Qu’est-ce qui ne va plus avec Michael Moore dont le nouveau film, « Capitalism : a love story », sera en salles mercredi prochain ? Qu’est-ce qui cloche avec le nouveau film documentaire de ce franc-tireur américain ? Les deux heures que dure ce nouveau brûlot nous ont paru bien longues, bien répétitives et surtout bien décousues. On voit bien que Moore surfe sur la vague de la crise financière et de ses conséquences humaines dramatiques, mais il le fait avec la légèreté d’un éléphant au pas de charge. Il adore ainsi, comme dans son précédent film, montrer longuement une mère de famille qui pleure. C’est chez lui une figure désormais récurrente comme le signal de l’empathie et de la compassion obligée. Manifestement, pour le cinéaste, ces images lacrymales (qui ne peuvent qu’émouvoir, dont acte) peuvent remplacer de longs discours et doivent soutenir l’indignation. La caméra de Moore se fait insistante et voyeuriste, mais peu importe diront les belles âmes puisque c’est pour la bonne cause. Cette dernière est pourtant bien étrangement défendue par le cinéaste. Ou du moins par de bien singuliers orateurs : Moore désigne l’Eglise catholique américaine comme le porte-étendard idéal de sa croisade anti-capitaliste, avec trois témoignages à l’appui dont celui du prêtre qui l’a marié et dont la parole n’en prend que plus de poids…Donc le capitalisme, c’est le mal, Jésus l’aurait combattu et Dieu est contre. On fait mieux comme argumentaire, non ? Mais, il est bien là le problème de Moore : à force de ne pas vraiment hiérarchiser son argumentation, tout se vaut, les larmes, les analyses économiques, les témoignages. Tout se vaut et rien n’est donc vraiment important. Il faut cogner encore et toujours quitte à magnifier l’Amérique rooseveltienne comme une sorte d’Eldorado mort-né. Ce qui n’est pas si simple.Bref, on aimerait un peu plus de subtilité et un peu moins d’images choc. Un peu plus de distance et un peu moins de fausse candeur. Un peu plus d’appétit de comprendre et un peu moins de propos lénifiants qui ont la forme de slogans. Enfin, un peu moins de « Moi, je, Michael Moore » et un peu plus de travail sur la construction du film. En rouge et en marge : « Peut mieux faire. Esprit libre mais brouillon. Affirmer sans prouver est dangereux ».Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Érection : Ne se dit que des monuments »Gustave Flaubert, « Le Dictionnaire des idées reçues »

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