1968. Steve McQueen et Faye Dunaway. L'affiche est belle. Le tournage s'est bien passé et Norman Jewison est un réalisateur heureux... enfin presque. Le montage va se révéler un véritable casse-tête. Et c'est Michel Legrand qui va lui sauver la mise.

Steve McQueen et Faye Dunaway
Steve McQueen et Faye Dunaway © Getty

Lorsque Norman Jewison récupère le scénario de ce qui va devenir L'Affaire Thomas Crown, c'est un document d'une quarantaine de pages, écrit par un avocat de Boston, Alan R. Trustman, qui raconte à grands traits l'histoire d'un millionnaire désœuvré qui se lance dans le braquage de haut vol. 

Le réalisateur va donc avoir toute latitude, que ce soit au plan de la conception des scènes qu'au plan technique, pour innover. Il va ainsi être le premier à utiliser le split screen (écran divisé en plusieurs écrans plus petits), un procédé qu'il a découvert quelques mois plus tôt lors d'une exposition à Montréal.

Norman Jewison utilise le split screen comme on le fait de la musique, pour rythmer l'action. Quatre grandes séquences utilisent cet effet : 

  • le générique, 
  • la préparation du premier hold-up, 
  • la rencontre entre Thomas et Vickie sur le terrain de polo, 
  • le second hold-up.

Certains réalisateurs ont utilisé cette technique uniquement à des fins visuelles, dans L'Affaire Thomas Crown, elle est également motivée par le récit, ainsi, la séquence du hold-up piloté à distance par Steve McQueen.

Pour l'anecdote, les scènes à l'intérieur de la banque ont été filmées en "caméra discrète". Seuls les policiers et le personnel étaient prévenus qu'on tournait un film, pas les clients. De même que pour les scènes de rue. Ce sont de "vrais gens", pas des figurants.

Côté casting, on aurait pu avoir Sean Connery et Anouk Aymée, mais l'un et l'autre ont décliné.

Échec et mat

Deux scènes et une chanson ont fait entrer ce film dans l'histoire du cinéma.

La scène de la partie d'échec, scène sans dialogue, toute en suggestions.

Lui : You play ? | Elle : Try me

La seconde, qui découle de la précédente, est celle du baiser entre Steve McQueen et Faye Dunaway, le plus long baiser de cinéma, à l'époque. Il dure très exactement 55 secondes. Il a été bien plus long pour les deux acteurs puisque le tournage de cette scène a duré plus de huit heures étalée sur plusieurs jours.

Des moulins et un Oscar

Après avoir été nommé aux Oscars pour son travail sur Les Parapluies de Cherbourg, Michel Legrand s'est installé à Los Angeles. Il côtoie Quincy Jones et Henry Mancini qui lui ouvrent beaucoup de portes. Mais il vivote. Jusqu'à ce jour de 1968 où Norman Jewison l'appelle à la rescousse.

Michel Legrand raconte cet épisode dans le documentaire de Gregory Monro : "Michel legrand - Sans demi- mesure". Jewison lui montre un premier bout à bout du film. Il dure cinq heures. Après cette projection, le réalisateur et Hal Ashby (le monteur) avouent à Michel Legrand être dans une impasse : ils ne savent pas comment monter le film ! 

Le compositeur répond 

Je crois que j'ai une idée, je crois que c'est la musique qui va décider de tout ça.

Il leur conseille de prendre des vacances et leur dit avoir besoin de six semaines pour écrire toute la musique du film. 

Je ne veux pas revoir le film, ne veux pas de minutage. Je veux laisser le crayon faire son travail et c'est lui qui va décider des longueurs de chaque scène.

Jewison accepte. 

C'est inédit car, habituellement à Hollywood, la musique de film est créée et ajoutée après que le film soit monté. Michel Legrand se met au travail, écrit et enregistre 1h30 de musique. Puis retrouve Norman Jewison et Hal Hashby.

On a passé deux mois tous les trois à monter les images sur la musique

The Windmills of Your Mind est inspirée de l'Andante de la Symphonie pour violon et alto K 364 de Mozart. Elle a valu a Michel Legrand le Golden Globe de la meilleure chanson originale et l'Oscar de la meilleure chanson originale en 1969. La version originale est interprété par Noel Harrison.

Une version française, intitulée Les Moulins de mon cœur, a été écrite par Eddy Marnay et chantée par Michel Legrand lui-même en 1969.

Alex Beaupain l'a reprise dans l'Atelier de Vincent Josse.

Aller + loin

(RE)VOIR | Michel Legrand - Sans demi-mesure de Gregory Monro (en replay sur Arte.tv jusqu'au 9 février)

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