Avec "Astrid", la danoise Pernille Fischer Christensen dresse le portrait de la conteuse suédoise Astrid Lindgren (1907-2002), à laquelle on doit des livres pour la jeunesse qui ont fait le tour du monde (dont le légendaire "Fifi Brindacier"). Les critiques du "Masque & la Plume" ne sont pas convaincus par ce biopic…

Alba August dans "Astrid'", le film de Pernille Fischer Christensen (sortie le 8 mai 2019)
Alba August dans "Astrid'", le film de Pernille Fischer Christensen (sortie le 8 mai 2019) © DCM Erik-Molberg-Hansen

Le film présenté par Jérôme Garcin

Née dans une famille paysanne très religieuse, Astrid avait 16 ans quand elle est entrée dans un journal local. Elle devint la maîtresse de son rédacteur-en-chef, tomba enceinte, dut fuir son village pour éviter le scandale, accoucha à Stockholm d’une petite fille, qu’elle plaça chez une nourrice avant de l’élever, seule. C’est en racontant des histoires à son enfant malade qu’elle a eu l’idée d’en inventer. 

Le paradoxe est qu'Astrid était vraiment une rebelle au sens propre, très anticonformiste, et que ce film est d'une sagesse absolument confondante. La fille qui joue Astrid est Alba August, que j'ai trouvée très bien et qui est vraiment une comédienne libre.

Danièle Heymann reconnaît le talent de l'actrice principale, Alba August

DH : C'est très curieux : c'est un biopic assez plan-plan, dépressif, racontant la vie calamiteuse d'une future star planétaire. 

Ça commence dans les années 1920, on la voit à 16 ans portant les couettes rousses de sa future héroïne, et puis  après on suit sa vie qui n'est quand même pas un cadeau.

Le film est sauvé, mais alors sauvé par cette jeune Alba August : elle est lumineuse, formidable, présente. 

Il y a une astuce du film que j'ai trouvé intelligente : comme ça, sans véritablement d''explications à ce moment-là, on entend une voix d'enfant qui lit Fifi Brindacier et on voit que ça n'est pas du tout un roman à l'eau de rose !

Charlotte Lipinska trouve ce biopic trop classique

CL : Le problème, justement, c'est qu'on ne sait pas tellement dans le film comme sa vie a nourri son oeuvre, juste à la fin… Mais c'est la dernière scène, au bout de 2h !

Au début du film, il y a cette vieille dame qui lit du courrier - elle reçoit pour son anniversaire des lettres d'enfants du monde entier, donc on comprend que c'est une auteur. Après, pendant 2h, on s'aperçoit qu'être une fille-mère dans ce pays protestant pendant les années 1920, c'était pas commode. Elle a été très courageuse, très avant-gardiste. 

Le film, vous l'avez dit, est d'un classicisme et d'un académisme à toute épreuve. Et d'une certaine manière c'est étonnant, parce que c'est l'opposé exact d'un autre biopic qu'on a pu voir il y a quelques mois, Vice : un film complètement fou et délirant, sur une personnalité assez austère… Là, c'est tout l'inverse.

Image extraite de "Astrid"
Image extraite de "Astrid" / DCM Erik-Molberg-Hansen

Pour Pierre Murat, le film est "académique et sans grand intérêt"

PM : Pendant trois minutes, je me suis dit : "Ça va être bien" : quand on repart dans le passé, la scène commence par un pasteur qui tonne dans une église contre la chair, alors je me suis dit : "Tiens, on va être dans du Bergman". On a toujours un peu d'espoir quand on s'assoit dans une salle… et puis au bout de dix minutes, on voit que Bergman est quand même très loin, d'ailleurs il n'a jamais existé, c'est moi qui l'avait inventé, ça devient académique et sans grand intérêt.

Selon Alain Riou, il y a là "des sujets très forts traités avec faiblesse"

AR : Quand même… Moi je ne connaissais même pas l'existence de Fifi Brindacier, je ne sais pas pourquoi. J'ai appris beaucoup de choses dans ce film. C'est vrai que c'est très académique, il ne faut pas s'en étonner, c'est un style. L'actrice qui a une pêche, est la fille du réalisateur Billy August (qui a eu deux palmes d'or à Cannes) : ce film, c'est exactement pareil : des sujets très forts traités avec faiblesse. 

Mais on tient quand même deux heures, avec un peu de patience.

Alba August
Alba August / DCM Erik-Molberg-Hansen

Aller plus loin 

Sortie en salles le 8 Mai 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume... 

4 min

"Astrid" de la danoise Pernille Fischer Christensen : les critiques du "Masque & la Plume"

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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