Bazoches-du-Morvan. Vous connaissez ? Vous n’êtes pas obligé ! C’est pourtant là que je suis. Ici, pas de cinéma. Ici, juste une mauvaise réception hertzienne. Juste de quoi revoir cette semaine sur France 2 « Quelques jours avec moi » de Claude Sautet, écrit avec Jacques Fieschi. C’était le temps où Daniel Auteuil ne faisait pas de grande déclaration pour affirmer qu’il ne tournerait plus désormais de films d’auteur et ce pour des raisons strictement économiques. C’était le temps, mais c’est là un temps qui dure, où l’impériale Sandrine Bonnaire traversait un film avec cette évidence définitive qu’elle en est le soleil, l’astre autour duquel tout s’organise le plus naturellement du monde. Bonnaire n’a pas changé, elle, toujours lumineuse, toujours solaire, toujours évidente. La différence, c’est que Pialat ou Sautet ne sont plus. Alors, Bonnaire tourne, mais sans un Galillée.En fait, je triche un peu : à Bazoches-du-Morvan, il y a un cinéma. Celui que j’ai installé via un vidéprojecteur qui est n’est qu’un ersatz d’accord. Une projection plate, sans le relief de la salle obscure, mille fois d’accord. Mais quand même un grand écran, une « salle » (de grange !) plongée dans le noir, des fauteuils (en plastique !) les uns à côté des autres, et puis, oui, des cônes glacés (ah, non ! pas les sonores popcorns). Et là, juste l’émerveillement de montrer à une petite fille de onze ans « La Règle du jeu » de Jean Renoir, sans avoir le courage de lui dire que l’on trouve ce film miraculeux même après des dizaines de visions dans les circonstances les plus diverses. La peur de sentir naître l’ennui. L’angoisse de décevoir. La crainte de l’incompréhension. Le refus par avance de se dire « c’est trop tôt ». Et puis vient l’écoute du verdict, une fois la lumière allumée : « A part la scène de la chasse, c’était vraiment bien. » Pour l’instant, ce jugement-là me ravit et me suffit. Je crois que Renoir-le-patron lui aussi aurait apprécié. Ce soir-là, j’enviais cette petite fille de découvrir pour la première fois « La règle du jeu ». Ce soir-là, nous avons regardé ensemble le même film. L’exercice a été profitable.La phrase du jour ? « Le culte qui rassemble des masses entières, les grands cortèges de fête, les meetings monstrueux, les manifestations sportives, la guerre enfin, c’est-à-dire toutes ces occasions où intervient l’appareil de prise de vue, et qui permettent à la masse de se voir elle-même face à face. » Walter Benjamin

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