Revenons comme convenu sur le dossier « Des Corses » contre « Un prophète » de Jacques Audiard. Malgré le soleil et les envies d'en profiter en oubliant le reste du monde et ses bruits excessifs. Ne rien faire serait peut-être le plus sage... Ce qui choque une fois de plus, c’est cette insupportable tendance à prendre la fiction (cinématographique, littéraire, dramaturgique, picturale, etc) pour le réel. Et, du coup, l’artiste comme un bouc émissaire ou comme un adversaire politique le cas échéant. Or, Audiard n’a pas fait un documentaire sur l’univers carcéral en 2009, pas plus qu’un sujet pour « Envoyé spécial ». A aucun moment, son coscénariste et lui n’ont prétendu faire une œuvre politique ou sociale visant à décrire une Centrale française. Nous vivons une drôle d’époque où chaque communauté, chaque petit groupe, chaque clan se permet de réagir au quart de tour quand il lui semble être à tort attaqué à travers une production artistique dont l’existence repose sur un et un seul bien commun : la liberté d’expression. Le reste relève de l’individuel et du rapport entre un créateur et son spectateur. Rien de collectif ici. Le rapport à l’art est affaire intime : on sait ce que la collectivisation artistique signifie, c’est inévitablement l’abominable et stérile art officiel. Mais, après tout, ces Corses qui font semblant de croire à la dangerosité du film d’Audiard, caressent-ils peut-être le rêve fou d’un art officiel indépendantiste. Sous-titre permanent : « Les Bisounours en Corse ».Il faut avouer, en léger bémol, que le cinéma en fait parfois des tonnes pour faire croire qu’il peut changer le monde et pourquoi pas de monde à travers la fiction. On se souvient encore des discours guerriers et bravaches des acteurs et auteurs du film « Indigènes », mais c’est pour mieux s’apercevoir un an après que rien n’a changé pour les anciens soldats concernés. Silence radio des artistes « engagés » qui sont passés à autre chose depuis… Et comment ne pas songer aux vertueux consensus autour du récent film de Philippe Lioret qui allait enfin faire trembler le Ministre Hortefeux et mettre un terme au scandale des travailleurs clandestins en route pour l’Angleterre ? Welcome au pays du film en forme de soufflé. On se donne bonne conscience à bon compte. Et pour le prix d’un ticket de cinéma, on croit faire acte de militantisme efficace. Ces cinéastes-là feraient bien de réfléchir un peu avant de raconter des bobards en voulant raconter une histoire.Non, décidément, non, la fiction ne saurait déplacer les montagnes. Tel n’est pas son rôle, tel n’est pas son but. Nous aider à vivre, oui, nous émouvoir, oui, nous donner à voir, oui, nous donner à entendre, oui, nous donner à réfléchir, oui, nous donner à aimer, oui, nous donner à haïr, oui encore.Mais nous donner l’impression que le conte peut remplacer l’action ou qu’il se veut un reflet fidèle de la réalité, non !Mais il est vrai que nous sommes entrés dans l’époque du « docu-fiction », de l’entre-deux permanent, du « mentir-vrai » non assumé comme un objet artistique mais jamais réaliste. Il est vrai qu’on feint de croire qu’avec « Les 400 coups », Truffaut proposait un document sur le traitement de la délinquance des mineurs ! Il est vrai que l’on se prosterne devant un « Entre les murs » qui se pare des vertus du faire vrai et du faire juste.Et si on laissait les artistes et les créateurs tranquilles ? Sans leur demander pour qui ils votent. Sans leur demander des comptes sur les histoires qu’ils inventent et qu’ils racontent. Sans exiger d’eux des comportements de journalistes-enquêteurs. Censurer la fiction ? Basta !La phrase du matin ? "Et l'absence de ce qu'on aime a toujours trop duré."Molière

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