Je sais, ça ne se fait pas ce que je vais faire. Je le sais parce que Zabou Breitman " a la carte" et ce depuis Se souvenir des belles choses le premier film qu'elle a réalisé. Et je vais en dire un peu de mal. Tant pis pour moi... Avant toute chose, je n'ai pas vu son prochain film et ce n'est donc pas lui qui motive ma petite colère. Non, c'est ce que j'ai lu dans Le Monde Magazine de samedi dernier. On y trouve un entretien avec Zabou Breitman dans la série "Je ne serais pas arrivé là si..." d'Annick Cojean (c'est une consoeur qui adore les séries vu qu'elle dirige aussi celle de France 5 "Empreintes", la collection qui portraitise ceux qui ont marqué le siècle... la preuve indéniable, c'est que le portrait de Jacques Chancel est en cours de tournage... fermons la parenthèse désenchantée). A la fin dudit entretien, la réalisatrice affirme qu'elle a "toujours eu énormément de chance", tout en précisant qu'il faut la saisir et "la voir". C'est là qu'intervient l'exemple qui tue et frappe : "Un jour, mon petit garçon de 3 ans, qui dévorait un flan et enfonçait sa petite cuillère dans le pot, s'est soudain exclamé : "Regarde, maman ! Sans faire exprès, j'ai fait un oiseau avec ma cuillère ! Qu'est-ce que j'ai de la chance !" Voilà ! Magnifique, hein ? Eh bien tout au long de ma vie, j'ai remarqué un peu partout de ces joyeuses coïncidences. La serendipity." Fin de citation donc et début de la relecture à rebours. Pardon, mais la quoi ? Parole, je ne connaissais pas la "serendipity" en question. Alors j'ai couru vers le savoir en ligne et j'ai donc compris qu'il sagissait du hasard et de la chance, enfin pour les Béotiens, les autres savent que la "serendipity" n'a qu'un très lointain rapport avec la divine providence. Mais, passons, ça fait chic ce mot anglais pour terminer un entretien. Très chic. Mais avant, il y avait eu bien mieux. Soit l'utilisation d'un enfant de trois ans pour expliquer une carrière d'adulte. Prise les doigts dans le pot de Flamby en plein flagrant délit de niaiserie fabriquée, Zabou Breitman instrumentalise allégrement une brève de bavoir dont on se dit qu'elle est presque "trop belle pour être vraie". Et peu importe d'ailleurs : elle est vraie et c'est le pire ! Pourquoi l'actrice-réalisatrice ressent-elle ainsi le besoin de faire monter son fiston au créneau de ses propres "coups de chance"? Quelle fable se raconte ici qui a besoin du récit magique pour parler de la vraie vie ? Le détour par cet oiseau englué dans le flan caramélisé est beau comme l'antique, mais on aimerait ne pas se sentir alors soi-même englué dans le pathos pateux du gnangnan. On se croirait dans une pub, à vrai dire. Vous savez, ces pubs télé de plus en plus fréquentes où des bébés font des choses formidables et tellement drôles. Mais alertez les bébés plutôt, oui ! Alertez-les de ces récupérations pas très jolies qui vous collent à l'imaginaire comme un méchant sparadrap. Rien de plus inquiétant que cette tendance à émouvoir via le bébé : préparez vos mouchoirs, c'est forcément attendrissant un bébé. Et si on se comportait plutôt en adulte en disant "Moi, je..." sans recourir aux tours et détours de la langue de chat ? Même pas cap...

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