On s'est beaucoup battu, dit-on, lors de la délibération. Les jurés se seraient étripés, mais la présidente aurait fini par imposer son regard sur le cinéma. Haneke, donc, et son ruban blanc. Film dont la longueur et la rigueur peuvent lasser (ce n'est évidemment pas un film populaire) mais dont la démonstration en noir et blanc, dans une esthétique à la August Sander, ce grand portraitiste allemand de la république de Weimar, s'avère d'une redoutable efficacité. Le grand Prix devait récompenser Audiard, pour son talent réaffrmé de metteur en scène et de scénariste ("Un prophète), c'est fait. Et c'est le prix qu'il méritait. Mendoza salué pour sa mise en scène, bravo le jury! Le cinéaste philippin passe de l'extérieur (Manille, grouillante de vie, le jour) à la nuit dans une voiture puis dans une cave, en plongeant son héros et le spectateur dans une angoisse profonde. Mendoza deviendra vite une référence du cinéma contemporain, même si les entrées de "Kinatay" s'annoncent confidentielles. Resnais, célébré pour son oeuvre, qui oserait contester ce choix? Charlotte Gainsbourg, meilleure actrice. Lars Von trier devrait la remercier. Elle met au service d' "Antichrist" son élégance extrême dans ce rôle d'épouse névrosée et de mère abattue dont les actes barbares deviennent totalement incompréhensibles. On la plaint durant la projection et on salue le salut qui lui est fait à Cannes. En remerciant, la comédienne a eu des mots tendres pour l'équipe du film et aussi pour les siens. Au sujet de son père, salué en dernier, elle a confié que le film l'aurait choqué. C'est certain! On imagine la mine rougissante du provocateur pudique en regardant sa fille se donner du plaisir. "Huppert a fait de gros oublis!", grognaient les critiques du "Masque et la Plume", ce dimanche soir. Non, l'actrice a fait les choix radicaux qu'on se doutait qu'elle allait faire. Le palmarès 2009 est à l'image de sa carrière : il exprime sa vision du cinéma, celui qu'elle tourne et qu'elle aime comme spectatrice : une mise en scène exigeante, des thèmes âpres, parfois, une nouvelle façon surtout de s'aventurer dans le cinéma. Ce n'est pas du snobisme, de l'intellectualisme à outrance. Ce sont des choix respectables, courageux.

Reuters/Régis Duvigneau
Reuters/Régis Duvigneau © Radio France
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