Au fond, le cinéma me va bien. Je crois qu’il me rend vivant… Non, rassurez-vous, je ne suis pas devenu totalement fou. Il se trouve simplement qu’on a besoin de temps en temps de se rassurer et de se dire que ce dont on parle ici chaque jour constitue bien un axe central (je n’ai pas dit le seul !). Un peu comme (pardon, cette comparaison idiote me vient à l’esprit à la va comme je te pousse !), un peu donc comme on se rend seul une fois par an le dimanche après midi dans une grande enseigne d’origine suédoise spécialisée dans les notices de montage sybillines et agaçantes pour se prouver qu’il s’agit bien d’une bêtise à ne plus commettre ! Mais, voilà, l’âme humaine est ainsi faite, il faut de temps en temps exercer ses certitudes absolues, les confronter au réel et les valider de cette façon.Truffaut ne disait rien d’autre que cela en intitulant l’un de ses livres « Les Films de la ma vie » où il ne parlait évidemment pas de ses propres films mais de ceux des autres. De tous ces films vus et pour certains revus qui constituent au fil du temps une généalogie, un territoire, une histoire : une nation, en quelque sorte. Il y a forcément du « national » dans le cinéma. Je pense moins à la nationalité des films qu’à notre rapport personnel avec chaque film. C’est la nation au sens de 89 : celle de l’intérêt commun, du vivre ensemble, contre les égoïsmes et les despotes. « Vive la nation » criait-on à Valmy sans être bassement nationaliste. « Vive le cinéma », a-t-on envie de dire à la suite de Fellini. Vive cet art d’abord forain où chacun va pouvoir puiser ce dont il a envie ou besoin : de l’oubli ou de l’ivresse, du repos ou de l’amour, du courage ou des idées, et le tout sans exclusive. Par goût personnel, je n’ai pas vraiment besoin, par exemple, du cinéma « doudou » (concept déposé mais nullement méprisant, bien au contraire) avec ces films qui vous transportent dans d’autres mondes, vous font vivre des "expériences" ou vous noient dans des torrents d'images hallucinées mais pas forcément très signifiantes. A l'inverse et par ce même goût personnel, j’ai furieusement besoin des « histoires » que me racontent à l’oreille les Welles, Renoir, Bergman, Pialat, Almodovar, Moretti ou Desplechin pour vivre. Ni dieux, ni maîtres, ils sont des amis et des complices avec lesquels le dialogue se fait et se défait. Leurs films me bouleversent. Ils n’ont pas le monopole de cette activité bénéfique heureusement, mais à cette hauteur-là les rivaux sont peu nombreux !Et dire que ce soir j’avais prévu de vous parler de Monsieur Hulot. Partie remise pour cause de vagabondage amoureux donc. Encore un effet du cinéma : libérer la parole.Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Le grand sujet du cinéma serait la joie et c’est comme si tout le monde remettait ce film à plus tard. »Leos Carax

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