21 films nouveaux sont dans les salles depuis mercredi dernier. C'est inepte, inutile et dangereux. On nous raconte qu'il s'agit pour ces films d'éviter à tout prix la concurrence avec LA sortie de la semaine suivante : le nouvel épisode de la saga qui met en scène le frère jumeau de François Baroin, Harry l'énervant Potter. C'est une farce évidemment ! La plupart de ces nouveaux films ne visent absolument pas le public de jeunes pré-pubères attirés par la magie et les écoles parallèles où on se les roule en chassant le serpent aux heures des cours. Ce serait drôle si parmi tous ces films certains méritaient beaucoup mieux que de mourir aux champs d'honneur des distributeurs fous. Et singulièrement cette semaine, deux documentaires, l'un Américain, l'autre Français. Tous les deux sont des films catastrophes parfaitement réels, définitivement angoissants et allégrement citoyens. le premier s'intitule "Inside job" et il porte sur la récente crise financière internationale. Le second s'appelle "Cheminots" et il s'interroge sur l'avenir de la SNCF et de ses personnels. Tous deux multiplient les entretiens vérités avec les "grands de ce monde" et les cheminots de la région Provence Côte d'Azur. Les premiers sont souvent bons à enfermer rétrospectivement. Les seconds apparaissent comme les derniers Indiens prêts à défendre ce qui fait un métier, son unité, sa solidarité et ses valeurs comme on dit. Ou comment sonder l'état du monde en deux films hautement nécessaire. Si "Inside job" atteint tellement sa cible, c'est qu'à l'inverse de Michael Moore, il ne fait pas dans le cinéma à l'estomac mais plutôt dans l'analyse fouillée des responsabilités de chacun dans la folie financière mondiale. Et cela fait froid dans le dos puisqu'en filigrane se dessine la lancinante question suivante : c'est arrivé hier, pourquoi pas demain ? Puisqu'aussi bien et contrairement aux vertueux discours rien n'a vraiment changé sous le soleil de Wall Street. Quant aux cheminots, le film qui leur est consacré est une véritable dédicace à tous les discours ambiants sur ces cheminots, ces galeux, ces pelés, ces abominables grévistes en puissance, ces odieux profiteurs qui voudraient prendre leur retraite à 30 ans maximum ! Sollicités parmi les témoignages des cheminots de PACA, Ken Loach et Raymond Aubrac battent le rappel des mémoires immédiates ou plus lointaines pour dire combien ces combats engagent notre avenir au nom d'un passé résistant à bien des égards. Les paroles que l'on entend ici se font rares en ces temps de renoncements et de reculs en tous genres. Elles sont portés par des femmes et des hommes pour qui les mots "ensemble", collectif" ou "solidaire" ne sont ni usés ni tabous. Encore faut-il qu'ils trouvent dans la société les échos et les soutiens nécessaires. Cela commence peut-être par ce documentaire. Après tout, et comme le rappelle "Cheminots", le cinéma à tout avoir avec le mouvement des locomotives depuis l'arrivée d'un certain train en gare de La Ciotat... Dans la jungle des 21 films, n'hésitez pas à vous frayer un passage pour aller voir en priorité "Inside job" de Charles Ferguson et "Cheminots" de Luc Joulé et Sébastien Jousse.

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