« Elle a la carte ». Lancée par Jean-Pierre Marielle, cette expression vise à désigner celles et ceux qui, parmi les artistes entre autres, bénéficient d’une sorte de statut privilégié au sein de leur profession et dans les médias notamment. Zabou Breitman a cette carte. Depuis « Se souvenir des belles choses » (efficace mélo surestimé à sa sortie), elle a gravi les échelons d’une indéniable notoriété qui ne va pas sans certaines indulgences critiques. A l’instar de ces dithyrambes qui ont accueilli son récent spectacle au théâtre dont le mérite devrait essentiellement revenir à Raymond Depardon auteur des documentaires adaptés par l’actrice-réalisatrice. On veut à tout prix nous vendre un auteur XXL. Mais ne faudrait-il pas descendre de quelques tailles pour rester honnête ?C’est le sentiment éprouvé en voyant son nouveau film sorti aujourd’hui sur les écrans : « Je l’aimais » avec Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. A la base, un roman d’Anna Gavalda. Mauvais départ, qui a dit mauvais départ ? Qui a rajouté « c’est un peu comme partir de Marc Lévy », on est bien vite arrivé nulle part. Ah ! les méchantes langues ! Passons sur cet acte de naissance gavaldien qui, de fait, ne laissait rien augurer de bon. Et en même temps, comment ne pas tenir compte de la pauvreté de l’histoire racontée : une jeune femme larguée par son mari pleure sur l’épaule de son beau-père qui pour la consoler (?) lui narre par le menu le grand amour caché de sa vie. Si seulement des torrents de romantisme et de passion nous tombaient dessus… Mais non, le film de Zabou Breitman est à la mesure de sa mise en scène : si sage, si plate, si désincarnée. On se surprend à regarder ces pantins s’agiter sans rien ressentir. Ils souffrent, ils s’aiment, ils se quittent et l’on s’en fiche royalement.Et puis, pour couronner le tout, Breitman se paye le luxe de massacrer une actrice formidable, Florence Loiret-Caille à qui elle a confié le rôle impossible de la pleureuse abandonnée. Ce personnage lacrimal sur lequel est écrit en grosses lettres vulgaires « Compassion, compassion » nous pousse plus à la détestation qu’à l’empathie. Chez Claire Denis et chez Agnès Jaoui notamment, Loiret-Caille a montré toute l’étendue de son talent. Rien de tel ici, mais comment en serait-il autrement ? L’actrice n’a aucune responsabilité dans ce beau désastre.C’est pourquoi on oubliera bien vite ce « Je l’aimais » qui n’est rien d’autre qu’un film de gare, coincé entre les stations « Lelouch » et « Chouraqui ».La phrase du jour ?Michel Boujut : « Quelle est la question que je ne vous ai pas posée ? »Claude Sautet : « Je la connais depuis quelques instants : où va-t-on déjeuner ?… »Il s’agit des dernières phrases du superbe livre d’entretiens entre Claude Sautet et Michel Boujut paru aux éditions Actes Sud et dont la relecture régulière me comble d’aise.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.