"Dahai, mineur exaspéré par la corruption des dirigeants de son village, décide de passer à l'action. San'er, un travailleur migrant découvre les infinies possibilités offerte par son arme à feu. Xiaoyu, hôtesse d'accueil dans un sauna, est poussée à bout par le harcèlement d'un riche client. Xiaohui passe d'un travail à un autre dans des conditions de plus en plus dégradantes... Quatre personnages, quatre provinces, un seul et même reflet de la Chine contemporaine : celui d'une société gangrénée par la violence."

A touch of sin
A touch of sin © Radio France

Ainsi peut se résumer le propos général de TIAN ZHU DING, le film réalisé par Jia Zhangke, l'auteur notamment des remarquables PLATFORM, STILL LIFE, THE WORLD, 24 CITY et I WISH I KNEW. Avec ce nouveau film, il ajoute une contribution encore plus acide à son portrait en mouvement de son pays qui va mal. Qu'est-ce qui est le plus atterrant : la corruption endémique, les nouveaux riches qui mettent l'économie en coupe réglée, le taylorisme dévastateur, le machisme quotidien, la violence des armes ? En multipliant les personnages et les situations, le film ne fait que renforcer cette impression de délitement généralisé. Rien ne vient véritablement contrebalancer ce désastre en action, sinon quelques pointes d'humour ironique et dérisoire, à l'instar de la peinture d'un bordel où se retrouvent les figures féminines les plus éculées de la libido masculine. Mais de l'ironie au désespoir, il n'y a qu'un pas que le film franchit à force de montrer des violences contre autrui quand elles ne finissent pas par être contre soi-même...Les quatre héros malgré eux de Jia Zhangke apparaissent alors comme les figures emblématiques et terribles d'un pays qui écrase ses propres forces. Quant aux moindres signes de protestation sont aussitôt réprimés. Tout ici semble fonctionner en circuit fermé et l'incroyable et fugace vision de deux Noirs dans la rue vient brutalement rappeler l'absence de l'étrange étranger ici. Comme si Jia Zhangke tenait à bousculer l'image du géant économique en devenir, à travers la peinture d'un monde qui vit en autarcie mortifère.

Âpre et terriblement amer, ce film est comme le tombeau d'une nation en perdition dont les habitants seraient les pantins d'un jeu dont ils n'ont plus les règles. Il laisse alors le spectateur dans une immense tristesse mais sans commune mesure évidemment avec celle qu'il décrit. Ainsi va Cannes quand ses films ouvrent grandes les fenêtres de l'ailleurs. Rien d'exotique. Mais du tragique à l'état pur porté par une caméra d'exception parce que sans cesse juste.

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