Zahia Dehar joue son premier rôle principal dans "Une fille facile", le dernier film de Rebecca Zlotowski, dans lequel elle incarne Sofia, une escort-girl qui passe ses vacances à Cannes auprès de sa cousine Naïma, pour vivre ensemble des aventures sulfureuses qui ont opposées les critiques du Masque et la Plume.

Zahia Dehar (alias Sophia) et Mina Farid (alias Naïma)
Zahia Dehar (alias Sophia) et Mina Farid (alias Naïma) © © Julien Torres / Les Films Velvet

Le film présenté par Jérôme Garcin

Avec Mina Farid, Zahia Dehar, Clotilde Courau, Benoît Magimel, Nuno Lopes. Naïma a 16 ans, elle vit à Cannes où sa mère est femme de ménage dans un palace. Sa cousine Sofia est une escort-girl, et débarque pour passer les vacances avec elle. Les deux vont rencontrer deux playboys, un riche quadragénaire brésilien et son ami français, tandis que Naima découvre le monde de l’argent-roi et des yachts... 

Pour Jean-Marc Lalanne, "c'est un film extrêmement sensoriel"

"Je ne sais pas si elle est la nouvelle Brigitte Bardot, mais en tout cas le film travaille sur l'imaginaire de Bardot. C'est un film qui travaille, Rebecca Zlotowski est quelqu’un qui travaille, qui réfléchit beaucoup et qui réussit un film extrêmement sensoriel tout en ayant beaucoup réfléchi en amont. 

L'imagerie de Bardot est très présente dans le film, c'est pour cela qu'on la compare à Brigitte Bardot et aussi pour son élocution que je trouve craquante, charmeuse, sa manière de détacher chaque syllabe, il y a quelque chose d'assez (Éric) Rohmer(ien), qui joindrait à Bardot un côté un petit peu Arielle Dombasle qui me ravit absolument dans le film. 

C'est tout en même temps : cruel, moral autant qu'une comédie extrêmement réussie

Au-delà de Zahia - une des très grandes forces du film - le film est magnifique. Rebecca Zlotowski a toujours été une cinéaste très intéressante, mais là pour moi c'est son premier grand film, il y a quelque chose d'évident dans ce geste, quelque chose de lumineux, de limpide, la manière dont elle montre comment un corps social va exploiter un corps désirable et le recracher d'une manière impitoyable, c'est exemplaire

Nicolas Schaller trouve que "le film est très scolaire, prévisible"

"Je n'aime pas beaucoup le cinéma de Rebecca Zlotowski depuis le début. Tout est limpide, mais justement...

... Tout est si visible et limpide que j'ai l'impression de voir un devoir de bon élève.

Il y a une incarnation très factice, cela fait partie de ce que travaille le film mais je trouve cela très scolaire, car tout est très attendu. Les emprunts à Éric Rohmer sont très visibles, avec toute la superficialité qu'on peut en tirer : on filme Zahia comme Bardot avec sa marinière sur un port, on fait même une sorte de remake de la scène du film Le Mépris où finalement chaque scène se résume à une idée bien pensée, bien placée jusqu'à ce que la scène s'arrête sans être creusée, restant tout le temps en surface avec des effets de style et un clair obscure très Jacques Audiard

Je sens tous les clins d'œil qu'il faut où il faut. Benoît Magimel est surnommé "Socrate" parce que c'est l'homme parfait. Un travail tellement prévisible avec, derrière tout cela le marketing bien huilé du fait de vendre Zahia comme la nouvelle Bardot. Mais je suis désolé Zahia, elle n'est pas bonne, elle en arrive à être aussi mauvaise que Brigitte Bardot et Monica Bellucci à leurs débuts". 

Mina Farid (alias Naïma) et Zahia Dehar (alias Sofia) dans "Une fille facile" de Rebecca Zlotowski
Mina Farid (alias Naïma) et Zahia Dehar (alias Sofia) dans "Une fille facile" de Rebecca Zlotowski / © Julian Torres / Les Films Velvet

Eric Neuhoff trouve que "Zahia est très mignonnette mais que c'est un gadget"

"C'est vraiment un film très bling-bling qui ne parle que de yacht, de fric, c'est comme un faux sac Chanel, c'est creux, c'est appliqué, c'est pas parce qu'il y a deux types sur un bateau qu'il faut évoquer Plein soleil, ni parce qu'il y a une fille à poil qu'il faut la comparer à Bardot dans Le Mépris ou alors on tombe sur la tête". 

Il vaut mieux aller acheter des cartes postales sur un tourniquet sur la Croisette.

Le film a complètement envoûté Xavier Leherpeur

"Je ne vous comprends pas, je trouve que c'est un film absolument magnifique : Rebecca Zlotowski est normalienne, oui, elle est cérébrale, mais pas au point de claquemurer son film qui est tout de même brûlant de tous les interdits et les envies possibles, de toutes les frontières sociales et érotiques

Le petit théâtre de la cruauté sociale est pleinement joué.

Je trouve le film sensuel, âpre, méchant, avec plein de petits détails qui contredisent tout ce que vous venez de dire en vous gaussant ! Il y a des inversions, elle retourne les choses. Il m'a complètement emporté, envoûté, je le trouve intelligent, et il y a une méchanceté, il y a quelque chose comme ça qui fonctionne véritablement bien, pas mais peut-être pas suffisamment explicité pour que Nicolas et Éric la comprennent". 

Mina Farid, Zahia Dehar, Nuno Lopes et Benoît Magimel dans "Une fille facile" de Rebecca Zlotowski
Mina Farid, Zahia Dehar, Nuno Lopes et Benoît Magimel dans "Une fille facile" de Rebecca Zlotowski / © Julian TORRES / Les Films Velvet

Le film

► Sortie en salles le 28 août 2019

🎧 Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

7 min

"Une fille facile", de Rebecca Zlotowski : les critiques du Masque et la Plume

Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Toutes les autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.