La journée n’a pas commencé à 8h30 pour une fois : on projetait ce matin « le » Ken Loach, « Looking for Eric » vu à Paris et dont j’ai dit ici-même alors tout le bien que j’en pense. Le film sera à la fin du mois dans les salles et c’est tant mieux.A 16h30, j’ai vu la grâce. A 16h30, on pouvait découvrir dans la salle Debussy le nouveau film d’Alain Cavalier, « Irène ». Comment qualifier ce que ce cinéaste a déjà mis en œuvre notamment avec « Le Filmeur » ? On pourrait essayer « Autoportrait à la petite caméra » ou « Intérieur(s) » ou « Fragments d’images intimes donc universelles »,… Rien ne colle vraiment, à vrai dire. Alors disons un nouveau film d’Alain Cavalier. Parce qu’il s’agit bien de cela un film. Cette fois, le cinéaste part à la recherche de la mémoire d’Irène, un amour dans sa vie, étoile filante fracassée dans une voiture, ex-miss France à la beauté hors Miss France, jeune femme suicidaire et solaire à la fois. Irène donc qui, selon Cavalier, « est là, vivante, aujourd’hui, devant moi. Elle guide mes gestes. J’essaie d’aller plus loin que nous, hier. » Pour le cas où certains pourraient encore se demander à quoi sert le cinéma, il faudrait leur conseiller d’aller voir Irène. Ce n’est pas un fantôme qui vient à la rencontre de Cavalier une fois qu’il passé le pont du souvenir et du passé. Comme il le dit lui-même, il s’agit d’acter d’un présent celui de cette amoureuse disparue à jamais présente pour toujours. Ni exercice de mémoire (pas besoin grâce aux trois journaux intimes d’avant l’accident mortel miraculeusement retrouvés,… Sainte Thérèse, priez pour lui), ni ressassement d’un passé (C’est au présent que Cavalier raconte Irène et lui demande pardon, son présent, le notre aussi de spectateur convié à cette confession… convié ? associé, invité, désiré plutôt… ainsi va le cinéma de Cavalier : par la main, toujours par la main celle qui caresse ou qui guide, pas celle qui tranche ou frappe). L’amour indéfectible, voilà tout. Le seul qui compte, non ? Si !Et au milieu du film coule une séquence, peut-être la séquence souterraine, celle d’un extrait d’un film d’Alain Cavalier dont un dialogue spécifique fut écrit par Irène. Ce film, c’est « La Chamade » d’après Sagan. Nous sommes en 1968. La scène se déroule dans une chambre de bonne celle qu’habite un jeune homme pauvre mais rayonnant, Antoine (alias Roger Van Hool) et qui a pour nouvelle amoureuse Lucile (alias Catherine Deneuve). Voici ce qu’ils se disent :- Lucile : J’ai failli t’enlever cet après midi. Je voulais venir te chercher à ton travail et t’emmener dans un hôtel juste à côté, « Le Rubis », que je connais.- Antoine : Tu ne l’as pas fait, pourquoi ?- Lucile : Je n’ai pas voulu te dévergonderCette scène appartient profondément à l’histoire d’Irène et d’Alain. C’est « leur » scène, me semble-t-il. Secrète, intime, joyeuse et triste à la fois. Amoureuse et sensuelle ? quoi qu’il en soit. Une scène de cinéma, une scène de la vraie vie. Une scène écrite par une amoureuse, réalisé par son amoureux et qui met en scène deux amoureux.Le film d’Alain Cavalier n’est pas en compétition officielle. Et cela n’a d’ailleurs aucune importance. Il est de toutes façons ailleurs. Il est désormais en nous.La phrase du jour ?« Il est trois choses qui me dépassent et quatre que je ne connais pas : le sentier de l’aigle dans les cieux, le sentier du serpent sur le rocher, le sentier du navire en haute mer,le sentier de l’homme chez la jeune femme. »« Les Proverbes », 30.18.19

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