de Roman Polanski avec Christoph Waltz, Kate Winslet, Jodie Foster et John C. Reilly

d'après la pièce "Le dieu du carnage" de Yasmina Reza

Dans un jardin public, deux enfants de 11 ans se bagarrent et se blessent. Les parents de la "victime" demandent à s’expliquer avec les parents du "coupable". Rapidement, les échanges cordiaux cèdent le pas à l’affrontement. Où s’arrêtera le carnage ?

Saluée par la critique et le public, la pièce Le Dieu du Carnage, créée en 2006, s’est jouée à guichets fermés à Paris, Londres et Broadway, et a remporté de nombreux prix, dont un Laurence Olivier et un Tony Award.

Lorsque Roman Polanski a découvert la pièce de Yasmina Reza, il s’est dit qu’elle pourrait donner lieu à un film passionnant : "Le ton de la pièce est hilarant et le rythme très rapide. Ce qui m’a particulièrement intéressé c’est l’unité de temps et de lieu". Le cinéaste a proposé à Yasmina Reza de coécrire l’adaptation avec lui. C’est à Brooklyn que Polanski choisit de situer l’action du film : "L ’esprit de la pièce m’a semblé plus américain que français et Brooklyn un lieu de résidence très vraisemblable pour une famille libérale". Le réalisateur souhaitait également rester fidèle à l’unité de lieu et de temps de la pièce malgré les contraintes que cela impliquait. "C ’est un vrai défi de tourner un film en temps réel, sans la moindre ellipse", explique Polanski. "Depuis mon enfance j’ai toujours pris plus de plaisir à voir des films qui se déroulaient dans un seul décor plutôt que des films d’action. [...] J’ai déjà fait des films dans un espace confiné mais jamais de façon aussi rigoureuse et ce fut donc pour moi une toute nouvelle expérience".

carnage
carnage © Radio France /

Les quatre acteurs ont dû être sur le plateau tous les jours durant toute la durée du tournage car ils étaient tous présents dans chaque scène. "Pour que le film fonctionne il fallait que les acteurs puissent cohabiter ensemble" déclare Polanski. "Ce fut une chance énorme que les quatre travaillent en complète harmonie. C’est loin d’être le cas sur tous les tournages".

kate winslet
kate winslet © radio-france /

Kate Winslet est Nancy Cowan : "C'est une mère de famille qui travaille énormément, mais qui culpabilise en permanence parce qu’elle ne consacre pas assez de temps à son enfant. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des idées bien arrêtées sur la maternité et le rôle des parents. Bien qu’elle aime son fils, elle ne sait pas toujours très bien de quoi elle parle"."La pièce offre un éclairage formidable sur notre monde", dit-elle. "Elle parle de la difficulté du rôle des parents, de l’éducation des enfants, et de la complexité des rapports de couple. Et le fait que Yasmina Reza en ait fait une comédie est encore plus enrichissant et éclairant pour les spectateurs. Quelle que soit la langue que nous parlons, quel que soit le pays où nous vivons et quelle que soit notre situation personnelle, nous avons tous, d’une manière ou d’une autre, su faire preuve d’autodérision et rire de la condition humaine".Kate Winslet a été emballée par la richesse du scénario : "Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est qu’il passe sans cesse d’un sujet à l’autre", dit-elle. "C’est ce que j’aime dans cette histoire, à la fois réaliste et imprévisible. On a l’impression que le film prend une direction et, très rapidement, il en change sans prévenir !"

Jodie Foster
Jodie Foster © Radio France /

Jodie Foster est Penelope Longstreet : "Elle est sans cesse dans le politiquement correct et elle prend tout au tragique", confie-t-elle. "Ses rapports aux autres sont d’une grande complexité. C’est une femme rigide qui est consternée par ce couple qu’elle a invité chez elle et qui – pense -t- elle – ne semble pas se préoccuper des malheurs du monde"."La question de la morale est intéressante", poursuit l’actrice. "Quatre adultes cherchent à savoir quelle est la position la plus juste à adopter, et peu à peu, ils révèlent leur vrai visage. Ils deviennent de plus en plus monstrueux, et je pense que c’est ce qui fait rire. Ce sont des gens bien élevés, issus de la bonne bourgeoisie, qui vivent dans des quartiers chics – et on pourrait croire qu’ils se comportent de manière civilisée. Or c’est tout le contraire qui se passe". La langue a également séduit la comédienne, fascinée par la manière dont les personnages se révèlent à travers leurs propos. "Penelope répète constamment ‘C’est écoeurant’ ou bien ‘ça m’écoeure’. Le dégoût est, chez elle, comme une obsession. Et Nancy passe son temps à dire ‘naturellement’, alors qu’elle est la personne la moins naturelle qui soit. Michael, lui, est le genre de type qui répète, ‘On ne pourrait pas arrêter de se tirer dans les pattes ?’, ou encore ‘Pourquoi est-ce qu’on doit aborder les sujets qui fâchent ?’ ».

carnage acteurs
carnage acteurs © radio-france /

Le réalisateur a organisé deux semaines de répétitions intensives afin que les acteurs puissent apprendre à se connaître et cerner le ton du film qui oscille entre la satire, la comédie et le drame.

"J’ai toujours aimé les répétitions", souligne Kate Winslet. "C’est un tel luxe et un tel plaisir. Mais je pense qu’aucun de nous ne s’attendait à ce que Roman nous fasse apprendre le scénario tout entier par coeur, du début à la fin, comme une pièce de théâtre. J’ai trouvé très stimulant qu’on puisse jouer le texte à l’avance parce qu’une fois qu’on s’est retrouvés sur le plateau, on a pu facilement trouver nos marques. Cela a été très utile pour nous, mais aussi pour Roman car cela lui a permis de construire sa mise en scène".

Carnage
Carnage © radio-france /

"Les répétitions m’ont permis de lancer plusieurs idées et de trouver le ton juste pour mes dialogues", souligne JC Reilly. "Cela nous a aussi permis de trouver le rythme des rapports entre les personnages dans l’espace exigu du décor. Nous avons échangé pas mal d’idées, notamment en ce qui concerne les dialogues. Roman traduisait le texte français d’origine, et il nous expliquait comment on prononcerait telle ou telle réplique en français, et on lui proposait des tournures typiquement américaines. Le fait qu’il n’y ait aucune question d’ego entre nous nous a permis d’être francs et directs dans tous nos échanges". Christoph Waltz ajoute : "Les répétitions étaient indispensables pour ce film. Elles n’étaient pas seulement destinées à ce qu’on apprenne à se connaître, mais aussi à nous donner le temps de tenter des choses, d’expérimenter des pistes, et d’écarter ce qui ne nous correspondait pas. Sur la plupart des tournages, on n’a pas le luxe de prendre ce temps-là". "Je pense que Roman s’est bien amusé", confie Jodie Foster. "C’est pendant les répétitions que Roman a défini sa direction d’acteurs et, du coup, quand le tournage a commencé, il s’est surtout concentré sur les mouvements de caméra et les angles de prise de vue et il avait, ponctuellement, quelques indications à nous donner. Roman maîtrise parfaitement la technique, son style est d’une parfaite précision et sa méthode est très rigoureuse : c’est lui qui établit les marques au sol, qui pose sa caméra et qui est au viseur – je n’ai vu personne faire ça depuis une vingtaine d’années".

Carnage
Carnage © radio-france /
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