Cette fois, c’est parti. Et bien-mal parti avec un TGV qui prend deux heures de retard entre Paris et Cannes. Et puis le soleil à l’arrivée. Et puis la Croisette bruissante de monde et de ballons multicolores (ah ! la « belle » idée du distributeur du film d’animation en 3D qui a fait ce soir l’ouverture du Festival : fabriquer des milliers de ballons aux armes du film et transformer chaque passant bénévole en porte ballon publicitaire sans même avoir vu le film dont il assure ainsi et gratis la promotion avec, qui plus est, l’air du ravi de la crèche… un vrai dégourdi ce distributeur-là, il suffit pour s’en convaincre de voir les images télévisées de la foule cannoise : des ballons partout ! Fermons la parenthèse désenchantée). Et puis les premiers barrages à franchir… Stop, Cannes n’est pas une mine, personne n’y pousse vraiment un wagonnet (je parle des festivaliers…) et se plaindre relève de la pose narcissique déplacée.Alors, oui, c’est parti. Et j’essaye de tenir ma promesse en vous parlant du tout premier (et du seul !) film vu aujourd’hui, plus précisément à 19 heures dans la salle Debussy (ce n’est pas la grande salle, c’est la moyenne qui est à côté !). Un film du Chinois Lou Ye, « Nuits d’ivresse printannière » , dont on avait vu et apprécié « Une jeunesse chinoise » en 2006. Il revient cette fois avec un « Jules et Jim » inversé (c’est lui-même qui revendique et la citation et la filiation : Jean-Michel Frodon a raison de dire dans son éditorial du numéro cannois des « Cahiers du cinéma » que décidément la Nouvelle vague est toujours vivante…). Les deux films partagent de fait une incroyable force à combiner le particulier et l’universel. Une histoire d’amour à trois dans une France datée pour l’un, une histoire d’amour à trois moins une dans une ville de Nankin au cœur des transformations chinoises. Dans les deux cas, dans les deux films, des histoires d’amours universelles et interdites. Le film chinois étonne par sa vivacité, sa vitalité, son sens de l’ellipse pour raconter les faits et son sens tu temps amoureux qui prend son temps pour montrer avec sensualité et force les corps impatients.C’est un bon début pour ce cru 2009. Parce qu’il s’agit d’un film en liberté (à la bande son incroyablement soignée et séduisante par sa capacité à surprendre), parce qu’il n’est pas signé par l’un de ces caïmans qui trustent la compétition (qui s’en plaindrait de ces noms-là ? pas moi !) mais par un jeune et fringant croco issu d’un cinéma asiatique qui n’en finit pas de chanter dans un arbre généalogique où, décidément oui, Truffaut, Godard, Rivette, Rohmer et les autres trouvent des étonnants héritiers. Bonne façon vraiment d’entrer à Cannes. C’est, comme on dit, de bon augure.Est-ce un bon début pour ce blog cannois dont les posts seront comme des SMS en forme de signaux lumineux envoyés depuis les phares d’une baie cinématographique ? On verra bien !Pour l’heure, il faut penser à demain avec à 8h30 (oui !) la projection du second film en compétition officielle « Fish Tank » de la britannique Andrea Arnold, cette fois dans la grande salle. Autant dire qu’il faut songer à aller se coucher en se lovant contre soi-même pour trouver Morphée et puiser les forces nécessaires d’un marathon de films qui dure 12 longs jours !La phrase du jour ?« Quand il fut de l’autre côté du pont, les fantômes vinrent à sa rencontre. »Intertitre du prologue du film de F.W. Murnau, « Nosferatu »

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