Connaissez-vous les éditions Phaidon ? Sans doute, si vous vous intéressez aux « beaux livres ». Cette maison d‘édition anglaise en a fait sa principale spécialité. Sans que le cinéma y tienne une place importante. C’est elle pourtant que la direction du groupe de presse du « Monde » a jugé digne de reprendre « Les Cahiers du Cinéma » dont le quotidien du soir a décidé de se séparer pour de sinistres raisons budgétaires. D’autres « repreneurs » s’étaient manifestés parmi lesquels des partenaires naturels venus du monde du cinéma ou de la presse, voire des deux à la fois. On se disait naïvement que la bonne solution pour ces « Cahiers » que, contre vents et marées, nous aimons (et absolument pas par une nostalgie qui serait alors mortifère), la bonne solution donc se trouvait du côté de ceux-là. Non, en vendant le mensuel et ses éditions à Phaidon, « Le Monde » choisit en toute connaissance de cause l’acheteur le plus éloigné des « Cahiers », l’outsider à tous les sens du terme. Mais, alors, pourquoi ce choix ? Un magnifique communiqué de presse nous a fait savoir que Phaidon était le mieux à même de tout préserver et pérenniser. C'était là l'unique raison de ce choix surprenant. Balivernes ! Foutaises ! Il suffit de lire attentivement « Le Monde » pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Depuis le 17 octobre dernier, le quotidien a lancé l’une de ces opérations commerciales dont la presse française est désormais friande : on vend le journal avec un livre, un DVD, un CD dans le cadre d’une collection prestigieuse. Cette fois, il s’agit du « Monde du design », soit 20 volumes pour parler de 999 objets cultes. Glissons gentiment sur l’intérêt éditorial de cette « encyclopédie » (sic), tel n’est pas notre propos. Passons plutôt à la devinette du jour : qui est l’éditeur de ladite collection ? Phaidon évidemment !Et voilà pourquoi « Les Cahiers » sont tombés dans cette escarcelle ! C’est une stratégie commerciale et industrielle d’alliance, et non un projet éditorial. Phaidon n’a pas été choisi POUR « Les Cahiers », mais pour des raisons purement financières. Vraisemblablement, on n’a pas choisi le mieux disant culturel et éditorial mais le mieux-disant stratégique dans une négociation globale dont on pourrait s’apercevoir un jour ou l’autre que « Les Cahiers » n’étaient qu’un leurre, un alibi. C’est la pire des configurations pour le mensuel. Si c'est un accord global entre deux groupes, pourquoi ne pas le dire clairement ? Il est à craindre alors que "Les Cahiers" ne soient réduits à la portion congrue au profit hélas de partenariats et autres synergies beaucoup plus lucratifs...Que va-t-il alors advenir vraiment d’un titre « historique » dont la voix est toujours nécessaire à la critique de cinéma en France et dans le monde ? C’est un titre fragile parce que la presse de cinéma ne se porte pas bien dans notre pays. A telle enseigne que, on l’a déjà écrit ici même, au mois de janvier prochain deux autres mensuels de cinéma fusionneront au détriment du pluralisme et de la diversité des opinions et des regards. Qu’est-ce qui intéresse vraiment « Le Monde » dans Phaidon ? Et réciproquement. Et qu’est-ce qui intéresse vraiment Phaidon dans « Les Cahiers du Cinéma » ? Mais là, je crains que l’on ne puisse écrire « et réciproquement »… On aurait aimé se réjouir d’un avenir plus assuré pour « Les Cahiers » et voilà que l’on se demande dans quel traquenard ils sont tombés, ou plutôt dans quelle négociation globale entre Le Monde et Phaidon.Ce dont « Les Cahiers ont impérativement besoin c’est d’un éditeur suffisamment amoureux du cinéma et de la presse pour ne pas se bercer d’illusions économiques et financières. Ce dont ont besoin les éditions des Cahiers du Cinéma, c’est d’une tutelle qui respecte des choix éditoriaux (livres mais également DVD) audacieux, divers et toujours passionnés. La phrase du jour ? "Dans notre métier d'agriculteur dans les régions accidentées, il ne faut pas aimer son métier, il faut être passionné."Raymond Privat, dans "La Vie moderne" de Raymond Depardon qui est un film littéralement touché par la grâce et la beauté également radieuses et douloureuses. Peut-être, en le voyant, Henri Calet aurait-il dit : "Ne me secouez pas, je suis plein de larmes".

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