La critique fut assez unanime, c'était l'une des bonnes surprises de la rentrée et tous de saluer le performance d'Alex lutz dans le rôle de ce chanteur vieilli. Aux Etats-Unis, on parlerait de "rôle à Oscar". Sera-t-il un "rôle à César" ?

Alex Lutz
Alex Lutz © Apollo Films

Alex Lutz est très fort pour le travestissement, on le sait depuis Catherine (de Catherine et Liliane), il est surtout très fort pour construire un personnage sur un déguisement et finalement on ne voit plus le déguisement mais la complexité d'un être humain.

Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu'il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 1960 et 1990. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire.

Les six nominations aux César

  • Acteur (Alex Lutz)
  • Scénario Original
  • Musique Originale 
  • Son
  • Réalisation
  • Film

Alex Lutz a été récompensé d'un Molière en 2016, mais ce sont ses premières nominations aux César

Les critiques du "Masque & la Plume"

Pour Xavier Leherpeur, "Tout est réussi".

"Quand le film a commencé, moi j'y ai vu un mix entre Michel Sardou, Patrick Juvet, Cloclo. Pendant les dix premières minutes je me suis dis : ça ne va pas tenir, c'est un sketch, c'est un postulat... Comment réinventer la figure du chanteur de variété ? Et en fait il le réinvente.

Il compose un vrai personnage, des tics gestuels... et puis il aime vraiment les comédiens, il ne vole la vedette à personne. Il partage l'écran avec une générosité absolue.

Il se passe toujours quelque chose, un deuxième temps à l'intérieur des séquences comiques, une mélancolie qui arrive, une nostalgie et une délicatesse.

Et ce qui est très beau, c'est que la vraie histoire de ce film-là c'est le pouvoir de la variété française. 

On ne peut pas avoir que des Barbara, que des Juliette Gréco, il y a de temps en temps des chansons qu'on a entendues à la radio et qui nous ont accompagnées et qui nous fendent le cœur en deux. Même si elles sont ridicules, même si elles sont un peu ringardes, elles se sont patinées avec notre âge et je trouve que c'est un hommage à cette variété française"

Danièle Heymann a été très émue.

"C'est un film qui est en même temps drôle, qui est quelque fois amer, cruel et nostalgique. Et qui est ringard et superbe. Et il réussit ça.

Il faut donner un bon point au maquilleur parce qu'avec les prothèses... Il devait y avoir cinq heures de maquillage. C'est-à-dire qu'effectivement Alex Lutz est totalement vieilli, totalement méconnaissable, mais pas seulement parce qu'il est maquillé. C'est de l'intérieur et il est là avec ses chansons.

Nicolas Schaller a été époustouflé

"C'est pour moi tout le génie, à la fois transformiste et vrai de Lutz. Il arrive à créer une vérité sous ces prothèses et à transcender ça par une justesse de jeu. Il faut voir comme il se met la commissure des lèvres, comment il replace sa mèche... Il y a vraiment les désillusions de toute une vie, un peu ratée, qui ressortent.

C'est un acteur qui rencontre un sujet et c'est vraiment ça qui fait la force du film.

C'est un genre qui n'est pas non plus beaucoup traité en France, le "documenteur" : on appelle ça mockumentary en anglais. C'est-à-dire ces faux documentaires sur des personnages fictifs mais qui en même temps essayent de les faire paraître réels".

Pour Jean-Marc Lalanne, c'est un succès !

"Je dirais même que la réussite c'est de faire exister deux personnages. Il y a le personnage de Guy Jamet. Mais outre que Guy Jamet est très réussi, je trouve que le personnage du fils qu'on ne voit jamais, parce qu'il est toujours hors-champs, en même temps existe. Et cette dimension de d’affiliation, d'un fils qui cherche son père est très réussie.

Je pense que le point fort, c'est que ce soit davantage touchant que drôle, parce que même dans la manière dont il pastiche la variété des années 70 et 80, il la pastiche sans la parodier. On sent vraiment qu'il a été un enfant téléphage, qui a adoré ces images et il les régurgite avec une vraie affection. Je trouve surtout le film très émouvant."

8 min

"Guy" d’Alex Lutz : les critiques du Masque et la Plume

L'avis d' "On aura tout vu"

Christine Masson : Un portrait mélancolique, drôle et finalement émouvant, tenu de bout en bout et de tout les plans par Alex Lutz. Maquillage, démarche, phrasé, il est extrêmement crédible en septuagénaire.  

Laurent Delmas : Il y a un propos souterrain dans le film qui le rend peut-être plus intéressant que ce qui est la part visible de l'iceberg, une sorte de Quand j'étais chanteur, mais un petit peu en retrait. En revanche, le sous-texte intéressant, c'est une relation entre un père et un fils qui vont se découvrir tout au long du film sans se connaitre au début, et ça c'est peut-être, d'un point de vue mélancolique presque, l'atout majeur du film.

Dani et Alex Lutz
Dani et Alex Lutz / Apollo Films

Le point de départ 

"D'abord mon envie d'être très libre avec un objet de cinéma", explique Alex Lutz dans La Bande Originale. "Donc je me suis d'abord dit : quelque chose qui a l'air d'un beau documentaire de cinéma, on peut y raconter des histoires qui nous prennent le cœur, qui nous font rire, qui nous émeuvent, c'est une autre forme au cinéma et c'est possible. Une fois que je m'étais décidé sur ce cadre du "faux beau documentaire", mon amour dingue du portrait s'est imposé. Je voulais que ce soit un artiste, évidemment. S'est posée la question d'en faire un acteur, mais quand même, l'industrie du disque, la  chanson de variété, ce n'est pas une petite chose. C'est quelque chose avec les années de bien plus religieux, de politique. Avec les décennies qui ont raconté l'industrie du disque on peut commencé à parler de moment d'histoire et de notre histoire personnelle.

C'est donc la rencontre de deux lions. Un fringant et jeune lion et un vieux lion.    

Et puis tout à coup, il y a la force d'une rencontre, la force d'une vraie rencontre humaine, une complicité qui naît. 

Ce Guy, il est complexe, beaucoup plus rock qu'il n'en a l'air, plein de paradoxes. Et le fils, le journaliste, interprété par Tom Dingler, je voulais qu'il ait 35/40 ans avec une vie installée parce que je ne voulais pas qu'il aborde le personnage avec de l'hystérie."

Il était une voix

Alex Lutz n'est pas chanteur, mais c'est pourtant lui qui interprète toutes les chansons de Guy. Il a donc fallu travailler un peu.

"On a d'abord cherché son grain", explique-t-il à Laurent Goumarre dans Le Nouveau Rendez-Vous, "puis on a fait évoluer sa voix. Entre la voix qu'il pouvait avoir en 62/63 au tout début de sa carrière et maintenant avec la patine du temps et toutes les vicissitudes de la vie."

Le comédien a pris des cours de chant, mais plutôt pour être en cohérence avec le personnage. Entre le personnage parlé et le chanteur. Et en cohérence avec les morceaux que le chanteur a pu créer pour l'industrie du disque.

"Je ne voulais pas trop référencer le personnage, il fallait vraiment que je construise un personnage de roman, mais du coup il fallait que sa musique soit le miroir d'une époque et d'une manière de produire. Il y avait dans l'industrie du disque des factures bien précise. A chaque fois avec la figure de proue et ses disciples. Vous avez un Johnny Hallyday et 50 Tony Hallyday, etc. Après, à l'intérieur de ça, il y a de l'excellente musique et des gens qui ont réussi a casser les codes de ce que l'on pourrait appeler un système. 

Guy Jamet, c'est une vedette populaire qui aime son public profondément

Il fallait surtout ne pas tomber dans la caricature et exagérer sa carrière ni dans un sens ni dans l'autre. Il fallait trouver le juste milieu d'une belle carrière qui peut se regarder en face. Et en même temps, Guy Jamet est capable de reconnaître qu'il est un pur produit de l'industrie du disque".

Histoire d'un tube   

Dans le film, c'est Caresse le gros succès de Guy Jamet, mais le vrai tube c'est celui là : 

"C'est là qu'on se dit, « Purée, un tube, il n'y a pas de règles » raconte encore tout surpris", Alex Lutz à Nagui dans La Bande Originale. 

Combien de fois on a vu des artistes qui disent "ça c'était sur le piano, on en faisait rien, puis tout à coup on l'a enregistré, ou c'était une face B... et c'est devenu le tube." Et bien ça nous est arrivé.  

"C'est quand même rigolo parce qu'on a tout recréé, ce chanteur n'existe pas, on a inventé sa biographie ses chansons, ses amours, ses regrets... et dans les chansons, on a fait nous même la hiérarchie pour raconter l'histoire des chansons. Et Caresse était, à l'écriture pour moi, le tube. Le tube absolu : celui qu'il avait le plus vendu, celui que les jeunes et les plus vieux pouvaient facilement fredonner à l'évocation de l'artiste, que le public attendait en concert.  

Dadidou est un tube aussi, mais pour moi, dans le récit dramaturgique, il n'avait pas la même importance. Et bien tout d'un coup, ce tube nous a échappé.  Les monteurs l'ont plus monté. Les musiciens ont plus travaillé dessus, je l'ai plus chanté. C'est quand même dingue."

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