C'est un journal, un voyage dans le temps, il photographie la France, elle retrouve des bouts de films inédits qu'il garde précieusement : ses débuts à la caméra, ses reportages autour du monde, des bribes de leur mémoire, de notre histoire.

Tel est le synopsis de JOURNAL DE FRANCE, un film de Claudine Nougaret et Raymond Depardon présenté hors compétition en sélection officielle et qui, précision importante, sera dès le 13 juin prochain en salles.

JOURNAL DE FRANCE
JOURNAL DE FRANCE © Radio France

Ce fut l'une des plus belles expositions parisiennes de ces dernières années : sous le titre LA FRANCE on y découvrait avec ravissement et même émotion 36 tirages couleur au format XXL de Raymond Depardon et présentés à la Bibliothèque Nationale François Mitterrand durant quatre mois.

On pouvait ensuite faire l'acquisition d'un magnifique ouvrage qui donnait plus encore à voir de ce travail qui aurait tout simplement enchanté Fernand Braudel : Depardon se faisait ici l'historien des paysages et le reporter de nos vies quotidiennes à l'aune de leurs décors. On retrouve ce voyage à travers la France comme un film conducteur du documentaire-mémoire de Nougaret et Depardon.

Le mot "testament" est à la mode cette année à Cannes mais on aurait rudement tort de l'appliquer à ce JOURNAL DE FRANCE. Rien de mortifère en effet dans la démarche documentaire des deux auteurs qui sont simplement allés chercher au fond de leur cave quelques morceaux inédits de leurs travaux communs ou non. Il en résulte un merveilleux portrait de Depardon et Nougaret dont on voit presque l'histoire d'amour débuter sous nos yeux (le photographe amoureux baisse forcément la garde devant une jeune femme séduisante qui enlève son chapeau comme personne...!).

Entre palmeraie et désert (c'est le nom de leur société de production), c'est à dire notamment entre cette France aux mille couleurs et ces étendues arides qu'a toujours affectionné Depardon y compris pour y conduire l'être aimé/regardé, le parcours de Raymond Depardon épouse nos vies avec une incroyable régularité.

On y croise des figures "familières" (Giscard, Bokassa, Mandela...) et des moments historiques de première importance (Prague, le Biaffra,..) et plus près de nous encore des institutions judiciaires ou sanitaires de proximité. A chaque fois, Depardon prend le temps : des mois, voire des années pour photographier comme pour filmer. Du temps il en faut pour parvenir à capter ainsi l'essentiel. A l'heure de la photo numérique et des retouches à gogo, Depardon pose son appareil photo qu'on croirait tout droit sorti des mains de Niepce et prend également le temps de la pose. Il quitte un village mais un repentir le prend et il y retourne pour capter quatre octogénaires déjà présents vingt ans avant : c'est cela que Depardon fixe aussi, la fausse permanence, car la France immuable n'existe pas.

Mais, que voulez-vous, le soir qui descend sur le lac du Salagou (Hérault) a encore de beaux jours devant lui, c'est ce que nous montre parfaitement Depardon. Ce dernier fixe tout : ce qui bouge comme ce qui reste, la vanité de Giscard comme la roublardise du délinquant (Louis XIV était vaniteux et Mandrin roublard...). A ce regard-là fait écho l'oreille de Nougaret adepte du son direct, chercheuse de l'instant sonore comme Rohmer tentait chaque soir de capter le rayon vert. Bref, Depardon et Nougaret n'en finissent pas de saisir la vie. Alors pour un testament, on repassera et heureusement. En revanche, cette petite merveille qu'est JOURNAL DE FRANCE donne l'envie de revoir tout Depardon et vite !

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.