adjectif peu glorieux peut s'appliquer à LAURENCE ANYWAYS le nouveau film d'un jeune cinéaste qu'on va tant aimer s'il continue ainsi...

Mais d'abord le synopsis : Dans les années 90, un homme tente de sauver sa relation avec sa fiancée après lui avoir annoncé son désir de devenir une femme. C'est l'histoire d'un amour fou et différent ;

On sait gré à Dolan d'avoir tenté de faire autre chose qu'une sorte de pensum fictionnel d'un sujet qui hante les émissions de Mireille Dumas and co depuis des lustres du genre "J'ai le corps d'un homme mais je me sens femme." Mais on lui en veut de ne pas avoir accepté de prendre réellement à bras le corps son sujet et son personnage principal. Au point d'étirer sans raison aucune la durée de son film (2h39 quand même...) et de multiplier les ramifications et les péripéties. Pour faire allusion à la scène inaugurale de son film : n'est pas Céline ou Proust qui veut. C'est pourtant ce que vise Dolan en faisant le malin précisément avec cette scène (son héros est prof de Lettres), car il voudrait de toute évidence regrouper sur sa tête et les méandres des affects proustiens et les flamboyances de la langue de Céline (outrances idéologiques en moins évidemment, car comme on le verra ultérieurement, plus politiquement correct in fine que Dolan, tu meurs !). C'est peu de dire que ni Marcel P. ni Louis-Ferdinand C. hélas n'ont vraiment inspiré le jeune Xavier D. pour ce troisième film qu'il n'hésite pas à présenter lui-même comme une sorte de chef d'œuvre à venir et qui servira de maître-étalon à sa future filmographie ! Ce qui semble intéresser Dolan, ce serait donc de dire ce qui fait en ce monde la norme et le hors norme, la règle et l'à-côté. Ou plutôt de le dénoncer vertueusement. Contrairement à Christophe Honoré dans le décidément superbe LES BIEN AIMES, Dolan voudrait se poser en moraliste de son temps et nous assène ainsi de lourds jugements par le truchement de choix esthétiques qui ont la légèreté du béton armé. La caractérisation (et donc la stigmatisation, on l'aura compris) des personnages passe par celle de leur habitat quotidien. Une approche si légère et si complexe (...) permet ainsi de ringardiser la maison sans âme et remplie d'horribles bibelots qui appartient à la femme aimée mais ingrate, tandis que l'abominable père castrateur vit dans un environnement digne des maisons londoniennes de ORANGE MECANIQUE ! C'est dire...Et tout est à l'avenant. Sans compter la lourdeur des prénoms : le héros qui veut devenir une femme s'appelle donc d'entrée de jeu Laurence, mais la femme avec qui il vit se prénomme Fred et durant tout le film on aura soin de montrer qu'elle se coupe régulièrement les cheveux très courts (vous me suivez? ...!). Lorgnant sans cesse sur le Léos Carax du sublime mais inimitable MAUVAIS SANG, Dolan ne recule hélas devant rien et surtout pas le ridicule d'un mur d'eau qui tombe sur la pièce d'une maison pour montrer l'effondrement d'un personnage ou l'utilisation de Beethoven puis de Céline Dion pour faire passer des émotions qu'il a du mal à exprimer tant son propos n'est pas tenu. Dans son précédent film (qu'on avait beaucoup aimé...) les amours étaient imaginaires et complexes et interrogatives. Ici l'amour est faussement fou, vraiment trop limpide et définitivement arrogant. Il faut que Dolan redescende sur terre et retrouve l'idée que le cinéma peut et doit fabriquer des images impressionnantes sans que cela se sente à chaque mouvement de caméra ou à chaque battement de cœur. Ce pourrait bien être la vraie différence entre Lelouch et Demy...

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