Après "Réalité" et "Au poste", Quentin Dupieux nous invite à plonger dans l'état de folie de Georges, 44 ans, incarné par Jean Dujardin qui, affublé d'une veste 100% daim, se croit cinéaste. Les critiques du "Masque & la Plume" sont unanimes : le cinéaste français a sans doute réalisé là l'un de ses meilleurs films.

Le Daim : Adèle Haenel et Jean Dujardin
Le Daim : Adèle Haenel et Jean Dujardin © atelier de production

Le film présenté par Jérôme Garcin

Nous y retrouvons Jean Dujardin, Adèle Haenel et Albert Delpy

Dujardin est Georges, un quadragénaire qui plaque tout - femme, domicile, boulot - pour s'offrir un blouson en daim à franges. Un achat qui le rend fou et l’oblige à faire disparaître tous les blousons de la station des Pyrénées où le "serial-blouson" s’est réfugié, et où Adèle Haenel incarne une serveuse de bar très cinéphile. Ajoutez que Georges, à qui le vendeur du blouson en daim a refilé en prime un caméscope, se croit cinéaste...

Sophie Avon : "Quentin Dupieux se renouvelle complètement"

Sophie Avon a beaucoup aimé le film et applaudit le rôle tenu par Jean Dujardin, ici dénué d'humanité mais dont le caractère absurde prêté au personnage fait tout le charme du scénario et qui permet à Quentin Dupieux de se renouveler :

"Je ne suis pas sûre qu'il faille voir, en ce personnage, un fou avec des névroses, je pense juste que c'est un pneu : il a l’apparence d'un homme mais, au fond, je ne suis pas sûre qu'il appartienne à une typologie humaine particulière. 

Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il tourne autour de l'absurde et du non sens - un territoire très vaste - mais où Quentin Dupieux se renouvelle énormément. 

Contrairement à ses films précédents, qui faisaient beaucoup appel au trompe-l'œil, au verbe, au romanesque, ici, il décape tout. 

Quant au personnage en lui-même, joué par Jean Dujardin, elle ajoute que "oui, c'est un homme, certes, mais qui ne présente aucun affect, aucune émotion, aucun désir. Tout ce qui doit permettre de réchauffer l'intrigue et son spectateur s'est justement annulé ici pour la première fois dans l'un de ses films. On se retrouve avec une trajectoire qu'il tient jusqu'au bout. 

Un vertige incroyable, d'une sauvagerie totale.

C'est quelque chose qu'on ne peut pas psychologiser ou comprendre mais qui, par rapport au réel, vous met dans un drôle d'état, c'est vraiment quelque chose de terrifiant. 

Le Daim : Jean Dujardin
Le Daim : Jean Dujardin / Copyright atelier de production

Charlotte Lipinska : "c'est totalement réjouissant"

Charlotte Lipinska vante elle aussi toute la subtilité avec laquelle est exprimée la folie de ce personnage. C'est ce qui contribue, d'après elle, à faire de ce dernier film, le meilleur que Quentin Dupieux ait réalisé jusque-là.

"J'ai adoré la façon dont il aborde la folie : son personnage est fou mais il est donné comme fou dès les début du film, contrairement à de nombreux films où la folie se développe progressivement. Dans le film, les névroses du personnage sont nées d'une extrême solitude, avec une mise en scène extrêmement sèche et précise". 

Jean Dujardin habite vraiment son personnage sans faire d'efforts.

"Le film présente une économie de dialogues très parlante. Le personnage apparaît neutre et, pourtant, on perçoit très clairement la folie de cet homme". 

Je trouve que, , film après film, Quentin Dupieux construit une œuvre singulière, totalement à part dans le cinéma français. 

Nicolas Schaller : "l'un des meilleurs films de Dupieux"

Nicolas Schaller estime que, pour aimer ce film, il faut déjà adhérer aux films de Quentin Dupieux. Il loue ici le caractère relativement autobiographique du film à travers lequel le réalisateur français exprime aussi sa passion pour le cinéma, une passion telle que celle-ci sombre dans la folie.

"J'aime beaucoup lorsqu'il tourne des films sur le cinéma. C'est presque une forme de manifeste pour l’amateurisme artistique. Il s'attelle à bricoler du non-sens dans son coin, sans chercher forcément à raconter quelque chose. Justement, quand derrière, il y a le cinéma et que la mise en abîme porte sur son propre métier, sur son propre amusement, le film devient passionnant". 

Là, je trouve que c'est un pur plaisir humoristique. Il y a, dans ces films un vrai côté anxiogène, une espèce de torpeur toujours présente. 

"Le rôle de Jean Dujardin est vraiment mu par des pulsions criminelles. C'est un film sur l’artiste et le cinéaste, une sorte d'autoportrait de Quentin Dupieux en tant que mythomane, mégalomane et fétichiste qui emmène les gens dans sa folie, notamment cette jeune serveuse dans un bar incarnée par Adèle Haenel, jusqu’au meurtre. D'ailleurs, le vrai artiste de l'histoire, c'est plus Adèle Haenel que Jean Dujardin".

Le Daim : Adèle Haenel et Jean Dujardin
Le Daim : Adèle Haenel et Jean Dujardin / atelier de production

"On a comme l'impression d'être dans un western, dans un film tourné aux Etats-Unis. Il travaille comme cela un imaginaire bis, cet imaginaire cinéphile saisissant". 

Ce film est en quelque sorte son voyage au bout de l'enfer, une revisitation complètement folle d'une cinéphilie déviante au travers d'un personnage formidable. 

Michel Ciment : "sans doute son meilleur film"

"Si Michel Ciment est le seul à avoir émis quelques réserves, il rejoint les autres critiques sur l'idée que le film figure parmi les meilleurs de Quentin Dupieux.  

Si c'est un film dépressif qui n'est pas tellement drôle, c'est sans doute le meilleur film de Quentin Dupieux."

C'est incontestablement original. Je ne sais pas si c'est un grand film, mais c'est un film que l'on peut voir avec plaisir. 

"Il y a une petite réserve : on lui offre un caméscope et le personnage vante les mérites du digital, je trouve que l'image n'est pas au niveau du film. 

Le rôle d'Adèle Haenel est également totalement orignal, d'habitude très dominatrice, fait là, au contraire, preuve d'une tendresse et d'un dévouement pur à cet homme".

Le film

► Sortie en salles le 12 juin 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

7 min

"Le daim" de Quentin Dupieux : les critiques du Masque et la Plume

Par Jérôme Garcin

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

À noter que d'autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici.

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