Le cinéma reflète le monde? C'est vrai. Pourtant, Cannes vit loin du monde. Quiconque pose un pied au festival le sait : vous n'êtes plus un citoyen lucide. Peut-être avez vous vécu cette expérience, peut-être la vivrez vous un jour. Vous ne quittez presque pas l'obscurité des salles, nourri de la manière dont les cinéastes traduisent par l'image ce qu'ils perçoivent de la société, de la politique, des sentiments... Troublant paradoxe : on ne peut pas être ici plus au fait de l'actualité internationale, à travers les regards des auteurs présents à Cannes. Combien de nationalités réunies en douze jours sur les écrans et dans les salles, combien de journalistes, distributeurs, producteurs, spectateurs du monde entier? On entend dans les couloirs l'anglais, le français mais aussi des dialectes indiens... Assis, dans les salles du Palais, vous faites le tour du monde : l'Amérique vue par le hongkongais Wong Kar-wai, Paris vue par le Chinois Hou Siao Sien, bientôt l'Iran par Marjane Satrapi. Et pourtant! L'écran fait écran à l'actualité. Ici, personne ne commente plus de cinq minutes le sacre de Nicolas Sarkozy, hier, à l'Elysée. Pas le temps (pas envie?) de regarder les images, comme si elles risquaient de se substituer à celles qui nous attendent à Cannes. Décidément, le monde dans ce microcosme festivalier ne bat plus au même rythme. Cannes prend le pouls du monde en l'excluant douze jours. Il a droit de cité sur l'écran, d'abord, dans les journaux, ensuite. Ils sont fous, ces Cannois?

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