Beauvois avait manifestement compris ce qu'est un policier dans "le petit lieutenant", il comprend cette fois ce qu'est la foi et quelle force elle peut engendrer dans "des hommes et des Dieux", le premier film qui semble faire l'unanimité chez les festivaliers cette année (sur les écrans le 8 septembre). Le cinéaste relate la fin des moines français de Tibérihine, assassinés en 1996 dans des circonstances mystérieuses (victimes des islamistes ou de l'armée), durant la guerre civile en Algérie. Mais Xavier Beauvois ne cherche pas les assassins. Il concentre son film sur les tourments de ces hommes de foi pris dans le tourment d'une guerre, alors qu'ils aiment leurs prochains, les villageois algériens, hommes, femmes, vieillards, enfants qui vivent dans la même communauté villageoise. Un mot unit ces frères chrétiens aux musulmans : le respect. La guerre civile algérienne change la donne. Doivent-ils fuir? Beauvois montre que les sept religieux ont beaucoup discuté d'un départ qui leur aurait laissé la vie sauve. Mais leur foi les amène à trouver la force de rester libres, fidèles à ce qu'ils sont, des hommes de paix, courageux et sûrs de leur foi. Xavier Beauvois filme des faits mais surtout des consciences. Il n'hésite pas à filmer la prière ou la terreur qui gagne les frères au coucher et les amène à crier : "aide-moi!" Une tension monte lentement mais la communauté la combat en croyant et donc en résistant, à l'intolérance aussi bien qu'à leur peur. On pense au calvaire du Christ, priant la nuit au jardin des Oliviers avant son arrestation ou encore à la Cène, quand rayonne enfin la foi chez les frères au cours d'un dîner passé non pas à écouter la lecture des textes saints mais la musique du "lac des cygnes". Les images rappellent alors la manière dont les peintres ont pu représenter ce repas. Xavier Beauvois, 43 ans, fait preuve d'une grande maturité pour atteindre autant de sobriété et de justesse. Qui sait? Peut-être son film plongera-t-il le spectateur dans une réflexion spirituelle ou suscitera des vocations de moines... ou de cinéastes!

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