Comme le veut notre tradition, voici d'abord le synopsis de COSMOPOLIS le nouveau film de David Conenberg d'après le roman de Don de Lillo :

Dans un New-York en ébulltion, l'ère du capiatalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s'engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du Président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n'a qu'une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l'autre bout de la ville. Au fur et à mesure dela journée, le chaos s'installe, et il assiste impuissant, à l'effondrement de son empire. Il est aussi certian qu'on va l'assassiner. Quand ? où ? Il s'apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie.

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COSMOPOLIS
COSMOPOLIS © Radio France

A écouter et lire ceux qui avaient déjà vu le film de Cronenberg à Paris, les Haneke, Audiard, Carax et autres Mungiu n'avaient qu'à bien se tenir : COSMOPOLIS allait les ventiler façon puzzle aux quatre coins de la Croisette. C'est ainsi que dans l'impayable mensuel TRANSFUGE de ce mois, le nommé Jean-Claude Ferrari affirme tout en nuances : "C'est un poème barbare et surréaliste, un scanner métaphysique du monde actuel, une complainte rap hyper graphique". Et d'ajouter en philosophe visionnaire, désabusé et adepte du procès d'intention : "Mais Moretti ne donnera pas un accueil favorable à cette ambition". Passons sur "donner un accueil" (sic) et sur la tonalité générale très café-philo du commerce du XIè arrondissement de l'entretien d'où est tiré cette citation (il faut dire que dans le même numéro, on peut lire sous la plume de Damien Aubel "chef de rubrique cinéma" un article sidérant de vacuité sur, je cite, "Ces jeunes actrices françaises pas sexy" (sic) qui cultive la nostalgie de ... Valérie Kaprisky ...!).

Bref, c'est avec regret évidemment que l'on ne rejoindra pas les thuriféraires de Cronenberg, pour la seconde fois consécutive d'ailleurs après le désastreux A DANGEROUS METHOD. Les deux films ont en commun un incroyable sens du bavardage, jungien pour le premier, branché post-moderne pour ce nouveau film. L'actuelle crise financière occidentale a bon dos : pour pas cher, elle permet de donner le grand frisson de l'Apocalypse. On a l'Ancien Testament qu'on peut me direz-vous. L'assassinat du directeur du FMI est sensé donner des frissons de terreur et d'épouvante. Tout comme l'entré en bourse potentielle du rat, c'est à dire de la peste. Ce dernier exemple pour vous donner un aperçu de la légéreté des métaphores déployées. On pontifie beaucoup tout au long du film sur la vie, la mort, le pouvoir, l'argent et tout le toutim !

On ne peut résister au plaisir de dévoiler le lien intime, secret et fruit du pur hasard qui rapproche les films de Carax et de Cronenberg ; chez l'un comme chez l'autre, on suit les pérégrinations urbaines et capitales (Paris et New-York) de héros masculins qui vivent presque dans l'une de ces longue limousines blanches qui sont au design automobile ce que le basset artésien est à la race canine. Et deux ou trois répliques "sérieuses" du Cronenberg sur ces voitures monstres entrainent chez les spectateurs de Carax des rires amusés.

C'est d'ailleurs toute la différence entre ces deux films : Cronenberg cultive globalement l'esprit de sérieux, tandis que Carax, pas forcément plus optimistes sur l'avenir du monde, pratique avec délectation une ironie féconde. Quand le premier nous balance ses gros calibres à la figure, le second n'oublie jamais que tout ça c'est du cinéma au sens littéral du terme. On préfère de loin les rencontres improbables du héros de Carax à celles pourtant très chics de celui de Cronenberg lequel rencontre notamment Juliette Binoche, Mathieu Amalric et Paul Giamatti...On préfère et de loin le soin apporté par Carax à ne pas se prendre pour un prédicateur des temps de crise comparé à l'emphase qui finit par étouffer le propos de Cronenberg.

Mais ne serait-ce que pour cette comparaison stimulante, la confrontation des deux œuvres s'avère particulièrement excitante. Et si Carax c'était le double non aliéné de Cronenberg ? Une sorte de repentir : ce qui resterait de Cronenberg quand il se serait débarrassé de ses enveloppes et de son armure ? Alors au fond la limousine ne serait pas vraiment un hasard mais un pont entre les deux films pour passer de l'un à l'autre et constater que ce qui plombe COSMOPOLIS donne des ailes à HOLLY MOTORS. Rarement peut-être à Cannes, on avait eu le sentiment de découvrir à quelques jours de distances deux films aussi proches et dissemblables. Ici, on choisit sans hésiter le camp de Carax !

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