Qui aime bien châtie bien : j’aime les cinémas du réseau Utopia pour avoir notamment fréquenté avec bonheur ses salles d’Avignon. Et, en regard, je n’aime pas la décision que vient de prendre la direction dudit réseau : déprogrammer de ses salles le 25 juin prochain un nouveau film israélien, « A 5 heures de Paris », premier film d’un cinéaste nommé Leonid Prudovsky. Que les choses soient claires : je n’ai pas encore vu ce film, une honnête et inoffensive comédie familiale semble-t-il. Mais ce n’est évidemment pas de ce film en particulier dont il s’agit ici puisque manifestement il n'a aucun caractère politique marqué à l'inverse de la plupart des productions israéliennes que nous avons pu voir en France ces temps derniers. Ce qui est grave, c’est la censure, l’interdiction. Ce qui est plus grave encore, c’est l’assimilation de la politique du gouvernement israélien à l’ensemble de sa population et dans le cas présent à ses artistes. Avec de tels raccourcis, on aurait pu ne jamais voir les films de Saura du temps de Franco ou ceux d’Angelopoulos sous la dictature des colonels grecs. Que signifie cette interdiction professionnelle, ce délit de sale nationalité, de sale pays ? En quoi un film anodin, sans portée politique manifeste, peut-il être tenu responsable et même complice de la politique erratique et folle de l’actuel gouvernement israélien ? Qui veut-on flatter avec une telle mesure coercitive ? C’est d’autant plus idiot que depuis plusieurs années déjà le cinéma israélien a montré de quoi il est capable en matière politique : de Gitai à Mograbi en passant par Nadjari et Folman, entre autres, les cinéastes israéliens font preuve d’une belle indépendance d’esprit et d’une absence totale de complaisance à l’égard du gouvernement quel qu'il soit, de la religion d’Etat, de la guerre, des territoires occupés, etc ! Quelle liberté de ton ! Quels scénarios incroyables pour raconter une société à la fois parano et schizo, profondément déstabilisée par des années de conflit, insatisfaite et traversée de courants et d’aspirations parfaitement contradictoires. On se prend même à rêver que certains cinéastes français décrivent avec autant d'esprit critique et de mordant cette France sarkozyste qu'ils vilipendent de pétition en pétition et si peu hélas de film en film... Pour ma part, si le cinéma israélien n'affichait pas cette belle vigueur, j’ignorerais une bonne partie des réalités du pays dont il est issu et pas forcément les plus belles ou les plus reluisantes, au contraire. On nous dit que ce malheureux film israélien pris en otage par le réseau Utopia sera remplacé par un documentaire de Simone Bitton. Excellente programmation ! Mais pourquoi l’un chasse-t-il l’autre ? Pourquoi cette façon de se donner bonne conscience à bas prix ? Pourquoi priver un film de son public pour des raisons politiques sans rapport avec le film en question ? Et dire que « A 5 heures de Paris » est peut-être un film moyen ou pire un navet ! Je vous promets de vous donner mon avis dès que je l’aurai vu. Le coup de pub d’Utopia (car hélas, c’en est un… et ce post en est la preuve désolée…) serait alors doublement idiot et sans fondement aucun. Il ne reste plus à espérer qu’on rira à cette comédie israélienne . Et pour exercer sa conscience civique et dénoncer la politique de l'actuel gouvernement israélien, on trouvera assurément bien d’autres moyens, des vrais, des efficaces, des pertinents. Pas de moyens de com…

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