De Henri-Georges Clouzot avec "Le corbeau" à Jacques Demy avec "Les parapluies de Cherbourg", en passant par Jean-Pierre Melville avec "Le cercle rouge", "À bout de souffle " (1970) de Jean-Luc Godard et "César et Rosalie" de Claude Sautet, voici une sélection de films classiques français incontournables.

Une sélection de films français classiques incontournables selon les avis des critiques du Masque & la Plume
Une sélection de films français classiques incontournables selon les avis des critiques du Masque & la Plume © Getty / mikkelwilliam

Avec l'œil avisé de vos critiques cinéma :

  • Charlotte Lipinska (Vanity Fair)
  • Eric Neuhoff (Figaro)
  • Eva Bettan (France Inter)
  • Jean-Marc Lalanne (Les Inrockuptibles)
  • Michel Ciment (Positif)
  • Nicolas Schaller (L’Obs)
  • Pierre Murat (Télérama)
  • Xavier Leherpeur (7ème Obsession) 

CINEMA | Les différents films à l'affiche passés au crible des critiques du Masque & la Plume sont à retrouver ici.

"À bout de souffle" de Jean-Luc Godard (1960)

7 min

"À bout de souffle" de Jean-Luc Godard (1960)

Par Jérôme Garcin

C'est le premier de ses films dans lequel il joue lui-même et le plus emblématique peut-être de la nouvelle vague, tourné en lumière naturelle et caméra à l'épaule, où Jean-Paul Belmondo tue sur la Nationale 7 un motard de la gendarmerie qui voulait le verbaliser et tente à Paris de convaincre une étudiante américaine, Patricia (Jean Seberg) de coucher avec lui tandis que les flics sont à ses trousses et qu'il essaye de filer en Italie. Avec l'écrivain Daniel Boulanger dans le rôle de l'inspecteur de police et un casting de figurants en forme de clin d'oeil puisqu'il y a Jean-Pierre Melville, José Benazeraf, Roger Hanin, André S. Labarthe, le critique du Masque et la plume de cinéma Jacques Siclier qui joue un journaliste à Orly, Jacques Rivette, Jean Douchet, Philippe de Broca

Un chef d'oeuvre qui a changé le visage du cinéma

- François Truffaut 

▶︎ Sorti version restaurée ce printemps en DVD. Disponible sur Netflix et La Cinetek puis en VOD sur  ; Universciné et Canal

Xavier Leherpeur 

"C'est incontestablement un film qui brise énormément de codes qui, jusque-là, régissaient le cinéma classique. Il y a une spontanéité absolue, une envie de réinventer énormément de choses. Il y a des perspectives qui sont absolument passionnantes. On a l'impression que Belmondo compose en permanence avec la musique. C'est quelque chose de très travaillé, de très réfléchi, de très libre. Un film culte dont on s'est beaucoup inspiré par la suite". 

Eric Neuhoff

"C'est un film sur lequel je ne m'endors jamais parce que c'est un film qu'on voit toujours pour la première fois. 

Il y a là toute la révolution du cinéma

C'est potache, intelligent, moderne dans un magnifique noir et blanc".

Charlotte Lepinska 

"Je suis assez dingue devant ce film qui est d'une audace absolue ! Il y a des tas de trouvailles de Godard. Il a révolutionné le cinéma sans le vouloir. C'est du pur génie".

Nicolas Schaller 

Toute la modernité du film c'est qu'il y a une vraie jeunesse. Il y a quelque chose de très rock'n'roll. Avec un nombre de répliques absolument sublimes encore aujourd'hui". 

"César et Rosalie" de Claude Sautet (1972)

7 min

"César et Rosalie" de Claude Sautet

Par Jérôme Garcin

Un film orchestré entre Paris, Noirmoutier et Sète, un inoubliable trio amoureux. Deux hommes, le ferrailleur, César (Yves Montand) et l'ombrageux dessinateur de BD David (Sami Frey) qui aiment passionnément la même femme, Romy Schneider, alias Rosalie, avec en voix off un autre disparu, Michel Piccoli. Les jolis débuts sur l'île de Noirmoutier, en ciré jaune de la toute jeune Isabelle Huppert, la musique de Philippe Sarde.

▶︎ Disponible sur La Cinetek et Canal  ; en VOD sur Universciné

Eric Neuhoff

"C'est la perfection ce film. Il n'y a rien à rajouter et rien à ôter. 

On peut le revoir 100 fois, c'est magique

C'est le meilleur rôle de Yves Montand, le plus beau rôle de Romy Schneider. On voit ce film-là à 16 ans et on sait tout sur ce que va être la vie. Les dialogues et les situations sont d'une justesse. Un jeu d'acteurs formidable".

Michel Ciment

"C'est un chef d'œuvre. C'est le plus grand film qu'on ait fait sur le trio amoureux. Tout est beau, avec un rythme musical absolument parfait".

Xavier Leherpeur

C'est absolument bouleversant avec des dialogues sublimes

"Drôle de drame" de Marcel Carné (1937)

5 min

"Drôle de drame" de Marcel Carné (1937)

Par Jérôme Garcin

Scénario signé Jacques Prévert, d'après un roman britannique avec Françoise Rosay, Michel Simon, Louis Jouvet, Jean-Louis Barrault et une réplique devenue culte : "moi, j'ai dit bizarre comme c'est bizarre". Michel Simon y incarne Irwin Molyneux, un auteur de polars publié sous pseudo et jugé licencieux par son cousin Archibald, l'évêque de Bedford, joué par Louis Jouvet alors qu'il était invité à dîner pour manger un canard à l'orange chez les Molyneux, Archibald trouve très bizarre l'absence de la femme de son cousin. Elle remplace la cuisinière et se fait passer pour la gouvernante. Irwin Molyneux va multiplier les mensonges pour tenter de justifier l'absence de sa femme. Et le lendemain, Archibald appelle Scotland Yard, convaincu que Molyneux a tué sa femme. Et ce n'est qu'un début. 

▶︎ Restauré en Blu-Ray chez Résolution, disponible en VOD sur Canal et Universciné

Eric Neuhoff

Le film est exactement ce qu'on appelle un petit chef d'œuvre à la française

Charlotte Lepinska 

"C'est un grand classique, un ovni qui mélange de l'humour pince sans rire, c'est loufoque, il y a du vaudeville. Il y a toujours autant de plaisir. C'est complètement dingo dans tous les sens".

Xavier Leherpeur

"Un film qui a façonné ma cinéphilie. Le film est à la fois très drôle et traversé par des faits de société qui sont indéniablement forts. La mise en scène est extrêmement intéressante. Il y a une façon d'accompagner les personnages".

"La roue" d'Abel Gance (1923)

6 min

"La Roue" d'Abel Gance

Par Jérôme Garcin

Un film qui dure près de 7 heures. Le mécanicien-chef Sisif (Séverin-Mars) recueille une orpheline à la suite d'une catastrophe de chemin de fer. Il élève donc la petite Norma, qui y vit close avec son fils Élie. Mais peu à peu, Sisif s'éprend de sa fille adoptive, que convoite un ingénieur à particule, Jacques de Hersan (Pierre Magnier), lequel menace d'un chantage s'il ne lui donne pas Norma. Et ça n'est qu'un début. L'histoire va se poursuivre jusqu'à Chamonix et se terminer tragiquement.

▶︎ Totalement restauré chez Pathé, ressorti en DVD et coffret Blu-Ray dans sa version reconstituée de 7 heures.

Eric Neuhoff

"Regarder ce film c'est une des choses qu'il faut avoir fait dans sa vie. C'est un fleuve, une tragédie, un voyage. On s'immerge là-dedans pendant des heures et des heures. C'est prodigieux. On a l'impression de découvrir l'Iliade et l'Odyssée du cinéma". 

Ça mériterait qu'on reconfine rien que pour pouvoir voir ça chez soi

Xavier Leherpeur 

"C'est un feuilleton à rebondissements improbables. C'est un amour interdit qui perdure avec une caméra objective qui invente des choses extraordinaires". 

"Le cercle rouge" de Jean-Pierre Melville (1970)

8 min

"Le Cercle rouge" de Jean-Pierre Melville (1970)

Par Jérôme Garcin

Avec Bourvil, dont ce fut le dernier film puisqu'il est mort la même année. Alain Delon, Gian Maria Volonte, Yves Montand, François Périer. Corey (Alain Delon) vient de passer cinq ans en prison à Marseille et, à peine sorti, il retrouve son ancien complice, le caïd Rico, qui est devenu l'amant de sa petite amie et auquel il soustrait une grosse somme d'argent. À ce moment-là, Rico lance deux hommes à ses trousses. Le cercle rouge est celui que trace Corey dans une salle de billard. C'est aussi le rouge du sang qui va couler. Il faut ajouter un malfrat joué par Gian Maria Volonte, le commissaire Mattei campé par un Bourvil un peu inhabituel. Vous avez un de ces polar dont Melville avait le secret. Quant à Montand, il joue un rôle décisif place Vendôme pour une scène de casse sans dialogues que j'ai chronométrée et qui dure pas moins de 25 minutes avec quasiment aucun mot.

Un film de 2h20 où il n'y a pas une minute de trop

- Jérôme Garcin

▶︎ Ressorti le 20 octobre en salles, repris le 16 décembre et disponible en DVD chez Carlotta ; sur La Cinetek ; En VOD sur Canal et sur Universciné.

Xavier Leherpeur

"Une grande précision cinématographique. Il ne manque rien. C'est d'une rectitude dramatique et romanesque imparable".

Pierre Murat 

C'est un film que j'ai vu sept, huit fois et plus je le vois plus je l'aime. C'est un conte, c'est absolument formidable

Eric Neuhoff

"Si ça continue, on va prendre goût au reconfinement avec des films de cette qualité car là c'est quand même un film au dessus du lot. Tout est fort. C'est un film sur la vraie nuit, celle des âmes".

Charlotte Lepinska

Il y a tous les incontournables du film noir. Melville en fait un film d'une modernité absolue, c'est fascinant

"Le combat dans l'île" d'Alain Cavalier (1962)

9 min

"Le combat dans l'île" d'Alain Cavalier (1962)

Par Jérôme Garcin

Avec Romy Schneider et Jean-Louis Trintignant, Henry Serre, Maurice Garrel sur un scénario cosigné avec Jean-Paul Rappeneau. Il y a deux couples dans ce film, celui que forment Clément et Anne, couple avenant et élégant. Et puis un autre, beaucoup plus inquiétant, idéologique, formé par Clément et par Serge qui est le chef d'un groupuscule d'extrême droite. Ces deux-là préparent un attentat au bazooka contre un député de gauche. L'attentat va échouer, Clément va découvrir qu'il a été trahi par Serge et se réfugie alors avec Anne à la campagne chez un ami imprimeur joué par Henri Serre, avant de poursuivre le traître à travers le monde. Ce combat dans l'île montre très bien ce qu'était la France, terriblement tiraillée de l'époque. Un film tourné en grande partie en Normandie, dans un moulin où furent d'ailleurs également tournées des scènes des "Quatre cents coups" et de "Jules et Jim".

▶︎ Sorti chez Gaumont. En VOD sur Canal et sur Universciné.

Charlotte Lipinska

"Il y a un expressionnisme absolument sublime. Un film qui a véritablement une portée sociologique et politique".

Eric Neuhoff

"Le film est très pur, très simple, très évident dans ce magnifique noir et blanc. Un très beau film où Cavalier prouve qu'il est vraiment un auteur".

Xavier Leherpeur 

"Un film magnifique qui épouse énormément de formes de récit : le politique, le film noir, l'errance du cinéma contemplatif, le cinéma chevaleresque. Le film présente une audace formelle. La beauté absolue de Romy Schneider déconnecte le film de sa noirceur politique et lui donne quelque chose de bouleversant".

"Le corbeau" de Henri-Georges Clouzot (1943)

7 min

"Le Corbeau" d'Henri-George Clouzot

Par Jérôme Garcin

Le film raconte la manière dont la petite ville provinciale de Saint-Robin est la cible d'un corbeau qui envoie des lettres anonymes. Elle diffame notamment le médecin soupçonné de pratiquer des avortements et d'avoir une liaison adultère. Lettres qui mettent la ville évidemment, sans dessus dessous. Film sur la délation sorti sous l'Occupation et produit par la firme allemande Continental, ce qui vaudra des soucis à Clouzot à la Libération et l'interdiction même à ce moment-là du film. 

Avec Pierre Fresnay dans le rôle du docteur Germain, Ginette Leclerc, Pierre Larquey, Micheline Francey, Noël Roquevert, Roger Blin qui joue à un malade, Louis Seigner de la Comédie-Française…

▶︎ Ressorti en copie restaurée chez StudioCanal. Disponible sur La Cinetek. En VOD sur Canal et Universciné.

Michel Ciment 

"C'est un chef d'œuvre. Démonstration magistrale de Clouzot que la vérité est très difficile à cerner. Un film absolument capital dans l'histoire du cinéma français qu'est l'Occupation".

Pierre Murat

"Un film magnifique à condition d'aimer la conception de Clouzot, qui n'est pas rousseauiste".

Xavier Leherpeur

C'est un film qui a baigné mon enfance et qui m'a toujours subjugué, épaté, effaré, inquiété

Il montre combien il est un grand scénariste, un grand virtuose de la mise en scène terriblement efficace".

"Les Parapluies de Cherbourg" de Jacques Demy (1964)

8 min

Les parapluies de Cherbourg au Masque

Par France Inter

Aux couleurs acidulées, sinon saturées sur une musique de Michel Legrand. Film qui avait reçu le prix Louis-Delluc et la Palme d'or à Cannes. Le film qui a offert son premier grand rôle à Catherine Deneuve, qui avait à peine 20 ans à l'époque du tournage. Elle y incarne Geneviève, qui vit en 1957 à Cherbourg avec sa mère, Anne Vernon, une jeune veuve dont la boutique de parapluies s'appelle justement Les parapluies de Cherbourg. On voit le clin d'oeil assez évident à "Chantons sous la pluie". Geneviève, qui est amoureuse de Guy, joué par Nino Castelnuovo, un garagiste qui lui fait un enfant et qui part ensuite faire son service militaire en Algérie. Pendant la longue absence de Guy, Geneviève est presque obligée par sa mère d'épouser un négociant en pierres précieuses qui est joué par Marc Michel, qui accepte d'adopter l'enfant qui va naître. Les chansons de Catherine Deneuve sont interprétées par la chanteuse Danielle Licari.

J'ai eu l'impression d'être dans un Marcel Pagnol mais normand 

- Jérôme Garcin 

▶︎ La comédie chantée est ressortie et est disponible sur Netflix et sur La Cinetek. En VOD sur Canal et sur Universciné.

Xavier Leherpeur 

Je pleure à chaque fois. C'est un chef d'œuvre complet d'une telle beauté !

Avec une instrumentalisation musicale magnifique qui offre des envolées lyriques. Ça n'est jamais fleur bleue car le film allie très subtilement la cruauté et la beauté".

Charlotte Lepinska

"Un film qui m'éblouit profondément avec cette explosion esthétique des couleurs absolument permanente, avec un sujet plutôt douloureux. Une forme très audacieuse".

"Noce blanche" de Jean-Claude Brisseau (1989)

8 min

"Noce blanche" de Jean-Claude Brisseau (1989)

Par Jérôme Garcin

Il a fait 1,8 millions entrées. C'est le deuxième film français le plus vu de cette année-là derrière "Trop belle pour toi". Avec Vanessa Paradis qui a 16 ans, c'est son premier rôle au cinéma qui lui vaudra d'ailleurs le Prix Romy-Schneider en 1990 et le César du meilleur espoir féminin. Elle y joue Mathilde Tessier, une lycéenne qui dans un lycée de Saint-Etienne, vit une folle histoire d'amour avec son prof de philo, François Hainaut, 49 ans, marié et qui est incarné par Bruno Cremer.

▶︎ Ressorti en version restaurée sur Carlotta. En VOD sur Canal  et sur Universciné

Jean-Marc Lalanne

"Il y a dans ce face à face désirant quelque chose qui touche au sublime. Vanessa Paradis est vraiment exceptionnelle".

C'est l'amour comme une puissance mystique 

Michel Ciment 

"Il y a le côté très terrien de Brisseau, le côté métaphysique et absolu de Bernanos. On pense à la peinture de Courbet car c'est aussi très physique. C'est un film absolument magnifique ". 

Xavier Leherpeur 

"Vanessa Paradis est absolument remarquable, sublime de beauté, de grâce, de timidité, farouche. C'est un film absolument magnifique sur ce qu'est la morale de l'âme humaine. Toute la mise en scène oppose des contraires, variant entre le sublime et le trivial". 

C'est d'une beauté bouleversante

Aller plus loin

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