Au-delà du charisme de ce personnage historique qui a changé la face du monde au siècle dernier, le film est-il bon en lui-même ? Les critiques du "Masque et la Plume" en débattent.

Gary Oldman incarne Winston Churchill dans "Les Heures sombres" de Joe Wright
Gary Oldman incarne Winston Churchill dans "Les Heures sombres" de Joe Wright © Universal Pictures International France

Les Heures sombres par Joe Wright (le réalisateur d'Orgueil et Préjugés) avec Gary Oldman et Kristin Scott Thomas : un film de plus de 2h qui se concentre sur la prise de pouvoir de Churchill, 65 ans, premier Lord de l'amirauté en mai 40, et surtout ses hésitations face à Hitler : est-ce qu'il faut négocier avec l'Allemagne nazie, est-ce qu'il faut résister ? 

Pour ne rien arranger, le roi George VI (joué par Ben Mandelsohn) et le parti conservateur conspirent contre le Premier ministre - d'où "les heures sombres" de Churchill - et celles que Jérôme Garcin a imaginées pour Gary Oldman que les maquilleurs et prothésistes ont transformé en une sorte de sosie du musée Grévin. 

Michel Ciment : "le spectateur n'est pas volé"

J'ai lu dans un hebdo : "C'est dommage parce qu'on n'égratigne pas du tout ce monument qu'est Churchill". C'est hallucinant ! Churchill, en 1940, c'est l'homme qui a changé la face du monde. Il n'aura pas été là, l'Europe aurait été complètement nazie. Ce film présente un Churchill tout à fait passionnant. Si c'était un biopic, il faudrait montrer que, 20 ans avant, Churchill était antisémite, qu'il était anticolonialiste... Il avait des tas de défauts. 

C'est comment un homme, à un moment historique, trouve la force de se battre. Et le film le montre très bien !

Et Gary Oldman qui ne ressemble pas du tout à Churchill arrive à nous faire croire à Churchill.

Winston Churchill (Gary Oldman) et le roi George VI (Ben Mendelsohn)
Winston Churchill (Gary Oldman) et le roi George VI (Ben Mendelsohn) / Universal Pictures International France

Jean-Marc Lalanne : "une marionnette"

La complexité de ce qui a amené Churchill à prendre cette décision qui a été validé par l'histoire du XXe siècle comme un acte incroyable de courage et de clairvoyance... Je trouve que c'est simplement le fait d'une marionnette dont Gary Oldman est le marionnettiste extrêmement grossier, avec la complicité trop envahissante du département maquillage qui a vraiment tout pouvoir : ça ne donne pas un personnage. 

C'est la vraie dérive du biopic depuis une dizaine d'année. Le biopic a toujours un angle aujourd'hui, avec ce travers de transformer les personnages illustres en monstres de foire. On n'a jamais la complexité du vivant.

Jean-Marc Lalanne : "On n'est pas face à un personnage qui serait un être vivant, mais une caricature"
Jean-Marc Lalanne : "On n'est pas face à un personnage qui serait un être vivant, mais une caricature" / Universal Pictures International France

Eric Neuhoff : "On le voit vivre"

Churchill, on peut me le mettre à toutes les sauces : je marche toujours. Là, c'est le biopic sur une période essentielle. C'est ça, les bons biopics... Et c'est vraiment intéressant. C'est bien fichu, à part la petite préciosité qui consiste à prendre un tas d'images vue du ciel, et la musique.

L'histoire est tellement passionnante qu'on marche à fond. On le voit vivre. C'est quand même le triomphe de l'alcoolisme et de l'intelligence ; c'est l'éloge de l'éloquence, comment les mots peuvent changer le monde ! 

C'est le film classique, bien fait par un solide artisan. 

Eric Neuhoff : "Entendre une fois de plus le fameux discours le 13 mai 1940 à la Chambre des communes, on est emporté"
Eric Neuhoff : "Entendre une fois de plus le fameux discours le 13 mai 1940 à la Chambre des communes, on est emporté" / Universal Pictures International France

Charlotte Lipinska : "le film d'un chef opérateur"

Les discussions de stratégie militaire, ce n'est vraiment pas cinématographique. Le réalisateur échoue complètement à mettre un peu de tension, de dramaturgie et de nervosité à ces discussions interminables et qu'il n'a pas d'autre idée que de nous mettre des ralentis, de faire des effets de caméra plus ou moins aériennes et d'envahir le tout avec une musique absolument insupportable. 

Je n'ai vu qu'un acteur et le film d'un chef opérateur qui a pris le titre au pied de la lettre Les Heures sombres, alors tout est à contre-jour du début à la fin, quand il ne pleut pas il n'y a vraiment pas un pet de lumière... Et Gary Oldman, qu'on ne voit plus sous les kilos de maquillage et qui parle avec une patate dans la bouche : je ne vois que l'acteur qui va chercher son oscar.

J'aurais voulu vibrer, j'aurais voulu avoir de l'émotion et j'étais complètement paralysée par autant d'académisme. C'est scolaire, c'est terriblement ennuyeux.

Ecoutez 

Ecoutez toutes les critiques échangées autour de Jérôme Garcin sur Les Heures sombres par Charlotte Lipinska (Vanity Fair), Michel Ciment (Positif), Jean-Marc Lalanne(Inrockuptibles) et Eric Neuhoff (Le Figaro) :

"Les Heures sombres" de Joe Wright, dans les salles depuis le 3 janvier 2018
"Les Heures sombres" de Joe Wright, dans les salles depuis le 3 janvier 2018 / Universal Pictures International France

Aller plus loin

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.