Entre la vente de sa "collection" Saint-Laurent et la sortie du film de Julie Bertuccelli, Catherine Deneuve est sur le devant de la scène depuis quelques jours. Avec Augustin Trapenard sur France Inter, elle a aussi parlé de sa sœur, Françoise Dorléac, disparue il y a plus de 50 ans.

Catherine Deneuve et Françoise Dorléac à la première des "Demoiselles de Rochefort"
Catherine Deneuve et Françoise Dorléac à la première des "Demoiselles de Rochefort" © Getty

Invitée de Boomerang, Catherine Deneuve évoque les maisons où elle a vécu, la transmission, ses souvenirs et, au détour d'une question, Françoise apparaît...

Augustin Trapenard : Vous avez toujours été à l'aise devant un objectif ?

Catherine Deneuve : Non. J'ai réussi à devenir amie avec la caméra, d'une certaine façon parce qu'après votre partenaire, c'est ce qu'il y a de plus proche. Au début, je ne pense pas que j'étais aussi à l'aise, parce que de nature je suis vraiment très timide, au début c'était impressionnant… Maintenant la caméra est une amie.

AT : On se demande parfois dans quelle circonstances vous manquez d'assurance ?

CD : Je l'ai acquise au fil des années, mais je peux vous dire qu'il m'a fallu beaucoup de temps. C'est ma voix, qui a un côté posé, qui donne cette impression.

AT : Il y a eu un tournant ? À un moment vous avez pris le pouvoir ?

CD : D'une certaine façon, j'ai l'impression que j'ai dû prendre le pouvoir quand j'ai perdu ma sœur. C'était quand même il y a très très longtemps. Ça ne se manifestait pas d'une façon très directe, mais indirectement j'étais là pour accompagner mes parents, mes sœurs. J'étais un petit pilier. Mais ça ne s'est pas fait non plus tout de suite.

Catherine Deneuve a souhaité entendre un extrait de La Peau Douce de François Truffaut avec Françoise Dorléac

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Extrait de La Peau Douce avec Françoise Dorléac

Par France Inter

AT : Pourquoi ce film-là ?

CD : Parce que je trouve que c'est un film qui rend tout à fait justice à son talent et à sa beauté. C'est un film qui a beaucoup compté pour elle. Elle était à Cannes en même temps que nous pour Les Parapluies de Cherbourg, ça a été un moment vraiment difficile, pas seulement parce que Les Parapluies a gagné, mais parce que le film a été rejeté. Le film était très dur et extrêmement triste. Trop triste je pense et extrêmement proche d'une certaine réalité, donc il a fait fuir beaucoup de gens. Même si aujourd'hui La Peau Douce fait partie des grands films de François Truffaut.

AT : Vous l'avez revu ?

CD : Oui, mais pas récemment. C'est une chance d'avoir la voix de ma sœur. C'est tellement présent la voix, ça ramène tellement à la personne physique.  

Je sais que souvent les gens disent "Je ne me souviens presque plus de sa voix". Or, moi, je sais que j'aurais toujours sa voix, donc c'est quelque chose d'important.

AT : Qu'est-ce que vous entendez dans sa voix ? 

CD: Dans cette scène de rupture, sa voix est un peu altérée, comme quelqu'un qui parle un peu sur le souffle, une voix qui n'est pas posée, une voix de quelqu'un qui est en train de faire quelque chose de difficile et qui se retient un peu.

Cette voix, c'est elle.

AT : En tant que spectateur, c'est pour ainsi dire impossible de ne pas penser à elle quand on voit La dernière folie de Claire Darling parce que je trouve qu'elle apparaît dans votre regard à chaque fois que le personnage voit le fantôme de son fils.

CD : Le film de Julie Bertuccelli est très mélancolique. Il y a des moments de folie que je trouve assez drôles, mais sinon c'est un film très mélancolique. Cette femme qui a vécu dans cette maison avec tous ces objets, on sent que c'est une maison de famille qui a toujours été chargée par les différentes générations et c'est très hétéroclite.

AT : Mais vous y avez pensé, vous, à vos fantômes, en jouant cette femme accablée par ses fantômes ?

CD : Par moments… oui… peut-être, un peu. Pas souvent. mais par moment. J'y pense déjà suffisamment souvent.

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