C’est demain mercredi que sera en salles « Un chat, un chat » le nouveau film de Sophie Fillières à qui l’on doit notamment « Aïe » et « Gentille ». Cette fois son personnage principal s’appelle Célimène, mais elle préfère, elle, se prénommer Nathalie. Trentenaire, elle est un écrivain reconnu, mais souffre d’une panne totale d’inspiration. Son appartement est en travaux, elle vit donc chez sa mère en compagnie de son fils Adam, âgé de sept ans et qu’elle élève seule. Face à elle, Anaïs, dix-sept ans, jeune et fraîche qui veut convaincre Célimène d’écrire sur elle. Voilà pour le pitch comme on dit.Sophie Fillières est une cinéaste estimable dont on avait pu apprécier l’humour, le mordant et la fantaisie dans certains films précédents. Mais cette fois, son film patine dangereusement. Il a tous les défauts du film d’auteur français moins la grâce et l‘élégance. Pour un peu on parlerait de la décadence d’un style, d’une école, d’une certaine tendance du cinéma français qui confond analyse et nombrilisme. Tout y est lourd, symbolique, appuyé. Depuis cet appartement en travaux sensé représenter les travaux intérieurs qui rongent l’écrivain jusqu’au personnage d’Anaïs (qu’Agathe Bonitzer incarne à la perfection soit dit en passant) dont un enfant de cinq ans comprendrait qu’il est le petit génie de l’écrivain, son inspiration en panne. Or, au beau milieu de ce film qui n’existe pas à force d’artifices, rayonne, vibrionne et détonne une actrice, l’actrice en l’occurrence : Chiara Mastroianni. Célimène, c’est elle. Dans toute sa splendeur et sa beauté. Pas plus tard qu’hier une amie cinéphile et pertinente me disait qu’elle trouvait à Chiara plus de charme encore qu’à sa mère, Catherine Deneuve. C’est presque indiscutable. Ici, Elle occupe l’intégralité du film. Et comme son personnage n’est au fond qu’un ectoplasme, une idée, une chimère, l’actrice fait une chose incroyable et sidérante : elle prend son envol et survole littéralement le film. Elle se regarde et nous regarde. Singulière expérience en vérité. Je sais que Chiara Mastroianni serait fâchée d’une telle lecture de son jeu, car elle défend bec et ongles le film (de son point de vue, elle a bien raison). Mais c’est d’une expérience de spectateur dont je fais part ici. Expérience toute subjective, le ressenti d’une projection que je vous livre ainsi. Pour moi, « Un chat, un chat, n’est pas une histoire d’écrivain mais un film sur une actrice face à la caméra. Ce qu’elle fait, ce qu’elle dit, comment, pourquoi. Sous cet angle, le film de Fillières s’avère passionnant. Mais il devrait s’appeler « Chiara, Chiara » à l’exception de tout autre titre fictionnel.La phrase du jour ? « Ta tête, ton geste, ton airSont beaux comme un beau paysageLe rire joue en ton visageComme un vent frais dans un ciel clair.Baudelaire

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