C'est Astérix et Obélix chez Bertrand Blier (avec aussi Sylvie Testud, Alex Lutz, Bouli Lanners…). On retrouve Blier dans les dialogues, les mots d’auteur et le goût de l’absurde… Mais passée la surprise de la première demi-heure, est-ce que ça fait pour autant un film ? Avis et critiques au "Masque & la Plume".

"Convoi exceptionnel" de Bertrand Blier, avec Gérard Depardieu et Christian Clavier, est sorti le 13 mars 2019
"Convoi exceptionnel" de Bertrand Blier, avec Gérard Depardieu et Christian Clavier, est sorti le 13 mars 2019 © Nicolas Schul

Le film résumé par Jérôme Garcin

Foster (c’est Clavier) est un bourge bien sapé, Taupin (Depardieu) est un déclassé tonitruant qui avoue "J’ai beaucoup merdé". Les deux doivent aller commettre un meurtre. 

« Mais pourquoi ? » demande Depardieu. 

« Parce que c'est écrit dans le scénario ! » répond Clavier. 

On dirait les Vladimir et Estragon de Beckett enrôlés dans les Tontons flingueurs. Le principe étant que les pages modifiées du scénario leur arrivent chaque jour sur le tournage. 

Jean-Marc Lalanne a été asphyxié par l'impression de répétition

JML : Au bout de cinq minutes, on est quasiment asphyxiés tellement tout est familier. 

On a vraiment l'impression de voir le remake complètement essoré de 15 films de Blier qu'on aurait vus avant. 

À un moment donné, j'était tellement embarrassé par ce sentiment de retrouver à l'identique des choses que je connais très bien mais dans une forme totalement calcifiée, que je me disais : "Qu'est-ce que pourrait penser quelqu'un qui n'aurait jamais vu un film de Bertrand Blier ? Est-ce qu'il serait quand même séduit par cette bizarrerie ?" Je ne suis même pas sûr parce qu'à mon avis, ce cinéma-là, aujourd'hui, d'autres cinéastes le font mieux. Quentin Dupieux, qui comme Blier est un héritier de Luis Buñuel, a une dinguerie qui est moins routinière que celle de Blier aujourd'hui. 

Je pense que ce que cherche Blier (à savoir : l'étrangeté), ça ne se produit pas avec un système autant en place, des ficelles aussi répétitives. 

On ne peut pas être étrange et routinier, c'est vraiment antinomique. 

Pierre Murat a aimé (presque jusqu'au bout)

PM : La grande faiblesse de Bertrand Blier, ça a toujours été ça : il ne sait jamais (ou pratiquement jamais) comment terminer ! Tenue de soirée par exemple : la fin, c'est n'importe quoi. Ils se retrouvent tous sur le trottoir, personne ne sait comment, alors que pendant une heure le film tient la route magnifiquement !

Je vous trouve très sévères, moi j'ai marché… C'est un film très court : 1h20 à peine. Clavier et Depardieu changent de rôles et commencent un nouveau film au bout d'1h10 - visiblement, Blier doit se dire "1h10, ça va pas le faire" et donc il fait 1h20. Mais toute l'1h10 est absolument formidable ! Des dialogues absolument magnifiques !

On ne peut pas reprocher à Blier de faire du Blier ! On peut éventuellement dire "Il le fait moins bien qu'avant" mais dans le système qui est le sien, le petit monologue d'Alexandra Lamy qui brusquement apostrophe Clavier est magistralement écrit et très bien filmé ! 

Et ce ne sont pas uniquement des dialogues ! Il y a un sens du burlesque, de l'émotion… Moi, je marche. Je trouve qu'un type qui sait encore écrire des dialogues comme ça et mettre en scène des acteurs comme ça, j'en redemande.

Danièle Heymann a été touchée par le film

DH : J'ai été émue, bouleversée par ce film. Parce que ce film incohérent, ce film avec des pages volantes où on écrit le film de sa vie et qu'on ne connaît pas, c'est Bertrand Blier dix ans après (il a mis dix ans à refaire un film). J'ai trouvé ça profondément émouvant. 

Et, en plus, j'y ai retrouvé Gérard Depardieu. C'est-à-dire que tout à coup, "il m'était revenu" : un peu (pas beaucoup) amaigri et de nouveau présent. Ce couple de comédie Depardieu / Clavier, je les trouve absolument touchants.

Pour Nicolas Schaller, Bertrand Blier radote trop

NS : Ce n'est pas tant que Bertrand Blier soit en roue libre qu'en circuit fermé. J'ai l'impression qu'il est enfermé dans son univers, qu'il radote.

J'ai l'impression de voit deux acteurs en quête d'un film et un auteur qui radote tout seul dans son coin. 

Effectivement, il y a la musique des dialogues qui est toujours là, et je trouve dommage que Clavier n'ait pas rencontré Blier avant parce qu'il est bien. 

Après… ce n'est pas "Convoi exceptionnel", c'est "Convoi funéraire" ! Ce sont toujours les mêmes obsessions. 

J'ai l'impression que la seule manière d'apprécier le film c'est presque d'être atteint des symptômes de la maladie d'Alzheimer : d'oublier toutes les dix minutes ce qu'on vient de voir. 

Le film se répète tellement en boucle ! À un moment ça tourne à vide…

Il y a quand même un regard un peu daté et ses obsessions un peu misogynes parfois. Ça pourrait être touchant mais ça commence à être embarrassant parce qu'il s'y complaît un peu trop -  avec quelques moments de grâce - mais alors très très brefs.

Aller plus loin

Sortie en salles le 13 mars 2019 

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume...

6 min

"Convoi exceptionnel" de Bertrand Blier : les critiques du "Masque & la Plume"

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