On parle beaucoup de Charles Aznavour le chanteur, et on parle peu ou pas assez de sa carrière d'acteur. Dans le cadre du feuilleton qui lui était consacré sur les MFP, des personnalités du cinéma comme Michel Serrault, Jonathan Demme ou Volker Schlöndorff racontaient l'Aznavour comédien.

En 1997, Michel Serrault remet à son ami Charles Aznavour un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.
En 1997, Michel Serrault remet à son ami Charles Aznavour un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. © Getty / Pool Arnal/Picot

En 2005, le cinéma rendait hommage à Charles Aznavour avec le film Emmenez-moi en 2005. Gérard Darmon incarnait Jean-Claude, un fan absolu de Charles et qui a tenu dans les galères de la vie grâce à ses chansons. Il s'était alors fixé un objectif : rencontrer son idole. 

Ici, c'est au chanteur que l'on rendait hommage. Mais Charles Aznavour, c'est avant tout un comédien de formation. Sa mère, Knar Baghdassarian, était comédienne. Petit, il est inscrit à l'école des enfants du spectacle, à Paris.  Et dès l'âge de neuf ans, le jeune Charles monte sur les planches. Cet enfant de la balle ne les quitte plus jusqu'à son dernier souffle, ce 1er octobre 2018. La chanson, le music-hall et le cinéma font partie de sa vie. 

Francis Legault, pour les Médias Francophones Publics, avait consacré une série en 2003, intitulée Sur ma vie à Charles Aznavour. Dans l'épisode sur le cinéma, il donnait la parole grâce à des interviews et des archives à de nombreuses célébrités qui ont côtoyé le grand Charles sur les plateaux dont Michel Serrault, Jeanne Moreau, Patrick Bruel, Jean-Pierre Mocky, Volker Schlöndorff, Roger Pierre, François Truffaut ou encore Jonathan Demme...

Voici quelques morceaux choisis du feuilleton "Sur ma vie"...

Michel Serrault

Avec Michel Serrault, Charles Aznavour partage l'affiche de deux films : Les fantômes du chapelier de Claude Chabrol en 1982 et Le comédien de Christian Challonge en 1996. 

D'Aznavour le comédien, Michel Serrault disait :

Aznavour, je l’aime comme chanteur mais je ne suis pas le premier. Ça fait longtemps que je le connais. Il me surprend parce que… Je sais pas si il aime bien qu’on raconte ça mais il le dit lui aussi quand même : il a été comédien très tôt. _C’est un comédien qui a chanté_, qui a aimé la chanson, qui a écrit,… Et il est devenu le chanteur qu’on connaît. Alors, toutes ces chansons ce sont des scènes, c’est des sketchs, c’est un acte. C’est formidable ! Comme il a cette formation et le talent magnifique de comédien, parallèlement à son métier de chanteur, de diseur, de musicien, c’est un homme qui me séduit beaucoup. Il raconte les choses de la vie. Il les chante. Il les joue. Alors ça c’est tout à fait surprenant... Ils [les chanteurs] se réjouissent de jouer la comédie. Ils sont contents. Ils ont une spécialité, ils chantent. Mais là ils se libèrent. Pour eux c’est un bain de nouveauté. Alors ils sont moins cabots que les comédiens. Ils sont plus discrets et en étant plus discrets, car c’est un peu le secret, ils sont plus convaincants.

Le réalisateur américain Jonathan Demme

En 2006, Jonathan Demme fait participer Charles Aznavour à son thriller, La vérité sur Charlie avec Mark Walhberg. Sa présence et la place de Charles Aznavour dans le film trouve son explication en 1963 :

La première fois que j’ai vu Charles Aznavour, je vivais en Floride dans un milieu rural. J’étais allé dans un petit cinéma où l’on présentait un film français intitulé « Tirez sur le pianiste ». Malgré le fait que le film était sous-titré. J’ai acheté un billet et c’est là que j’ai fait la connaissance de Charles Aznavour. Je crois que c’est un excellent film. Mais surtout, je crois que Charles Aznavour offre une prestation tout à fait remarquable. J’avais 21 ans et _il est devenu mon héros_.

François Truffaut

Le réalisateur de Tirez sur le pianiste expliquait son travail avec Charles Aznavour : 

Un homme comme Aznavour _sépare complètement la vie de la fiction_,… J’ai mis des choses comme ça que je croyais avoir observé chez lui ou bien des choses en rapport puisque c’est un homme qui justement était très pauvre, qui connaît maintenant un très grand succès. J’ai mis beaucoup de notation sur cet état d’esprit, sur ce passage de la pauvreté au succès. Lui a toujours gardé une distance formidable. Il arrive, il vient faire son métier et il repart chez lui. Ça ne le modifie pas. La barrière reste très grande chez lui. 

Le réalisateur allemand Volker Schlöndorff

En 1979, Charles Aznavour joue dans le film de Volker Schlöndorff : Le Tambour, inspiré du roman de Gunther Grass. Il incarne le marchand de jouet Sigismund Markus. Le réalisateur allemand explique l'importance de la présence de Charles et son influence sur le film malgré le fait que ce soit un second rôle :

Il fallait un personnage un peu féerique bien que le film soit très réaliste... Mais ce personnage-là, qui ne vit que dans ses jouets, était très important car il est d'une grande poésie. Comme c’était un petit rôle, on avait discuté avec mon producteur, et on s’était dit qu’on allait prendre un comédien moyennement connu. Et puis on a eu l’idée qu'au contraire, il fallait une vedette pour ce rôle. Parce que le rôle est très court. Il n’a que quelques apparitions. Or si un acteur inconnu se tue, ça fait moins de choc que si c’est une vedette. Voilà pourquoi on a fait appel à lui...

Je ne savais pas que Charles trouvait que c’était un de ses rôles les plus marquants. Il a été très touché de le jouer. Pour lui, évidemment, il y avait en arrière plan l’holocauste. Sur le plateau, il était le seul représentant de ceux qui étaient persécutés par le régime nazi. Alors lui, d'origine arménienne et qui parlait souvent de l’holocauste des Arméniens, _il a parfaitement mesuré toute la tragédie sur le plan émotionnel_. Et de se voir représenter le peuple juif, lui l’Arménien, ça lui a beaucoup plu. 

Il a d’ailleurs apporté une idée très forte au scénario : son personnage était un peu le complice des infidélités de la mère d’Oscar, tout en la convoitant sans doute un peu. Quand elle meurt, il veut se rendre au cimetière et les nazis l'en empêche. Charles a eu cette idée que, une fois l’enterrement terminé, son personnage va retourner au cimetière pour réciter la prière des morts des Juifs, le kaddish.

Jean-Pierre Mocky et Patrick Bruel

Pas facile, néanmoins de mener de front deux carrières. Le cinéma d'un côté et la musique de l'autre. Pour Jean-Pierre Mocky, c'est bien parce qu'il n'a pas mis entre parenthèse la chanson que sa carrière au cinéma n'a pas décollé. Un problème qu'évoquait aussi Patrick Bruel : 

_Sa carrière d’acteur a été moins mise en avant que sa carrière de chanteur_, je pense. Mais c’est sûrement un choix de sa part. Il a du penser que l’un pouvait faire du mal à l’autre. On s’est tous dit ça, à un moment donné où il a négocié ça d’une certaine façon. Montand l’a fait encore d’une autre façon. Il l’a fait par tranche… 

Ce n’est pas toujours facile de faire bon ménage entre le cinéma et la chanson… L’acteur cultive un mystère et le chanteur le tue de l’autre côté. 

Charles Aznavour 

Le mot de la fin, laissons-le au principal intéressé qui disait qu'il avait aimé tous ses rôles, indépendamment du succès de ces films, et dont ses partenaires au cinéma ont toujours loué son intuition et son humanité, sa profondeur : 

Je cherche à connaître le réalisateur le mieux possible. C’est la manière dont il me présente le film, la manière dont il me raconte le scénario, qui m’influence en premier lieu. Et ensuite, je m’intéresse au scénario, s'il est pour moi ou pas pour moi. 

C’est plus instinctif que calculé. Je pense que si le metteur en scène et l’acteur ne se comprennent pas parfaitement, il ne peut pas y avoir de contact et de communion dans le film. 

Aller plus loin

Retrouvez l'intégralité de l'émission Les comédiens sur le site de France Inter

► VIDEO Filmographie rapide de Charles Aznavour en un peu moins de trois minutes

► ♪ ♫ PLAYLIST Charles Aznavour

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