Acteur, Actrices, Scénario, Réalisation, Film. On appelle ça le "cinq majeur" ! Pour un second film, ce n'est pas mal. Jeanne Herry transformera-t-elle ces nominations pour "Pupille" en César ? Réponse le 22 février 2019.

Elodie Bouchez
Elodie Bouchez © Studio Canal

On dit souvent qu'il est très difficile de tourner avec des enfants et avec des animaux. Pour Jeanne Herry, c'est une chance d'avoir tourné avec des bébés. Elle raconte avoir même "fait en sorte de pouvoir filmer dans la longueur ces bébés qui portent des sensations incroyablement puissantes."

Théo est remis à l'adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. C'est un accouchement sous X. La mère a deux mois pour revenir sur sa décision... ou pas. Les services de l'aide sociale à l'enfance et le service adoption se mettent en mouvement. Les uns doivent s'occuper du bébé, le porter (au sens plein du terme) dans ce temps suspendu, cette phase d'incertitude. Les autres doivent trouver celle qui deviendra sa mère adoptante. Elle s'appelle Alice et cela fait dix ans qu'elle se bat pour avoir un enfant. Pupille est l'histoire de la rencontre entre Alice, 41 ans, et Théo, trois mois.

Les sept nominations aux César

Elodie Bouchez et Sandrine Kiberlain ont déjà été récompensées aux César pour leur travail :

  • Elodie Bouchez en 1995 pour Les Roseaux sauvages (Espoir) et en 1999 pour La vie rêvée des anges (Actrice)
  • Sandrine Kiberlain en 2014 pour pour Neuf mois ferme (Actrice)

Les critiques du "Masque & la Plume"

Pierre Murat a trouvé ça passionnant, "par la façon dont c'est fait. Ce qui est très intéressant, c'est la façon dont elle est arrivée à écrire son scénario en pistes qui se croisent. C'est très écrit. C'est très joliment joué. Il y a cette scène formidable où Gilles Lellouche parle à ce bébé. Je n'ai jamais vu une scène d'une telle tendresse, c'est extraordinaire.

Je ne suis pas bouleversé, mais je suis constamment intéressé.

Sophie Avon trouve le film extrêmement bien écrit. "Elle arrive à tisser ensemble des destins en route aussi différents, aussi multiples, avec des échelles différentes. Elle arrive à expliquer tout ça sans que ce ne soit jamais didactique. Ce n'est pas du tout un documentaire parce que c'est extrêmement incarné. Mais surtout elle ne perd pas de vue le spectacle extraordinaire qu'est ce bébé. Elle montre à quel point il faut le regarder, il ne faut pas avoir peur de le regarder. Ce n'est pas mièvre, c'est vivant". 

Pour Xavier Leherpeur, on peut reconnaître une chose à Jeanne Herry :

Elle a tout bon, là ou elle aurait pu avoir tout faux.

"Sur le papier, c'était les Dossiers de l'écran et par le truchement de cette déconstruction scénaristique d'une intelligence absolue, elle rend hommage à tous les corps de métiers. Elle aurait pu faire un film mièvre, elle fait un film dans la joie, parfois effectivement dans la douleur et la difficulté. Et elle sait écrire du romanesque dans les personnages".

Charlotte Lipinska : "Il faudrait avoir un cœur de pierre ou ne pas avoir de cœur du tout pour ne pas être ému(e). C'est très clairement un hommage au services sociaux et à cette chaîne humaine qui se met en branle pour un bébé". 

Le film doit beaucoup aux comédiens qui sont tous d'une justesse incroyable.

"Dans les dialogues tout est extrêmement instructif. Elle s'en sort parce que c'est bien écrit, mais on est à la limite du démonstratif".

8 min

« Pupille », de Jeanne Herry - les critiques du Masque et la Plume

L'avis d' "On aura tout vu"

Christine Masson a été bouleversée par Pupille. Laurent Delmas a un autre regard. Devant sa virulence, Philippe Rouyer, le critique de cinéma, invité d'On aura tout vu ce jour là pour une spéciale "sélection de livre et DVD" à offrir à Noël, intervient.

2 min

Pupille, la critique de On aura tout vu

Par France Inter

Le choix du sujet

C'est l'expérience de l'une de ses amies proches, explique Jeanne Herry dans La Bande Originale, qui lui a donné l'idée de ce sujet, lorsque cette dernière lui a laissé un message : "Ce message m’annonçait que les services l'avaient appelée et qu'ils avaient un bébé. Elle marchait dans la rue et il y avait une énergie dans ce coup de fil qui m'a complètement bouleversée et beaucoup interrogée : "pourquoi elle est dans cet état là ? Pourquoi elle est à la fois euphorique et complètement paniquée ? Pourquoi ça a l'air à la fois joyeux et brutal ? Pourquoi ils la préviennent au dernier moment ? C'est absurde, mais d'où il vient ce bébé ? Mais pourquoi... "

Puis, apprenant qu'il s'agissait d'un bébé issu de l'accouchement sous X, la réalisatrice s'est dit : "Il fallait que j'aille interroger cet endroit et essayer de le comprendre parce qu'il avait l'air gorgé d'enjeux, de romanesque et d'endroits où planter des graines de fiction."

Elodie Bouchez

Dans Pupille, Elodie Bouchez est la mère adoptante.

Invitée d'Augustin Trapenard dans Boomerang, la comédienne raconte avoir d'abord été saisie par la qualité de l'écriture de Jeanne Herry qui l'a subjuguée. Ces trajectoires individuelles qui se croisent lui évoquaient un autre film : "Ça m'évoquait Short Cuts qui est un film que j'adore, qui est d'une construction folle, et là on est dans un film français, un film social et il y a cette force d'écriture. Et quand on a l'écriture, on a tout."

C'est un rôle que j'ai reconnu au premier instant, c'est comme un coup de foudre.

Le travail avec Jeanne Herry se fait par touches : "On commence avec Jeanne par définir clairement toutes les couleurs émotionnelles. Cette femme est montrée en pointillés, sur dix ans, avec des flash-backs qui n'en sont pas vraiment… On ne revient pas sur tout ce qu'il s'est passé pendant dix ans mais on aperçoit en pointillé ce par quoi elle passe, et il fallait pour Jeanne et moi qu'on définisse très clairement quelles allaient être à chaque fois ces couleurs. "

Je savais qu'il allait falloir que j'enlève une couche de peau pour laisser tout ça jaillir

Gilles Lellouche et Elodie Bouchez
Gilles Lellouche et Elodie Bouchez / Studio Canal

Gilles Lellouche

Dans Pupille, Gilles Lellouche est Jean, un assistant maternel qui s'occupe du petit Théo entre sa naissance et le moment où il sera recueilli par sa mère adoptive.

"Je me suis dit que j'avais beaucoup de chance que Jeanne Herry pense à moi pour ça" confie l'acteur à Antoine de Caunes dans Popopop

Je me suis dit "Pourquoi moi ? On est 10 000 acteurs, pourquoi moi ?" tellement ce rôle est magnifique

C'est la première fois que je pleure en lisant un script. J'ai trouvé ce film d'une beauté et surtout d'un espoir incroyables. On flirte avec une réalité sublimée, parce que l'adoption n'est pas toujours aussi joyeuse, pas toujours aussi gaie, c'est une évidence. Mais le film ouvre des portes et une joie incommensurables."

Gilles Lellouche a rencontré l'homme qu'il incarne. "C'est une dévotion. La satisfaction que vous avez est quand même très confrontée à la douleur, puisque vous vous occupez d'un enfant pendant deux mois, six mois, un an, deux ans... et puis l'enfant part et c'est autant de déchirure dans votre vie et cet homme-là en a eu une quinzaine à son actif."

Aller plus loin

(RÉ)ÉCOUTER | Boomerang avec Elodie Bouchez

(RÉ)ÉCOUTER | Vous les femmes avec Jeanne Herry

(RÉ)ÉCOUTER | Popopop avec Gilles Lelouch

(RÉ)ÉCOUTER | La Bande Originale avec Jeanne Herry et Elodie Bouchez

Jeanne Herry et Sandrine Kiberlain
Jeanne Herry et Sandrine Kiberlain / Studio Canal
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