Pierre Salvadori aime faire rire. Pari réussi une fois encore avec cette comédie burlesque dans lequel il filme un quatuor épatant : Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou et Vincent Elbaz

Adèle Haenel et Pio Marmaï
Adèle Haenel et Pio Marmaï © Neue Visionen Filmverleih

Yvonne (Adèle Haenel), jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi (Vincent Elbaz), héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine (Pio Marmaï) injustement incarcéré par Santi. 

Ça ⤴️c'est le résumé de En Liberté ! À l'intérieur de cette fantaisie policière, des mensonges et des simulacres qu’enchaînent les personnages, dans un rythme trépidant. C'est le neuvième film de Pierre Salvadori et c'est à nouveau une comédie :

J'essaie de donner de la joie et du plaisir. Voir les gens rire dans une salle ça me bouleverse. Le rire c'est assez viscéral. Quand on arrive à provoquer ça, c'est très gratifiant.

Les neufs nominations aux César

Adèle Haenel a déjà deux César sur sa cheminée : Meilleur second rôle dans Suzanne (2014) et meilleure actrice dans Les Combattants (2015).  Audrey Tautou en a un : Meilleur espoir pour Vénus Beauté (Institut) (2000)

Les critiques du "Masque & la Plume"

Pour Nicolas Schaller, "Pierre Salvadori aime bien filmer les gens qui se font du mal en voulant faire le bien et font du bien en faisant mal". Le critique ciné trouve aussi qu'Adèle Haenel a rarement été aussi charmante et désirable, et que Pio Marmaï est formidable, même si on ne comprend pas toujours ce qu'il dit.

"C'est bien, mais ce n'est pas le chef-d'oeuvre dont on parle depuis Cannes" assène Eric Neuhoff. "Le Grand bain est beaucoup mieux réussi, à mon avis. On rigole pas mal, mais c'est un peu trop filmé les doigts dans la prise."

Adèle Haenel se révèle une actrice comique, à l'américaine, ce que l'on ne soupçonnait pas

Danièle Heymann avoue un grand faible pour Salvadori qui fait des comédies avec toujours un fond de mélancolie : "Oui c'est drôle, mais moi, c'est la profondeur du film qui m'a touchée. Ce film, c'est retrouver sa vie quand on vous l'a piquée. C'est savoir qui on est et savoir qui on aime."

Michel Ciment est formel :

Salvadori est le plus grand auteur aujourd'hui de comédie en France

"Depuis Deville et Rappeneau, c'est vraiment un grand metteur en scène qui a une œuvre conséquente et je le place au-dessus du Grand Bain, parce que ce qu'il entreprend est plus original et plus difficile encore à faire. C'est-à-dire la greffe d'un polar et d'un burlesque."

7 min

"En liberté !" - la critique du film par Le Masque et la Plume

L'avis d' "On aura tout vu"

Ils sont d'accord ! Et ce n'est si souvent. 

Christine Masson est fan : "Dans le paysage français de la comédie, Pierre Salvadori est absolument unique"

Une merveille burlesque, stylisée, profonde et populaire, extrêmement drôle.

Laurent Delmas est dithyrambique : "Antoine / Pio Marmaï, après un braquage bidon dans une bijouterie, dit : « C'était faux, mais c'était bon ». C'est peut-être le meilleur résumé que l'on puisse faire de ce film. Pour Salvadori, on invoque souvent Capra, Lubitsch, Hawks, c'est vrai qu'il y a cette inspiration et quand on a cette inspiration-là, c'est déjà pas mal. Et moi je pense aussi à Preston Sturges qui est un auteur un peu plus méconnu, mais vraiment Salvadori est dans cette lignée-là avec notamment une attention portée aux héroïnes". 

Les héroïnes de Salvadori, c'est elles qui mènent le monde et singulièrement dans ce film où Adèle Haenel est effarante d'effarement. 

Il explique : "elle est effarée tout le temps par ce qu'elle découvre sur son mari, sur son passé, sur la vie en général et elle nous effare dans cette capacité à jouer ce sentiment-là très particulier. 

"Ce film est aussi une façon d’apprendre à mentir. Et c'est pour ça qu'on y revient toujours : « C'était faux, mais qu'est-ce que c'était bon »".

Le destin du film est scellé dès le jour de la sortie

Le film est sorti le mercredi 31 octobre sur 360 copies. C'est devenu un rituel pour les distributeurs : aller sentir les entrées à cette fameuse première séance de 9h à l'UGC ciné-cité Les Halles à Paris, le plus grand complexe européen de cinéma.  

Christine Masson a retrouvé sur place l'équipe de Memento et le directeur de la salle, puis, un peu plus tard dans la journée, le réalisateur, Pierre Salvadori :

12 min

Le jour de la sortie du film, avec Pierre Salvadori

Par France Inter

Le poids de la culpabilité

"C'est comme si un fantôme invisible poussait le personnage d'Adèle Haenel dans son dos" explique Pierre Salvadori à Augustin Trapenard dans Boomerang. Elle est mue par quelques chose qui a à voir avec la morale. 

La culpabilité, c'est peut-être ce qui nous empêche d'être des monstres. C'est vraiment le contraire de l'indifférence. 

C'est souvent un moteur de comédie assez intéressant. Les personnages ne font pas les choses par bonté mais par obligation. La gratuité, c'est ce qui donne du sens à tout. Mais, et c'est toute l’ambiguïté dans le film, c'est aussi pour se racheter. 

C'est un mouvement, c'est un lien vers l'autre que je trouve extrêmement émouvant, important et qui peut faire des choses folles."

Pio et Vincent, les deux faces du héros

"Pierre Salvadori avait à cœur de faire bien les scènes d'action", précise Vincent Elbaz dans La Bande Originale. "L'idée n'était pas de dénigrer un genre. Au contraire. Ça questionne même la place du héros dans le cinéma français. Salvadori n'oublie jamais que ses personnages sont des personnages de fiction, des héros et j'aime beaucoup ça dans son écriture. Il a un côté anglo-saxon dans ses dialogues.     

Il a traité différemment les scènes d'action de mon personnage qui sont dans le fantasme d'un enfant qui "héroïse" son père, donc là c'était un hommage à Belmondo dans Le Magnifique, on ridiculise petit à petit un personnage héroïque, et le réalisme de la violence des scènes de baston du personnage de Pio qu'il a traité très différemment visuellement."

Des comédiens en liberté... surveillée

"Dans la comédie, pour trouver la liberté, il faut un cadre assez fort qui est lié à l'écriture et au metteur en scène", explique Pio Marmaï. "Le texte n'était presque pas improvisé". 

Tout ce qui est dit était écrit

"Dans l'exercice de la comédie, il faut qu'il y ait une écriture, un sens du rythme, une sorte de squelette hyper dessiné dès le début. Dès que j'ai lu le scénario, c'était d'une évidence folle."

"J'aime l'idée de travailler avec quelqu'un comme ça sur le long terme", ajoute-t-il. "Approfondir. Et puis c'est rassurant aussi d'avoir rendez-vous avec quelqu'un tous les trois ans, quatre ans, cinq ans... je suis prêt pour le prochain."

Aller plus loin

(RÉ)ÉCOUTER |  On aura tout vu avec l'intégralité du reportage "en immersion" avec Pierre Salvadori

(RÉ)ÉCOUTER | La Bande Originale avec Vincent Elbaz et Pio Marmaï

(RÉ)ÉCOUTER | Le nouveau Rendez-Vous avec Pierre Salavadori

(RÉ)ÉCOUTER | Boomerang avec Pierre Salvadori

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.