Soit un certain nombre de films vus ces jours derniers et qui ont en commun de susciter quelques interrogations forcément subjectives. Mais après tout, n'est-ce pas cela une sélection puis une compétition : l'improbable rencontre de subjectivités au travail ?

D'où la naissance dans mon esprit d'une sous-sélection dénommée "CQFI", autrement dit les films dont je me demande "Ce Qu'ils Font Ici", c'est à dire comment on peut les imaginer, ne serait-ce qu'une seule seconde, pouvoir décrocher la Palme d'Or ou même le Prix spécial du Jury... Depuis LAWLESS de John Hillcoat le doute s'est installé régulièrement en moi, avec ce western classique et tellement attendu. Vint ensuite KILLING THEM SOFTLY d'Andrew Dominik. Ce dernier ayant réalisé en 2007 L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LACHE ROBERT FORD, on pouvait légitimement attendre avec une certaine impatience son nouveau film. Or, ce n'est rien d'autre qu'un pâle rejeton tarantinesque qui cultive avec application une bonne conscience pseudo politique en tentant de faire se chevaucher gangstérisme et secousse monétaire internationale sur fond d'actualités télévisées qui sont autant d'alibis faciles.

Puis, un sentiment comparable, même atténué, nous prit en découvrant le nouveau film de Ken Loach, LA PART DES ANGES, dont nul ne peut contester le caractère sympathique et efficace. Mais cette petite fable-farce sur la roublardise des laissés pour compte de la crise ne saurait rivaliser avec la plupart des films précédents du cinéaste britannique qui nous a habitués à bien plus d'acidité et de rigueur. Autrement dit, ce qui ici pose problème, c'est précisément la légèreté d'un cinéma que les films de Haneke, Carax ou Audiard ne peuvent que littéralement pulvériser. Pour qu'il y ait compétition, il faut réunir des champions... Et si j'entends les propos élogieux que l'on peut tenir sur le nouveau film de Walter Salles, SUR LA ROUTE d'après Kérouac, j'ai du mal à faire le lien entre cette œuvre si linéaire, si consensuelle et le contenu du livre dont elle se veut l'adaptation.

En sortant de la projection de SUR LA ROUTE, on se demande par quel miracle a pu naître une génération contestataire aussi puissante ! Le cinéaste brésilien nous avait déjà donné un road-movie initiatique avec son CARNETS DE VOYAGE. Mais cette fois, pour Kérouac, la folie d'un Herzog ou d'un Ferrara aurait été plus en adéquation avec le récit originel. Trop sage, décidément trop sage ce Walter Salles, un bon élève mais sans le grain de folie que cette entreprise-là nécessitait absolument.

Paperboy
Paperboy © Radio France

Et ce matin même la projection de THE PAPERBOY de Lee Daniels (auteur du très surfait PRECIOUS) n'a pu que confirmer cette certaine tendance CQFI ! On attendait une performance, celle de Nicole Kidman en fausse décervelée amoureuse d'un condamné à mort et prête à tout pour l'innocenter. Et au fond, le film n'est que cela : l'addition de petites "performances" d'acteurs ('Zac Efron, John Cusak, ...) confrontées à un scénario paresseux et étouffant.

Aussitôt vu, aussitôt oublié, le film ne dit rien et nul auteur ne se cache derrière. Tel est bien effet le problème : on peut penser ce que l'on veut des films de Resnais ou de Mungiu, ils sont indéniablement des propositions de cinéma dignes d'une compétition, c'est à dire capables d'être comparés et puis débattus. Mais, franchement, entre Lee Daniels et Michael Haneke, où peut se situer le débat ? Quel serait l'enjeu de la confrontation ? Et à ce stade, on peut même se demander s'il est encore question de subjectivité et si la question, d'un strict point de vue cinématographique et artistique, ne pourrait pas trouver une réponse objective et tranchante comme le couperet d'une non-sélection dans la compétition officielle. Tous sélectionneurs ? Assurément non, chacun à sa place. Mais quand on pratique "l'art d'aimer", on aime le faire sur des objets "aimables"...

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