Parlons chiffres tout d’abord pour faire suite au blog d’hier sur la « compétition » entre la Palme d’Or et « Faubourg 36 ». Les premiers résultats parisiens dont nous disposions ne reflétaient pas une situation nationale qui donne le film de Barratier en tête ( 71 108 entrées pour 594 salles) devant celui de Cantet ( 59 428 pour 368 salles). L’écart cependant n’est pas abyssal, au regard de la nature radicalement différente des deux films que tout ou presque sépare. Nul doute que le « match » n’est pas terminé.Depuis lundi dernier, j’ai vu six films. Non, non, rien d’exceptionnel. Je confesse même en avoir « séché » deux pourtant prévus. C’est donc une petite semaine de cinéma. Une semaine à la paresseuse, pour tout dire et qu’il faudra par conséquent rattraper un jour ou l’autre. Loin de moi, mais très loin de moi, l’idée de vous faire pleurer sur la dure vie statistique du critique de cinéma moyen. Pas de quoi se vanter devant vous d’être allé six fois gratuitement au cinéma en cinq jours. J’ai vu de tout, de rien, de rien du tout, du tout et rien. Au total, un torrent d’images d’ici et d’ailleurs, de France et du monde. J’ai déjà oublié certains films, ou presque. Mieux vaut que la mémoire devienne sélective. Mieux vaut ne pas se souvenir du moment où on a eu envie de quitter la salle en se disant que la vie est courte après tout. Pourquoi se faire du mal, s’obliger à regarder des images, des situations, des « gags », des pleurs dont on a honte tout de suite après ? Souvent, juste des images. Pas souvent, des images justes, pour parler le Godard (au passage, cette langue nous manque.. il revient quand l’oncle de Suisse pour nous inonder de quelques fulgurances cinématographiques de son cru ?) Des impressions de déjà vu et de déjà entendu. Ou bien des éclairs de beauté et d’inédit. On peut se sentir terriblement seul et démuni à la sortie d’une salle de projection en plein Paris. On peut tout autant se sentir formidablement heureux et serein. Le cinéma, c’est beau, c’est moche, ça va, ça vient ! Et la cinéphilie de comptoir pointe son nez… stop !Alors, cette semaine, me direz-vous ?Deux éclairs aux antipodes. Deux cadeaux ennemis. Deux films, l’un qui fait énormément plaisir, l’autre qui fait efficacement mal : « Rien, moins que rien pourtant la vie. »A ma gauche droite, tout droit venu de l’Empire et du fin fond de la mythologie de la bannière étoilée : « Appaloosa » de et avec Ed Harris accompagné de Viggo Mortensen et Jeremy Irons (en salles mercredi prochain). Un superbe et saisissant western post-western, avec ce qu’il faut de croyance et d’incrédulité, de foi et de second degré. La loi et le désordre, rien n’a changé et tout a changé depuis « L’homme qui tua Liberty Valance ». Faire comme si le mythe était toujours debout et l’Ouest à conquérir. Et tout montrer de la fin de ce même mythe. Le cinéma américain n’en finit pas de s’interroger sur sur lui-même et par conséquent sur l'Amérique en ce moment (« No country… », « Into the wild », « Le Lâche assassinat… », « There will be blood", etc. ). Naissance (et décroissance) d’une nation, l’essence d’une nation, les sens d’une nation, le sens d’une nation, le sang d’une nation, j’en passe et des plus mauvais. Quoi qu’il en soit, j’ai hâte d’en parler à l’antenne avec Alain Corneau qui sera notre invité vendredi prochain autour du film d’Ed Harris.A ma droite gauche, le nouveau film de Karim Dridi, « Khamsa » (en salles le 8 octobre prochain). Ou comment refaire en 2008 les 400 coups truffaldiens, sans l’once d’une nostalgie. L’innocence d’Antoine Doinel est définitivement perdue. Madame Fabienne Tabard est morte. Et une partie de nous avec. Aujourd’hui, Marco vit dans la Marseille déjà post-industrielle des chantiers fermés et des cales sèches à l’abandon. Il est moitié arabe, moitié manouche. C’est donc un bâtard que les communautés se refilent comme une patate chaude. Il n’est ni d’ici, ni de là. Il est donc seul au monde et le monde se fout bien de lui. Il court après les sacs des dames, enflamme les caravanes, rêve d’une Espagne Eldorado, insulte et se fait insulter. Il est le roi de la cambriole à deux balles et des petits trafics entre amis. Il est d'entrée de jeu et définitivement hors les murs... Didri montre, ce qui lui évite de démontrer. Pas de pathos, pas de tapage. Pas facile alors d’oublier Marco. Je m’interdis ici et maintenant de vous décrire le plan final. Il vous courra peut-être dans la tête comme un autre, presque identique, filmé il y a exactement cinquante ans ou presque par un autre homme et cinéaste révolté.La phrase du jour : « A quel âge est-on vieux ? » Henri Calet « Jeunesses », Le dilettante.

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