A l'occasion du Festival de Cannes et des 120 ans du cinéma, la Bibliothèque de Radio France a retrouvé un scénario jamais tourné. "De Gaulle", par William Faulkner.

Parmi ses vieux livres, parmi les volumes de grands écrivains, la réserve de la Bibliothèque de Radio France conserve en effet ce projet jamais abouti de film sur le De Gaulle de la France libre, celui du 18 juin 1940.

William Faulkner en 1949
William Faulkner en 1949 © Fondation Nobel

Comment l’auteur du Bruit et la Fureur (1929), Tandis que j’agonise (1930), Lumière d’août (1932) ou encore Absalon, Absalon (1936), prix Nobel de LIttérature en 1949, se retrouve à plancher sur LE général ?

Certes, depuis les années 30, Faulkner travaille pour Hollywood, attirés comme d’autres auteurs (Fitzgerald, Hammet…) par les contrats en or des majors companies … Il y rencontre Howard Hawks avec lequel il partage le goût de l’aviation, de la chasse, des femmes et de l’alcool. Leurs deux noms resteront associés à quelques films célèbres comme Le Port de l'angoisse (1944),Le Grand Sommeil (1946) ou encore La Terre des pharaons (1955). Quelques années auparavant, Faulkner avait co-signé l’adaptation des Croix de bois de Dorgelès, sorti à l’écran en 1936 sous le titre Les Chemins de la gloire .

Un film de commande qui échoue pour des raisons politiques

En 1942, Faulkner, fauché, reprend le chemin des studios, de la « mine de sel », comme il dit… Il signe même un contrat pour 7 ans avec la Warner, pour 300 dollars la semaine, soit moins qu’à ses débuts. Sa première commande vient de très haut puisqu’elle émane du président Roosevelt en personne. Il veut un film de propagande, destiné à promouvoir l’image de De Gaulle aux Etats-Unis. Hollywood travaillant à l’époque avec l’office d’information de la guerre (OWI), Jack Warner demande à Faulkner d’en écrire le scénario. Ce dernier voit dans ce sujet l’opportunité d’évoquer des thèmes qui lui tiennent à cœur : la capacité de l’individu à supporter, à survivre en tant de conflit, la rébellion, l’héroïsme, la gloire… Il s’y attèle le 26 juillet 1942, sous la direction du producteur-scénariste Robert Buckner. Les services de documentation de la Warner lui fournissent des documents sur la Bretagne (où se situe l’action), une liste de noms et prénoms typiquement bretons (Carnac, Kéréon, Guézennec…), des discours de De Gaulle, etc.

La première version met en scène deux frères : un résistant, un collabo ainsi que la figure tutélaire et quasi-christique du Général. A maintes reprises, Faulkner devra revoir sa copie, diminuant au fur et à mesure la place de De Gaulle . Il faut dire qu’Hollywood n’avait pas trouvé l’acteur idéal pour le rôle. A ces aléas matériels vinrent s’ajouter ceux de l’Histoire. On est toujours en 1942, et les rapports entre De Gaulle et Churchill sont de plus en plus difficiles. Churchill invite donc Roosevelt à modérer son enthousiasme pour De Gaulle et à abandonner ce projet de film. A la place, on tournera un film sur Staline, devenu le « meilleur allié des Américains dans la lutte contre le nazisme ». Cela sera Mission to Moscow , réalisé par Michael Curtiz en 1943.

De Gaulle au cinéma : le grand absent ?

Le scénario abandonné sera publié aux Etats-Unis par Louis-Daniel Brodsky en 1984 et en 1989 par Gallimard dans une traduction de Didier Coupaye, Michel Gresset et Philippe Mikriammos. Il sera retravaillé par Bertrand Poirot-Delpech dans Moi, général de Gaulle, paru chez Gallimard également en 1990. Cette fois, le film sera tourné, pour la télévision, par Denys Granier-Deferre, avec Henri Serre dans le rôle de de Gaulle .

Il est vrai qu’incarner le général de Gaulle longtemps été une chose délicate et périlleuse. Juste après la Libération, on ne le voit qu’à travers des images d’archives, souvent les mêmes. Dans les années 60, il fait de discrètes apparitions (silhouette, détails, voix...), comme dans l’Armée des ombres __ de Melville (1969).

Depuis une quinzaine d’années, il est un peu plus présent dans les téléfilms : Le Grand Charles avec Bernard Farcy ou Adieu De Gaulle, adieu , avec Pierre Vernier .

Comme le rappelle l’historienne Sylvie Lindeperg, « En tant que personnage de fiction, son statut reste à part. Sa représentation demeure liée à une sorte de sacralisation en rapport autant avec son héritage politique et symbolique qu’avec son physique (sa grande taille en particulier). Il y a souvent une atmosphère de mysticisme autour de sa personne . »

Par Anne-Lise Signoret de la Bibliothèque de Radio France

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