Après "The Immigrant" et "The lost city of Z", James Gray envoie son spectateur sur Neptune, aux côtés de Roy McBride incarné par Brad Pitt, un astronaute de la NASA à la recherche de son père, incarné par Tommy Lee Jones, mais aussi en quête de lui-même. Les critiques du Masque et la Plume en sont sortis émerveillés.

"Ad Astra" : Brad Pitt alias Roy Macbride
"Ad Astra" : Brad Pitt alias Roy Macbride © © 2019 Twentieth Century Fox

Le film présenté par Jérôme Garcin 

James Gray envoie Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Liv Tyler en 2120 quand la lune est colonisée par les Terriens. Brad Bitt est Roy McBride, un astronaute de la NASA, dont le télescope a été détruit lors d'une surcharge venue de Neptune. Il part alors en mission à la recherche de son père, Clifford McBride (Tommy Lee Jones), disparu seize années plus tôt alors qu’il tentait d’établir une base sur Neptune. 

Xavier Leherpeur : "un film sublime qui fait un grand bras d'honneur à l'Amérique et son rapport au père"

"C'est merveilleux, formidable, sublime, d'abord pour la beauté du spectacle, c'est très agréable. il faut aller voir dans la plus grande salle possible tellement la beauté de l'image, de la mise en scène explose à chaque plan. C'est déjà un premier immense plaisir de spectateur, de cinéphile. 

Après, il y a une histoire absolument bouleversante : cela commence par un homme qui, à côté d'autres, sur une immense échelle qui relie la terre et le ciel, va chuter comme Icare a chuté quand son père l'a envoyé s'approcher du soleil. C'est le grand thème du film. 

Ce n'est pas simplement un problème sur "papa, tu as été méchant, est-ce que je peux me pardonner de ne pas t'aimer", non... Ça pourrait être un sujet traitable sur Terre, dans une ferme. James Gray choisit de tourner cela dans le cosmos, ce qui le met obligatoirement, à un moment, dans le questionnement, non pas simplement du père, mais du créateur et de Dieu. C'est un grand film agnostique dans l'Amérique contemporaine de Donald Trump où on prête allégeance à Dieu quelle que soit sa confession et même si on n'en a pas. Il s'agit de faire un film qui parle du droit à tuer le père et de la possibilité à vivre encore après le père et après Dieu

Il y a un plan sublime qui ne passe jamais par le dialogue mais uniquement par la beauté de l'image et du montage, avec plan extraordinaire qui dit oui on peut vivre sans Dieu, ça n'a l'air de rien dans un pays laïc comme le nôtre mais aux États-Unis, c'est un grand bras d'honneur à ce qui se dit et à ce qui se fait, le film est politique, esthétique".  

Dieu que c'est grand, immense, beau et fort ! 

"Ad Astra" : Brad Pitt alias Roy MacBride
"Ad Astra" : Brad Pitt alias Roy MacBride / 2019 Twentieth Century Fox

Pierre Murat le juge "magnifique, splendide et spectaculaire"

"C'est absolument magnifique, splendide, spectaculaire. Il y a des poursuites sur la Lune, des attaques d'animaux abandonnés et, en même temps, les cinéphiles sont comblés car il rappelle évidemment les grands grands films sur le sujet que sont 2001, l'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick et Solaris d'Andreï Tarkovski. Quand le héros incarné par Brad Pitt, qui est formidable, débarque dans une station déserte, c'est évidemment Andreï Tarkovski. 

La seule chose qui me gêne un petit peu c'est que le fait que le scénario soit porté sur la recherche du père, ça plombe un peu le film". 

Pour Éric Neuhoff, "c'est grandiose, intimiste, plein de références"

"Le film réussit à être à la fois grandiose et intimiste, c'est cela qui est particulièrement réussi. Mais ce n'est pas "Papa, t'es où ?" C'est plutôt Apocalypse Now, c'est le type qui va chercher le cœur des ténèbres, un film qui fait penser à un tas de choses : au début c'est Alien, un film d'action, avec notamment une scène de poursuite de bagnoles sur la Lune, là c'est du Mad Max silencieux qui propose une scène hallucinante. 

C'est d'une beauté incroyable, on est scotché dans son fauteuil.

On se dit vraiment qu'on n'a jamais vu ça, car cela démode même 2001, l'Odyssée de l'Espace, c'est moins prétentieux et d'une profondeur rare avec cette lettre d'un fils à son père, magnifique et bouleversante, à tel point que tous les pères rêveraient de recevoir une lettre comme cela. Tommy Lee Jones, planqué dans sa navette spatiale perdue, est aussi extraordinaire. Brad Pitt est encore plus émouvant pour les femmes que quand il se met torse nu dans le dernier film de Quentin Tarantino." 

"Ad Astra" : Tommy Lee Jones alias Clifford Mcbride
"Ad Astra" : Tommy Lee Jones alias Clifford Mcbride / © 2019 Twentieth Century Fox

À un moment donné, on voit Brad Pitt verser une larme derrière la vitre de son casque de cosmonaute et c'est absolument magnifique. 

Le slogan ça devrait être, en parodiant "Alien" : "dans l'espace, personne ne vous verra pleurer". 

Sophie Avon a trouvé le film "très beau et très habile"

"Je trouve le film très beau, même si je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous par rapport à l'histoire de la quête du père, car ce que j'aime beaucoup justement, chez James Gray, c'est qu'il fait semblant de faire un film autour de cette thématique mais, en réalité, il déjoue cela, d'abord en en faisant une quête de soi : le personnage a besoin d'en passer par son père pour comprendre qu'il ne veut pas lui ressembler, à ce père qui s'est évadé dans l'espace, et il ressent le besoin de le rejoindre aux confins du système solaire pour s’apercevoir qu'il veut, lui, au contraire, apprendre à aimer et vivre sur Terre. 

C'est finalement un éloge de la vie domestique : il faut aller jusqu'à Neptune pour apprendre à vivre sur la Terre. James Gray déjoue tout comme cela, de même qu'il tisse, très serré, le fantastique et le réalisme avec une façon de filmer l'espace de manière presque triviale". 

Il y a toujours cette idée chez James Gray : le voyage et l'oscillation avec la maison. Le fantastique est produit par du quotidien

Le film

► Sortie en salles le 18 septembre 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

6 min

"Ad Astra", de James Gray : les critiques du Masque et la Plume

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