Dans le dernier film de Nicolas Pariser, Fabrice Luchini est Paul Théraneau, maire socialiste de Lyon en pleine désillusion. L'édile engage Anaïs Demoustier, qui incarne sa conseillère, en vue de lui redonner cette foi politique qu'il a perdue. Les critiques du "Masque et la Plume" en sont ressortis enchantés.

"Alice et le maire" : Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier
"Alice et le maire" : Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier © Bac Films

Le film présenté par Jérôme Garcin 

"Alice et le maire" raconte comment un édile lessivé et sans idée, qui voudrait prendre la tête du PS et se présenter à la présidentielle, en appelle à la jeune Alice Heimann, une normalienne qui lui fait lire Les Rêveries du promeneur solitaire, lui parle d’Orwell et de March Bloch. Un film très Rohmérien, où la parole compte plus que l’intrigue.

Pierre Murat l'a trouvé "formidable" 

PM : "On dirait le film de Éric Rohmer, L'Arbre, le Maire et la Médiathèque, où il joue un directeur d'école qui refusait de faire de la politique et on dirait en effet qu'en 30 ans il a changé d'avis, il fait de la politique et est devenu maire, un peu désillusionné maintenant avec des rapports évidents avec ce nouveau film. 

Ce qui me frappe surtout, c'est la qualité du dialogue, c'était déjà la cas dans le précédent film de Nicolas Pariser, Le Grand jeu, que je préférais car je m’attentais plus à un film au vitriol, plus agressif, que cela, mais il décide de rester dans la légèreté et la mélancolie

Il y a une réplique que j'aime bien : lorsqu'on demande à Fabrice Luchini "Monsieur le ministre, on nous attend...", lui répond par "Non, on ne nous attend pas, on m'attend, moi". Je trouve ça absolument formidable d'autant que Luchini en fait peu !

C'est un film sur l'air du temps, par rapport aux futures municipales : on nous montre à quel point c'est compliqué, c'est fatiguant quand on n'a plus d'idées, un moment où on se demande à quoi cela sert de faire encore de la politique. C'est un petit peu surfait mais quand on a le programme ciné à côté, on est très content de voir cela". 

Pour Éric Neuhoff, le film est "très réussi" 

EN : "Cela fait du bien de voir un film sur la politique, très réussi et intelligent, et il n'y en a pas tant que ça. Luchini montre qu'il peut tout faire, il peut jouer un histrion ou un type comme ça revenu un peu de tout, qui a divorcé et qui se demande s'il ne pas va se présenter à l'Elysée. On ne sait d'ailleurs pas exactement quand est-ce que ça se passe. 

Il y a aussi quelque chose de très rare : on y voit une ville, Lyon, on y voit ce qui s'y passe, quels sont les gens qui y habitent, on voit bien les rapports qui existent dans ces municipalités, tous les codes, les mesquineries, avec cette professeure de littérature qui débarque avec ses idées toutes faites qui va apprendre ce que c'est. 

C'est bien aussi de voir un film où on offre des classiques tels que Marc Bloch... Ce n'est pas un hasard non plus si elle lui offre le le Bartleby d’Herman Melville. 

Nicolas Pariser est vraiment un cinéaste à surveiller

"Alice et le maire" : Fabrice Luchini
"Alice et le maire" : Fabrice Luchini / Bac Films

Pour Sophie Avon le film est brillant "même s'il tourne un peu en rond"

SA : "Un film intelligent, qui a de la tenue, bien dialogué, brillant, bien joué, un film sur le verbe, sur tout ce qu'il y a entre la pensée et l'action, les mots, la rhétorique, la vanité de la parole politique bien retranscrite. Mais je trouve qu'au bout d'un moment le film tourne un petit peu en rond

C'est comme si tout à coup Nicolas Pariser abdiquait toute forme de romanesque, d'ampleur et s'en tenait à une résolution assez morne, à l'image de la vie politique sans doute, mais on aimerait qu'un film sur la politique relève un peu le gant et montre qu'il y a aussi cett possibilité de rêver, la fiction... Ce qui est intéressant aussi c'est qu'il y a ce personnage de l'artiste qui poétise le monde, elle est alarmiste et lui, Fabrice Luchini, la traite avec ironie alors qu'elle est folle : cela m'a paru très symptomatique de ce que raconte ce film et de la position de Nicolas Pariser". 

Xavier Leherpeur : "c'est un film haut de gamme"

XL : "Les limites de ce film sont justement dans ces intrigues secondaires où les personnages ne sont pas suffisamment développés à l'image de ce personnage d’artiste un peu folle ou encore ce jeune libraire-imprimeur-éditeur auquel Anaïs Demoustier va essayer de porter son aide. 

Nicolas Pariseraur ait pu rester sur les coulisses de la politique car la place du doute dans la politique n'est jamais filmée. Là, on a un doute, et à la fin je trouve qu'il y a du romanesque quand ils écrivent à deux le discours politique. 

Il y a une très belle mise en scène, avec tous les espaces lyonnais. Il sait très bien raconter à travers les décors. Il sait mettre en lumière les rapports de force et la hiérarchie qu'il y a à l'intérieur d'une mairie et d'un microcosme politique. Donc c'est quand même un film haut de gamme

"Alice et le maire" : Fabrice Luchini
"Alice et le maire" : Fabrice Luchini / Bac Films

Le film

► Sortie en salles le 2 octobre 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

6 min

"Alice et le maire", de Nicolas Pariser : les critiques du Masque et la Plume

Aller plus loin 

À l'occasion de la sortie de "Alice et le maire", Fabrice Luchini était l'invité du Grand entretien de France Inter, le mardi 1 octobre 2019 : 

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