Dans son tout dernier film, Sylvie Verheyde propose le biopic de la célèbre proxénète Fernande Grudet, surnommée "Madame Claude". Plongée dans la France des Trente glorieuses où, à la tête d'un réseau de prostitution, elle tente de braver un monde d’hommes. Le film n'a pas convaincu "Le Masque & la Plume".

Pourquoi "Madame Claude" de Sylvie Verheyde (avec Karole Rocher) a laissé les critiques du Masque & la Plume sur la réserve ?
Pourquoi "Madame Claude" de Sylvie Verheyde (avec Karole Rocher) a laissé les critiques du Masque & la Plume sur la réserve ? © Netflix

Le film présenté par Jérôme Garcin

Un biopic très sage de Fernande Grudet, alias Madame Claude, surnommée "la maquerelle de la République", interprétée par l'excellente Karole Rocher, qui dirige, dans un hôtel particulier du 16e arrondissement, un réseau de prostitution réservé au tout Paris et même au-delà, puisque l'on voit ici de dos prétendument le client Marlon Brando et que sont évoquées les visites fréquentes du Shah d'Iran. 

Tout cela sur fond d'affaire Marcović. Elle règne sur ce gynécée de centaines de filles. Elle parle dans le film de 300, mais je crois que ça allait jusqu'à 500 filles, composées notamment pour le film des actrices Hafsia Herzi, Joséphine de la Baume, Annabelle Belmondo et surtout Garance Marillier, qui joue ici une fille de diplomate qui va précipiter sans le vouloir la chute de la proxénète. 

Le film raconte l'ascension dans les années 60-70, puis la chute de madame Claude quand elle est lâchée par ses protecteurs hauts placés. Au générique, côté mecs, Benjamin Biolay, Roschdy Zem et Pierre Deladonchamps. La vraie Madame Claude est morte à Nice le 19 décembre 2015.

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Si elle reconnait "des qualités au film", Charlotte Lipinska est "déçue et regrette l'absence d'enjeu narratif"

"C'est autant un film sur la fin d'une époque que sur l'avènement d'une nouvelle, sur la trajectoire assez singulière de cette personnalité très forte, sulfureuse, qu'était madame Claude. 

Visuellement, la reconstitution des années 60-70 tient parfaitement la route. C'est assez beau et bien reconstitué. 

Le problème, c'est la distance par rapport au sujet, au point de vue de la réalisatrice sur Madame Claude, qui est à la fois fascinante et détestable. Elle passe un peu vite sur la face obscure de la force de madame Claude, dont on comprend très bien sa détestation des hommes et sa détestation d'elle-même. Mais sur le rapport aux filles, le film la montre comme une chef d'entreprise presque maternelle à certains moments, bien plus que maltraitante. Or il y a quand même deux ou trois scènes très fugaces où une jeune fille rentre complètement tabassée d'un rendez-vous d'escort, et madame Claude lui préconisant juste un petit coup de mercurochrome, tant elle s'enquière surtout de savoir si elle a bien été payée. Une autre des filles part à l'étranger, elle ne revient jamais, elle est morte… mais enfin bon, ça ne la défrise pas plus que ça… C'est très léger. 

Par ailleurs, il manque un enjeu narratif sur les 1h50… Ça aurait presque pu faire une série en développant des intrigues parallèles, des personnages secondaires. Ça aurait été beaucoup plus fort sur la longueur. Sur la distribution, je n'ai rien à reprocher, elle est parfaite : Karole Rocher a une autorité, Pierre Deladonchamps est de plus en plus flippant dans ses rôles ambigus : il a le sourire d'un gendre idéal et il a le regard d'un traitre. Il est absolument parfait". 

Je suis un petit peu déçue, tout en reconnaissant quand même des qualités au film.

Pour Nicolas Schaller, c'est "un film à moitié réussi, à moitié raté"

"On voit bien ce qu'elle veut raconter. Elle a inventé le personnage de Garance qui joue une fille de bonne famille en voie de concurrencer madame Claude sur son terrain, et on voit le cynisme froid de ce personnage dont on comprend qu'elle a eu un traumatisme d'enfance très actuel malheureusement. On assiste à ces deux générations de femmes cyniques, froides, qui essaient de réussir dans un monde d'hommes. On voit bien ce qu'elle veut raconter aussi de la place laissée aux femmes, de la toxicité d'une forme de patriarcat. Ça c'est assez fort et assez bien vu. 

Après, le problème, c'est qu'on ne sait pas trop ce qu'elle veut raconter. 

Le film est vraiment le cul entre deux chaises.

Entre une forme de polar à la papa puis de polar politique. On sent qu'il se passe plein de choses en hors champ, mais parfois c'est ambigu, trouble du fait de ces ellipses incompréhensibles et des gros trous de scénario. On ne sait pas trop où se placer. 

À côté de tout ça, on sent qu'elle joue un érotisme, assez joliment filmé, une sorte d'érotisme de boudoir un peu rock'n'roll, avec des musiques garage très calquées sur l'Apollonide de Bertrand Bonello. C'est de l'érotisme, mais tout en suggérant une violence et une forme de soumission". 

C'est vraiment un film à moitié réussi, à moitié raté.

L'actrice Karole Rocher incarne "Madame Claude" dans le dernier film de Sylvie Verheyde, 2021
L'actrice Karole Rocher incarne "Madame Claude" dans le dernier film de Sylvie Verheyde, 2021 / Netflix

"Si le film se regarde sans déplaisir", Xavier Leherpeur estime "qu'il n'en reste rien à la fin"

"Il n'y a pas de faute de goût en termes de distribution. De même, les costumes servent aussi à la dramaturgie, à la rectitude du personnage de madame Claude. Mais effectivement on a envie de se demander ce qu'elle a envie de nous raconter ? 

Le film ne se regarde pas sans déplaisir, mais au bout de 1h50 il ne nous en reste rien.

Il y a des fautes de goût quand elle égraine les grands noms des jeunes femmes qui sont parties en Afrique et qui n'en sont jamais revenues. Et comprenez qu'elles ont été abattues, tuées, laissant apparaitre une espèce de suspense un peu glauque sans résolution… C'est un peu léger… Madame Claude est indifférente, froide, calculatrice, certes, mais il y a un moment, je ne sais pas très bien ce qu'elle nous raconte notamment avec le Pigalle, à travers le personnage de Roschdy Zem, et ces endroits interlopes qui sont à la fois des endroits de mafieux, de prostitution, de séduction". 

Pour Jean-Marc Lalanne "le film s'éparpille trop"

"J'ai le sentiment d'un film qui n'arrive pas du tout à trouver sa forme, mais qui a vraiment un sujet. 

Le film vibre un peu lorsqu'il raconte ce rapport de fascination, d'affection et de conflictualité entre Garance Marillier et Madame Claude. Mais le film s'éparpille trop… J'ai eu le sentiment de voir la version maladroitement compressée d'une manière infiniment plus vaste et de voir une sorte de remix faussement enlevée où tout est éparpillé, où on saute d'une scène à l'autre sans que vraiment ça s'installe. 

Sauf quand, tout à coup, il y a le face à face Garance et madame Claude. Je ne comprends pas du tout pourquoi, alors que c'est manifestement le film qui l'intéresse, elle ne l'a pas davantage placée au centre de son long métrage".

Le film

▶︎ Disponible sur Netflix

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

7 min

"Madame Claude" de Sylvie Verheyde

Par Jérôme Garcin

► Retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

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