L’air du temps cannois est américain en ce moment. Hier soir, le film de James Gray, « Two lovers ». Ce matin, celui de Clint Eastwood, « L’Echange ». Je vous le dis d’emblée ? Je fais dans la

Clint Eastwood
Clint Eastwood © Radio France / Universal Pictures

circonvolution ? Non, allez, autant l’avouer, ces deux-là m’ont déçu et pas qu’un peu. Le Gray d’abord. Comment croire à ce portrait d’un schizo joué par Joachin Phoenix et dont la bipolarité s’exprime entre son amour pour une brune et sa passion pour une blonde ? ! On aurait aimé plus de complexité dans le propos, docteur Gray. A quoi les admirateurs du films vous répondent sans sourciller que c’est admirablement filmé. Et vous de leur répondre : « Heureusement ! ». Et de penser en vous-même : « Et encore, on a trop souvent l’impression de regarder Gray filmer… ». Et Clint alors ? Clint qui nous avait laissé pantois avec ses deux précédents films de guerre. Clint dont on attendait une nouvelle facette, un nouvel émerveillement dû à une maturité qui n’en finit pas d’éclater sur l’écran. Or, ce matin qu’ai-je vu ? L’adaptation d’un roman de Michael Connelly (« Le Poète ») ou de Dennis Lehane (« Mystic River ») qui se passerait évidemment à Los Angeles, parlerait d’enfants martyrisés, stigmatiserait la police locale, le tout se passant pour une fois dans les années 30. Ce roman n’existe pas, mais Clint en a fait… un film qui à mes yeux ne décolle jamais et reste au rang d’une narration classique et vertueuse. Avec en prime une Angelina Jolie bien décidée à rejoindre le club très fermé de Monica Bellucci et Sharon Stone…

Los bastardos d'Amat Escalante
Los bastardos d'Amat Escalante © Radio France

La bonne surprise de ma journée fut donc ailleurs. Avec le mot « FIN ». Avez-vous remarqué que les films ne se terminent plus ainsi ? Finie « Fin », exit « The end ». Peut-être (on peut toujours rêver !) pour donner raison au Patron, à Jean Renoir, qui estimait que les films continuent de vivre dans la tête des spectateurs et qu’à ce titre ils n’ont pas de fin ? Plus certainement, pour couper ce lien avec le conte : le cinéma a grandi, il peut se passer de cette filiation-là. Tu parles ! Quoi qu’il en soit, « Los Bastardos », le film du Mexicain Amat Escalante ( « Sangre » présenté à Cannes en 2005, pour mémoire) se termine par un immense mot « Fin », un mot qui mange l’écran, le seul mot qui s’impose sur l’ultime plan du film, le mot qui s’abat sur l’un des deux personnages principaux. « Los Bastardos » : Bunuel époque mexicaine n’est pas loin. Même si l’action se passe cette fois à Los Angeles, tout simplement parce que les parias ont passé la frontière. Ils s’appellent Fausto et Jesus et iront jusqu’au bout de leur maigre destin. Escalante n’épargne rien à son spectateur : ni la lenteur des plans et du temps, ni la trivialité, ni… je ne vous en dis pas plus, vous irez voir le film le moment venu, quand il sortira en salle. Mais Clint et James n’ont rien à craindre : Amat n’est pas en compétition, juste dans la sélection « Un certain regard ». C’est ce que j’appelle, moi, une erreur de casting. Pendant ce temps, ceux qui promettaient la Palme à Clint sans avoir vu son film, l’ont vu maintenant et désormais se taisent. La vie est cruelle.

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