J’ai vu hier matin le nouveau film de Claude Chabrol, « Bellamy », qui sera en salles le 25 février prochain. Pour la première fois, le cinéaste a dirigé Gérard Depardieu. Rencontre au sommet, forcément excitante, forcément dangereuse mais étrangement inédite à ce jour. Au sommet, c’est par conséquent l’ivresse d’une alchimie parfaite. Un pur moment de bonheur, autant le dire d’entrée de jeu. Chabrol s’est inspiré d’un fait divers réel. Celui d’un homme qui se fait passer pour mort et se fait refaire le visage pour toucher l’assurance vie et convoler en vie clandestine avec sa maîtresse. Comme Chabrol j’imagine, cette histoire française assez récente m’avait frappé, singulièrement parce qu’on avait pu découvrir dans la presse l’étrange et nouveau visage de celui qui pour parvenir à ses fins avait mis un SDF à sa place, la place du mort donc. Un visage de momie. Un vrai visage d’outre-tombe. Un visage refait à tous les sens du terme. Mais inutile d’en dire plus sur l’histoire vraie et sur le scénario confectionné à partir de là, et de quelle éclatante façon, par Chabrol et sa complice Odile Barski tous deux en grande forme, c’est à dire dans une liberté aussi grande que totale. Ceux qui trouveront le film « invraisemblable » en seront donc pour leurs frais. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel.C’est le retour de Depardieu qui fait ici événement. Il n’arrête pas de partir et de revenir, Depardieu. On dirait le titre d’un film de Lelouch à lui tout seul. Mais en beaucoup mieux… Il part pour se perdre du côté de Timpelbach et autres comédies sans intérêt. Il revient, comme il le fit ses dernières années avec Téchiné (« Les Temps qui changent ») puis avec Giannoli (« Quand j’étais chanteur »). A chaque fois, à chaque film du renouveau, c’est une émotion nouvelle, inexplorée. Alors, on se dit qu’il fait bien de nous quitter de temps en temps, car les retrouvailles n’en sont que meilleures et plus réjouissantes encore. Depardieu, c’est un Stradivarius, non ? Normal dans ces conditions que seuls les virtuoses sachent le faire jouer…Je reviendrai le moment venu sur ce jubilatoire Commissaire Bellamy qu’il incarne ici. Dès la première scène, il existe d’une incroyable façon. Mais, il serait injuste à ce stade de ne pas dire qu’ à ses côtés se trouvent quatre comédiens magnifiques et parfaitement diapason : Marie Bunel, Jacques Gamblin, Clovis Cornillac et, retenez son nom, Adrienne Pauly. Retenez donc la date du 25 février, vous y découvrirez ce « Bellamy », placé sous le signe bienveillant de deux Georges : Brassens et Simenon, entre terre (Nîmes) et mer (Sète). Un Chabrol en grande forme, un grand cru 2009 élaboré avec le meilleur Depardieu qui soit ! Un peu de patience et ce sera à vous de voir.La phrase du jour ? "Il n'est pas acteur, il est l'Acteur. Excessif et dévorant, tonitruand et rigolard, ogre qui fait gronder les mots par crainte d'être pesant, c'est pour cela qu'il vocifère, le bougre à voix douce et au regard perdu." Cette magnifique phrase fait l'exergue du portrait inspiré, écrit à l'encre empathique par Pascal Mérigeau et publié en octobre dernier par Flammarion sous le titre "Depardieu". Une belle et bonne lecture en attendant "Bellamy".

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