Après Nicolas Roeg, Robert Zemeckis adapte le roman jeunesse du célèbre écrivain Roald Dahl, publié en 1983. Avec, à l'affiche, Anne Hathaway, Octavia Spencer et Stanley Tucci. Cependant, le film est loin d'avoir pleinement convaincu Le Masque & la Plume, que le cinéaste avait habitué à plus "d'inventivité visuelle".

"Sacrées sorcières" de Robert Zemeckis (avec Anne Hathawey) : qu'est-ce qui n'a pas marché d'après le Masque & la Plume ?
"Sacrées sorcières" de Robert Zemeckis (avec Anne Hathawey) : qu'est-ce qui n'a pas marché d'après le Masque & la Plume ? © Warner Bros

Le film présenté par Jérôme Garcin

Le réalisateur de Retour vers le futur ou encore de Forrest Gump adapte le roman de Roald Dahl où les sorcières ne portent ni balai ni chapeau pointu, mais ne quittent jamais leurs gants, sont privées d'orteils et ont des perruques parce qu'elles sont chauves. Elles détestent les enfants. Elles ont aussi une sorte de reine des sorcières. 

Mais, par rapport au roman, on quitte l'Angleterre originelle pour l'Alabama de 1968. Cette fois, un jeune garçon noir et sa grand-mère, jouée par Octavia Spencer, sont confrontés aux sorcières qui veulent transformer les enfants en souris et à leur cheffe, qui est incarnée par Anne Hathaway. Tout le problème étant de les démasquer sous leur allure ordinaire. Un film assez conventionnel malgré la coproduction signée Guillermo del Toro et Alfonso Cuarón. 

Le classique de l'écrivain Roald Dahl avait été adapté en 1990 par Nicolas Roeg avec Anjelica Huston qui, elle, ne faisait pas dans la demi-mesure. Un film d'1h45 que j'ai trouvé un peu conventionnel.

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Pour Xavier Leherpeur "ça fonctionne plutôt bien" 

"Je ne déteste pas cette adaptation qui se passe dans l'Amérique de la ségrégation. C'est clairement un des sujets qui est évoqué pour cette transposition. 

L'ouverture, avec la voix de Chris Rock, dans la version originale, est plutôt brillante et intelligente. Il y a quand même de bonnes idées assez régulièrement : comme celle du vaudou dans cette pièce cachée dans la maison d'Olivia Spencer…

Je trouve que la culture noire, la culture de la ségrégation est assez bien intégrée dans le mauvais esprit de Roald Dahl et dans le mauvais esprit de Guillermo del Toro aussi, dont on sent l'influence dans le scénario. On peut quand même se demander à qui s'adresse ce film ? Parce que les enfants vont être morts de trouille. Moi le premier, je n'en menais pas large ! 

J'adore le surjeu d'Anne Hathawey en sorcière, même si Anjelica Huston avait mis la barre très haute déjà dans l'autre adaptation. Anne Hathaway qui, pourtant, n'est pas une actrice que je vénère, est assez gourmande de méchanceté. 

Il y a de nombreuses idées comme les griffes, le chat qui lui remonte le long du bras comme une espèce d'extension maléfique, puisque les enfants sont transformés en souris. Comme d'habitude, c'est de la mise en scène en looping mais, honnêtement, je trouve que cette adaptation retrouve le social, la méchanceté de Roald Dahl, transposée plutôt subtilement au sens vraiment historique du terme dans cette Amérique-là

Je dois avouer que, dans le genre spectacle, ça fonctionne plutôt bien .

L'actrice Anne Hathaway dans "Sacrées sorcières" de Robert Zemeckis, 2021
L'actrice Anne Hathaway dans "Sacrées sorcières" de Robert Zemeckis, 2021 / Warner

Charlotte Lipinska estime que "ça reste tiède et manque d'inventivité visuelle"

"À qui le film s'adresse ? C'est beaucoup trop effrayant pour les petits et c'est beaucoup trop neuneu pour les grands ! Donc, il y a peut-être une petite fenêtre de tir entre 8 et 12 ans. 

Sinon, c'est un peu compliqué. Anne Hathaway cabotine joyeusement, en dépit de cet accent russe, elle s'en donne à cœur joie, c'est plutôt rigolo mais, le film manque singulièrement d'humour, il est très sérieux, il manque beaucoup d'inventivité visuelle, c'est plutôt plan plan et attendu… 

Sauf, peut-être, une scène que je trouve très belle visuellement, celle dans laquelle Anne Hathaway, qui a l'apparence d'une dame bien sous tous rapports, va dévoiler sa véritable silhouette de sorcière et ses vues par rapport au petit garçon alors caché sous l'estrade sur laquelle elle se dévoile. Là, graphiquement, il y a des plans que je trouve très beaux. C'est la première fois qu'on voit vraiment l'apparence de cette sorcière terrible. 

Après, l'alchimie ne prend pas entre les visions presque horrifiques de Guillermo del Toro et la visée plus grand public du film. C'est entre les deux. 

Ça reste assez tiède.

Jean-Marc Lalanne aussi est "déçu par le manque d'inventivité de Robert Zemeckis", qui donne "un film fade"

"Robert Zemeckis est quelqu'un qui me passionne assez. Il a été en avance, pendant très longtemps, sur ce qui allait devenir les images de cinéma, sur la manière dont elles allaient s'hybrider. Il a souvent trouvé les bonnes histoires pour exprimer cela comme dans La mort vous va si bien

Le Pôle Express était un film sidérant aussi. Mais, là, tout à coup, j'ai le sentiment qu'il était un peu en retard et qu'il n'arrivait pas du tout à trouver ce que pouvaient être les dernières hybridations à Hollywood… Quels pouvaient être les derniers usages high tech des effets numériques. 

Il revient à une forme d'animation que je trouve un peu ringarde, pas très inventive visuellement.

Je ne trouve pas qu'il fait grand chose du ségrégationnisme. Tout reste un peu anodin. Le film est quand même assez fade". 

Pour Nicolas Schaller "ça manque de charme" et Zemeckis n'est plus aussi imaginatif qu'avant

"C'est tout ce qui n'est pas fantastique et qui ne relève pas du conte que je trouve assez intriguant et assez beau dans ce film. C'est même assez tragique parce que c'est un orphelin qui a tout de même perdu ses parents et qui se retrouve chez sa grand-mère. Toute cette partie-là est vraiment très belle. 

Puis, après, le film tombe dans les travers…

Ça rejoint un peu Tim Burton qui, pour moi, vieillit assez mal avec le temps…

Charlie et la chocolaterie était beaucoup plus intéressant. Mais ces cinéastes qui ont un peu nourri notre imaginaire, notre poésie enfantine semblent avoir un peu perdu leur âme d'enfant. Surtout Zemeckis, qui a une noirceur profonde à son habitude. Là, elle est un peu gommée au profit d'un spectacle un peu conventionnel. 

Il y a toujours une forme de fluidité, de mise en scène assez impressionnante, mais ça manque de poésie, de charme, d'idées fortes. Dès qu'on tombe dans le conte, ça pèche. 

Anne Hathawey, je la trouve hystérique et factice. Effectivement, c'est une sorcière, mais rien ne justifie ce surjeu, on ne comprend pas trop… 

Ça manque vraiment de charme.

C'est un peu un produit lyophilisé. Malheureusement, je trouve que Robert Zemeckis était plus intéressant dans ses précédents films. J'aurais été curieux de voir la version de Del Toro en stop motion, je pense que ça aurait sûrement eu beaucoup plus de charme".

Le film

▶︎ Disponible en VOD sur Canal Plus ; Amazon Prime Vidéo ; Google Play ; Universciné ; Filmo TV

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6 min

"Sacrées sorcières" de Robert Zemeckis

Par Jérôme Garcin

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