Creed
Creed © warner / R Googler

Jérôme Garcin n’aurait pas inscrit cette suite de "Rocky" dans la liste des films de l'émission. Il y est allé un peu à reculons, et a trouvé le temps long. Mais tous les critiques ne sont pas de cet avis, et certains ont même été émus par le film. Avec Sophie Avon (Sud-Ouest), Pierre Murat (Télérama), Jean-Marc Lalanne (Inrockuptibles) et Alain Riou (L’Obs) et Jérôme Garcin (L’Obs et France Inter) :

La présentation du film par Jérôme Garcin

On commence avec un revenant : 40 ans après le premier Rocky, voici Creed de Ryan Googler, le 7e volume des aventures du boxeur Rocky Balboa avec l’immarcescible Sylvester Stallone , 69 ans, qui en fait plus. L’étalon italien a depuis longtemps quitté le ring. Il tient un restaurant à Philadelphie. Il se rend souvent sur la tombe de sa femme. Il accepte, non sans mal de devenir l’entraîneur d’Adonis Johnson Creed, Michael B Jordan. C’est le fils toujours sorti d’une prison pour mineurs de feu Apollo Creed qui a jadis affronté Rocky Balboa. On pense à Million dollars baby, __ sauf que ça dure 2h13 ! Si je n’y étais pas allé, ma vie aurait été incomplète.

Jean-Marc Lalanne : "Sylvester Stallone à la fois malicieux et émouvant"

J’aime beaucoup le film. On parlait à l’instant de Star wars, et ce n’est pas sans rapport, parce qu’on a l’impression que le cinéma américain contemporainne trouve rien de plus urgent à faire que de relire les grandes mythologies qu’il a mis en place dans les années 1980 : il y a eu Mad Max fury road , il y a eu Star wars , maintenantRocky . Et à chaque fois ça donne de très beaux films. George Miller dans Mad Max il réinvente complètement sa propre franchise, alors que Star wars et Rocky sont des films extrêmement respectueux. Il y a presque quelque chose de pieux dans la manière de faire une génuflexion devant des classiques du cinéma américain des années 1970.

Moi, je trouve ça très émouvant. C’est vraiment une relecture crépusculaire avec un Stallone un peu spectral, on ne sait plus quel âge il a. Il est très déformé. On ne sait pas si ce sont les coups pris, ou les excès de botox. Il y a des choses dans son visage très étranges… Et en même temps, ça ne l’empêche pas de jouer. Il réussit à être à la fois malicieux et émouvant, il est parfait.

L’histoire est très amusante, parce que Rocky souvent, raconte un désir d’ascension sociale, alors que là, c’est un personnage qui est joué par Michael B Jordan, un jeune afro-américain, qui au début est dans un milieu extrêmement favorisé qui va avoir envie pour des raisons de démêlés œdipiens avec son père qu’était Apollo Creed d’en découdre, de remonter sur le ring et de se déclasser. Cette traversée est extrêmement habitée. Il y a quelque chose de fervent dans le film qui moi, me touche beaucoup y compris, même l’histoire d’amour qui pourrait paraitre sacrifiée… Elle installe quelque chose chez le personnage.

Pierre Murat : "Le film n’est pas déshonorant"

C’est marrant d’entendre ça. Stallone au moment du Rocky I, II et III, était considéré comme un béta, un lourdaud, et que maintenant Jean-Marc en parle comme si c’était Al Pacino, et dans quelques semaines, il risque de recevoir l’oscar du meilleur second rôle, et maintenant, on trouve ça fin "marivaldien". Moi je trouve ça très sympatoche. Bien sûr que c’est très émouvant de le voir vieillir, lire le journal à ses chers disparus, s’occuper de ses gamins assez bien d’ailleurs.

A l’époque, les Rocky avaient du rythme. L’histoire d’amour ne sert à rien, juste pour montrer qu’il aime les femmes et qu’entre deux séances d’entrainement, il a besoin de se livrer à des activités nettement plus agréables. Mais sinon, on s’en fout. Ça dure 2h13, ça pourrait durer, 1h32, ça serait mieux . Par rapport à d’autres films dont on va parler tout à l’heure, il n’est pas déshonorant.

Sophie : "C’est un péplum !"

J’aime beaucoup le film, même si j’y suis allée à reculons, je n’avais pas envie de voir un film de boxe. Et je suis d’accord avec Jean-Marc, j’ai trouvé le film très émouvant. J’ai été surprise d’être émue à ce point. Je me disais : on recycle, c’est le 7e épisode de cette saga, et le cinéma américain n’en finit pas de se recycler… Mais là je trouve que Ryan Googler, qui est un jeune de 29 ans, arrive avec son énergie, avec une volonté, un premier degré. C’est un péplum ce film ! Par moment, on a l’impression qu’il utilise des effets tellement énormes que ça ne va pas passer… Et pourtant, ça fonctionne, parce qu’il y croit.

Il y a un effet magnifique au début, mais qui pourrait être grotesque, quand il boxe avec la projection de l’autre corps et c’est assez beau. Ça pourrait faire sourire… Et c’est un film sur la filiation. Quand le garçon ouvre le poing quand sa mère vient le chercher. Ca fait sourire dans un premier temps et après… Ca marche. Quand il se réveille parce qu’il est hanté par son père, et qu’il se redresse sur le ring… , j’ai horreur des effets comme ça d’habitude. Mais là, ça fonctionne.Je trouve que ça fonctionne parce qu’il y croit. D’ailleurs le réalisateur a regardé la série des Rocky avec son père et ça ne m’étonne pas. Parce que c’est un film sur le passage de relais, et dans ce registre-là, c’est très émouvant.

Alain Riou : "enseigner aux jeunes hommes qu’il faut respecter les femmes"

C’est pas mal. J’apprécie l’aspect renaissance de la Warner. C’est très frappant de voir que la Warner qui était spécialisée dansl’éducation des jeunes garçons des milieux populaires reprend ce rôle.

Là, c’est très bien fait. C’est une leçon de morale civique, c’est pour ça que le rôle féminin est essentiel. La romance ne sert qu’à enseigner aux jeunes hommes qu’il faut respecter les femmes. C’est la partie la plus essentielle de la civilisation. Donc je trouve le film pas mal, excepté que ce nouvel Adonis est totalement inexpressif et comme Stallone est un peu granitique, c’est un peu impénétrable…

[►►► Écoutez Le masque et la plume 24 janvier 2016]( http://www.franceinter.fr/emission-le-masque-et-la-plume-les-films-a-voir-ou-pas-16)

La bande annonce

Le bonus :

Les autres films :

  • Carol de Todd Haynes.
  • Le Convoi de Frédéric Schoendoerffer.
  • Et ta sœur ? de Marion Vernoux.
  • Les Chevaliers blancs de Joachim Lafosse.
  • Arrête ton cinéma ! de Diane Kurys.
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