Après "Julieta" et "Douleur et Gloire", Pedro Almodóvar signe cette fois-ci un long court métrage de 29 minutes avec l'actrice britannique Tilda Swinton. L'adaptation très personnelle de la pièce en un acte de Jean Cocteau, qui date de 1930. Seul Michel Ciment a sauvé le film.

La comédienne britannique Tilda Swinton dans "La Voix humaine" de Pedro Almodóvar, 2021
La comédienne britannique Tilda Swinton dans "La Voix humaine" de Pedro Almodóvar, 2021 © Iglesias Mas

Le film présenté par Jérôme Garcin 

Une pièce dont Almodóvar s'était déjà inspiré pour Femmes au bord de la crise de nerfs (1988). C'est l'ultime conversation au téléphone entre une femme et son amant qui s'apprête à la quitter pour une autre. Depuis sa chambre qui ouvre sur une scène de théâtre, elle explose, elle menace de se suicider, elle se saisit d'une hache pour tout détruire, elle lacère le costume de son amant. Son petit chien excité ne comprend pas pourquoi il a été, lui aussi, abandonné. Quant à Tilda Swinton, elle porte des tenues ultra chics et extravagantes. On ne sait plus si c'est d'ailleurs du cinéma, du théâtre ou même, à un moment donné, de l'opéra.

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Pierre Murat a trouvé ça "lourd et mauvais"

PM : "C'est très très raté. Tout le monde en dit le plus grand bien mais j'ai trouvé ça assez mauvais

Il y a un plan absolument magnifique, c'est vrai, c'est le panoramique qui tourne à 360° autour de Tilda Swinton. Elle, est très bien, mais je dois avouer que je ne comprends pas… 

C'est tellement lourd, pataud…

Pourquoi prendre une pièce de Cocteau pour en dire l'inverse ? Moi, je veux bien que les cinéastes aussi doués que Almodóvar prennent des pièces pour en donner une vision moderne, nouvelle, mais alors, dans ce cas, il ne faut pas aller contre ! 

Si demain, un cinéaste filme Les trois sœurs d'Anton Tchekhov. S'il montre Macha, Olga et Irina en train de dire "Je veux rester en province, je déteste Moscou, je déteste Moscou, je déteste Moscou", on se demandera quand même pourquoi l'adapter aussi…

Cocteau avait imaginé l'histoire d'une femme qui vit un chagrin fou à l'idée de rompre avec son amant. Elle a été jouée sur scène par les plus grandes comédiennes. Et, là, il en fait une sorte de femme moderne qui se libère. Pourquoi pas. Mais alors qu'il adapte autre chose et qu'il n'appelle pas cela La voix humaine… Ça ne veut rien dire !

C'est d'une sophistication… Pourtant, je suis un fan de Pedro Almodóvar mais, là, ce n'est rien…"

Pour Camille Nevers, il y a "une volonté moderniste de cette pièce qui reste creuse et plate"

CN : "Je ne connais pas la pièce en un acte de Cocteau. D'ailleurs, j'aurais bien aimé que l'édition DVD mette bout à bout les différentes versions de cette pièce car il y avait de quoi faire. Et peut-être que l'éditeur sorte de déclinaison avec les précédentes versions que l'on puisse voir ce qu'Almodóvar ajoute ou soustrait ici. 

Moi, qui ait un rapport avec Almodóvar très changeant et très lointain, car il faut quand même avouer que c'est un cinéma d'accessoires et de papiers peints, là, au moins, il n'y a plus de papier peint puisque c'est justement ce que je préfère dans ce court métrage : le côté tréteau, le côté envers du décor. Tout ça est faux et assumé comme tel. 

Je n'ai pas grand chose à redire, sauf peut-être que le chien est super. Aux côtés de cette comédienne qui est une sorte d'apparition et qui, après toutes les autres interprétations féminines, intervient comme une créature d'Almodóvar, une sorte de personnage queer dont il avait déjà fait l'adaptation beaucoup plus longue et lointaine avec Femmes au bord la crise de nerfs

Après, je ne sais pas exactement ce qu'il veut nous raconter, si ce n'est que c'est l'éternel chagrin d'amour où on ment au téléphone à quelqu'un qui est censé nous avoir quitté, et la douleur qu'on ne peut pas laisser paraître. 

C'est une volonté moderniste qui n'est pas super convaincante, alors que, pourtant, le côté voix humaine, au téléphone, seule sur scène d'une femme en déshérence, pouvait être magnifique". 

C'est un peu creux… ou plat… C'est un film de confinement.

Michel Ciment salue "un très bon exercice de style et une Tilda Swinton formidable" 

MC : "Je ne suis pas un admirateur inconditionnel de Jean Cocteau. Je trouve que son théâtre a beaucoup vieilli. Je ne suis pas non plus un admirateur inconditionnel de Roberto Rossellini qui en a, lui aussi, fait un film, avec l'interprétation de Anna Magnani dans le film L'Amore. C'est la première version d'ailleurs au cinéma de La voix humaine, en deux parties. L'autre, c'est Le miracle de Federico Fellini. 

Au contraire, j'ai aimé cette proposition. C'est vrai que c'est un exercice de style. Après tout, donner un message tel que l'émancipation d'une femme qui veut sa liberté, pourquoi pas. Ce que j'ai vraiment aimé, c'est la mise en scène, la façon d'utiliser l'espace, cet appartement tel un théâtre, ou bien comme à l'intérieur d'un garage, c'est très audacieux.

J'ai trouvé excellente l'interprétation de Tilda Swinton, qui a une vraie beauté, tandis que d'habitude elle est toujours attifée et maquillée très curieusement. Là, on la voit en pleine expansion de son talent. Je la trouve formidable". 

Eric Neuhoff a trouvé le film "exécrable, artificiel et inutile"

Non seulement c'est un mauvais film, mais c'est une mauvaise action

EN : "Almodóvar se permet d'aller fourrer ses grosses pattes sur le texte de Jean Cocteau, et sur le film de Roberto Rossellini. 

Ce qu'il en fait est totalement artificiel.

On a un peu l'impression d'avoir droit à un plateau repas avec des couverts en plastique après avoir dîné au Grand Véfour (restaurant auquel était habitué Jean Cocteau), place du Palais-Royal. 

Si on aime les défilés de mode, on sera servi : Tilda Swinton arrive d'abord en robe rouge ; ensuite, elle met un sac à patates noires, un tailleur bleu pétrole, elle porte aussi un pantalon vichy, porte un pull à col roulé rouge et, à un moment donné, elle découpe à la hache un costume bleu marine sur son lit !

Ce décor de hangar n'est pas une très bonne idée. L'appartement est aseptisé, impeccable, on a l'impression de se balader dans un magasin IKEA : il y a une cuisine totalement propre. À un moment donné, le chien, pendant qu'elle dort, vient lui lécher l'oreille parce qu'il se demande ce qu'il fait là, il aimerait bien qu'il se passe quelque chose. 

On y croise le dernier flacon Chanel ; la cafetière Nespresso qui vient de sortir, accompagnés de nombreuses autres références qui font que c'est un film qui pue la mode, et donc qui ne sent rien… 

Si j'avais été le type au bout du fil, je peux vous dire qu'on m'aurait trouvé profondément endormi…"

Le film

▶︎ Disponible en VOD sur Canal Plus, sur Google Play et en DVD dès le 19 mars 2021

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

9 min

"La Voix humaine" de Pedro Almodovar

Par Jérôme Garcin

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